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ordre; de leur côté, les Anglo-Iroquois se retirent, emportant des trophées d’armes et de scalps. Par bonheur, la fusillade avait été entendue de Valrennes qui conduisait une reconnaissance à l’est vers le fort de Chambly; marchant au feu, cet officier arrive à temps pour prendre les ennemis à revers et leur couper la route; des troncs d'arbres, tombés en travers du chemin, lui servent de barricades ; pendant plus de deux heures, il résiste à l’effort des alliés pour forcer le passage; lui-même, debout derrière ses hommes, commande l’action; désespérant enfin de le débusquer, les ennemis se dispersent dans les bois; leur déroute est complète et, sans la mollesse d’Iroquois chrétiens qui refusèrent de les poursuivre, fort peu d’entre eux se fussent échappés; ils avaient perdu plus de cent morts, et beaucoup d’autres étaient blessés. L’acharnement du combat fut extrême : un Anglais, se jetant au milieu des Français, avait saisi Valrennes à bras-lecorps; fait prisonnier, il déclara que d’autres partis, de quatre ou cinq cents hommes, étaient formés contre Montréal et Catarocouy : la défaite du premier les arrêta sans doute, puisque l'été s’acheva sans attaque nouvelle et que l’on fit tranquillement la moisson, fort abondante !.
Ouréouharé commandait, à la journée de la Madeleine, un conüingent de sauvages chrétiens ; il s'était fort bien battu, et c’est lui qui eut l’honneur d'apporter à Frontenac la nouvelle de la victoire; il trouva le gouverneur à Trois-Rivières, où il venait d'arriver pour suivre de près les événements; Frontenac s’empressa d'ajouter un post-scriptum à une lettre adressée à la Cour et qu'il confiait « au premier bâtiment partant en droiture pour la France »; il évaluait les pertes des ennemis à cent vingt hommes, les nôtres à quarante, dont sept ou huit officiers; il signalait la belle conduite de Valrennes et demandait quelques renforts; mille hommes, disait-il, suffiraient à peine; Denonville déjà se plaignait d’avoir trop peu de troupes, « et n'avait pas ls Anglais sur les bras ». — Il renouvelait sa requête avec insis-
lance, dans son mémoire du 20 octobre ? : Phips, comme il le
1. Sur l'engagement de la Madeleine, le récit le plus complet est celui de Bénac, — Voir aussi la lettre de Frontenac d'oct. 1691, et le mém. cité des événements de 1690-1691. — Tous ces documents sont au tome XI de la C. G. Can., aux Ar. col, — Charlevoix donne un bon résumé, II, 102 ss.
?, Ar. col., C. G. Can., XI, 211 et 233.
rappelait, avait projeté de ramener des vaisseaux d'Angleterre pour reprendre, avec méthode cette fois, sa tentative avortée contre Québec; sans la mésintelligence qui divisait les colons des diverses possessions anglaises depuis leurs échecs de 1690, il est probable qu'un mouvement naval par le Saint-Laurent aurait coïncidé avec l’attaque de Montréal. Mais, cette fois encore, la Nouvelle-France, atteinte d’un seul côté, défiait ses ennemis.
A défaut de secours militaires, le ministre ! avait envoyé des instructions à Frontenac pour reconquérir l'Acadie et consolider notre situation à la baie d'Hudson et à Terre-Neuve. Villebon, qui partait avec les vaisseaux de 1691, reçut l'ordre de s'entendre avec Frontenac pour réoccuper Port-Royal de l’Acadie et négocier ensuite avec Boston l'échange des prisonniers ?. Le gouverneur général appréciait à sa valeur cette position avancée du Canada; dès l’arrivée de Villebon, il lui donna cinq officiers et quarante hommes, Canadiens plutôt que soldats du roi, pour enlever Port. Royal. Champigny s’imaginait que c'était beaucoup trop peu, que jamais Villebon ne pourrait se maintenir avec une aussi faible garnison. Un mois plus tard, cependant, il enregistrait le succès du petit corps expéditionnaire, et ne semblait plus contester l’utilité de son départ #.
Villebon avait réussi en effet aussi facilement, à ce qu'il semble, que Phips l'année précédente. Les habitants, fatigués des pillages dont les conquêtes successives étaient accompagnées, auraient craint, en résistant trop vivement aux Français comme aux Anglais, d’aggraver leur siluation naturellement précaire. Il ne fallait donc pas compter de ce côté, comme à Montréal, sur la collaboration très active de la population établie; ce n’est pas à Port-Royal, ni dans les autres postes d’Acadie que les soldats de France trouvaient le concours de bonnes milices. L'expédition de Villebon ne chassa pas seulement les Anglais d'Acadie; elle s’empara encore d’un vaisseau sur lequel avaient pris passage Nelson, armateur de Boston, et Tyne, désigné par ses compatrioles comme gouverneur de leur nouvelle province acadienne. Nelson, s’il faut en croire La Potherie, avait toujours affecté beaucoup d'amitié pour les Français; il était le chef d’un parti d'opposition
1. Seignelay venait de mourir. Son successeur était Pontchartrain.
2, Instructions de Villebon, avril 1691. Ar. col., CG. G. Can., XI, 306.
3. Champigny au ministre, 12 oct. et 12 nov. 1691. Id., id., 281 et 290.
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