GUERRE DES ONNONTAGUÉS
accepter la paix aux conditions qu'on leur imposerait ». On ne fit
pour ainsi dire pas de prisonniers, car presque tous les Onnontagués, en fuyant, avaient emmené leurs familles; un vieil Iroquois, oublié dans une cabane, tomba pourtant aux mains de nos alliés; quoi qu’eût tenté Frontenac pour le sauver, ces barbares lui infligèrent les tortures les plus horribles; mais le vieillard, sans une plainte, mourut l’insulte à la bouche et défiant ses bourreaux. L'expédition n'eût été décisive que si les Onnontagués avaient résisté : Frontenac, tout en écrivant « qu'ils étaient tombés dans un esprit de vertige, qui n’a pu leur venir que d’en haut », regrettait qu’ils eussent fui devant lui, car il était assez fort pour les réduire et en tuer beaucoup. Il ne fallait pas songer à les poursuivre à travers bois; même les Canadiens des milices y auraient perdu leur peine, et Charlevoix aurait pu se dispenser de rapporter les calomnies qui représentent Frontenac, jaloux de Callières, arrêtant l'expédition à la veille de succès certains; le gouverneur se contenta d'envoyer chez les Oneiouts un fort détachement commandé par Vaudreuil, pour faire le désert dans ce canton, comme dans celui d'Onnontagué. Lui-même, avec le gros des troupes, regagna Montréal puis Québec où il était rentré le 12 septembre *.
L'expédition avait-elle réussi? Non, sans doute; les Iroquois avaient harcelé la retraite de l’armée françaisee; faute de leur blé d'Inde, pillé ou brûlé, ils se résigneraient à vivre de chasse jusqu'à la récolte prochaine; bien mieux que par cette démonstration en masse, la seule dont il parle au roi dans la lettre autographe qu'il lui adresse, Frontenac combattait ces ennemis fuyards par douze partis qui tenaient encore la campagne en octobre ?. Mais le récit en eût été moins apprécié à la Cour. Le gouverneur voulut informer lui-même Louis XIV, du succès que « la Providence avait donné à ses armes dans le nouveau comme dans l’ancien monde », et de sa grande écriture, très claire encore quoique un peu tremblée, il lui envoya le rapport sommaire de sa campagne; on devine, à travers ces lignes, quelque mélan-
1. Sur cette expédition, voir Mémoire de 1696; — lettre autographe de Frontenac au roi, 25 oct. 1696; — lettre des administrateurs, 26 oct.; — de Callières, 20 oct. Ar. col., C. G. Can., XIV, 48, 120, 148, 216. — La Potherie, Il, 270-282. — Charlevoix, IT, 168 ss.