La Potherie, III, 176. — Jug. du C. S., IT
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pendant la traversée ; une centaine d'autres, malades, passèrent des vaisseaux à l'hôpital de Québec; la garnison du château Saint- Louis se trouvait réduite à « deux sergents et quatorze soldats effectifs »; on leur adjoignait pour les gardes le jardinier et les domestiques du gouverneur !. Bien souvent, c’étaient les habitants,
coutumés aux conditions locales, qui faisaient le métier de solaats, tandis que les soldats travaillaient dans les habitations ?. Si donc les Anglais avaient exécuté leurs projets, la résistance eût été bien difficile : ils ne surent heureusement pas y donner suite; les rivalités des colonies allites, les doutes sur la coopération des lroquois, les retards de la flotte anglaise de sir Francis Whecler qui, venant des Antilles, devait pénétrer dans le Saint-Laurent, sauvèrent le Canada *. D'autre part, si les Anglais n'avaient pu réussir dans une entreprise d'ensemble, ils étaient moins heureux encore dans les hostilités de détail que le gouverneur général dirigeait contre eux sans repos, et les Canadiens, aidés d'auxiliaires indigènes, harcelaient toujours leurs colons de la baie d'Hudson, de Terre-Neuve et des frontières de l’Acadie,
Les projets de d’Iberville sur Terre-Neuve avaient été goûtés à
Cour; le ministre aurait désiré couper toute communication atre cette île et les établissements anglais, mais il eût fallu d'abord s’emparer des postes de pêche de nos #ivaux dont le principal, Saint-Jean, était bien supérieur au fort français de Plaisance; le roi ne pouvant pas disposer de vaisseaux pour appuyer les entreprises recommandées à Brouillan, Frontenac avait eu l’idée d’un heureux expédient : les négociants de Saint- Malo faisaient alors presque tout le trafic des pêcheries de Terre- Neuve; pourquoi ne contribueraient-ils pas à une conquête dont ils seraient les premiers à recueillir les profits *? Il est probable que Frontenac voulut avoir là-dessus l'avis du gouverneur Brouillan, puisque pendant l'été de 1692 La Hontan, qu’il envoyait en France, passa plusieurs semaines à Plaisance auprès de cet officier. Il put ainsi participer à la défense de la colonie contre une flottille anglaise, et constater l’utile appoint que les pêcheurs basques avaient apporté aux habitants et aux soldats du roi.
1. Mém. et lettres de Champigny, 1693. Ar. col., C. G. Can., XII, 250, 275, 288. 2, Id., XI, 290.
3. Voir La Potherie, III, 188. — Cf. Garneau, 1, 350. 4. Cf. un mêém. de 1693. Ar. col., C. G. Can., XII, 390, 394.
Les Anglais s’attendaient à trouver un pays presque abandonné; déçus par le nombre imprévu des combattants, ils se retirèrent sans grand dommage pour personne !.
Arrivé en France, La Hontan fit peut-être valoir avec quelque exagération les services qu'il avait rendus à Terre-Neuve ?; car il obtint une commission de lieutenant du roi pour cette ile, avec une compagnie franche de cent hommes; le ministre, d’autre part, félicitait Brouillan du départ des Anglais en 1692, lui envoyait cinq cents livres de gratification, et le prévenait qu'à défaut de vaisseaux de la marine de guerre, il en recevrait probablement des armateurs de Saint-Malo * ; en effet des marchands bretons avaient accepté d'entretenir à leurs frais la garnison de Plaisance. Le retour de La Hontan, quoiqu'il fût placé sous les ordres du gouverneur de Terre-Neuve, mécontenta celui-ci; des disputes éclatèrent entre les deux officiers. Ils ne furent d'accord que peu de jours, lorsque la flotte de sir Francis Wheeler ‘, forte de vingt-quatre voiles, vint menacer leur résidence ; mais Wheeler avait échoué aux Antilles; ses compatriotes l'avaient fort mal accueilli à Boston, parce que ses équipages étaient atteints de la peste ; voyant qu’il ne pouvait enlever Plaisance par surprise, il se contenta de lui envoyer quelques décharges d'artillerie et partit, sans même avoir tenté de débarquer. Peu de jours après, La Hontan, compromis par ses démélés avec le gouverneur, s’embarqua furtivement pour l’Europe. Il gagna la côte de Portugal ÿ, et sa carrière aventureuse continua depuis, loin de la Nouvelle- France. Aucune entreprise contre Terre-Neuve ne sera plus organisée jusqu’en 1696; La Hontan, qui a gardé rancune au gouverneur, prétend que sans l'esprit mercantile de cet officier, « qui faisait le pêcheur, le marchand, le cabaretier et cent autres métiers de la plus basse mécanique f », Plaisance fût devenue dès lors, au centre des pêcheries, un poste considérable. C'était aussi