‹ Le comte de Frontenac [microforme]Chapitre 37 sur 395 · Comptes de 4, Lettres, éd. À 5, Mém. et Doc · texte numérisé non relu

Comptes de 4, Lettres, éd. À 5, Mém. et Doc

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fort du monde et parfaitement ruiné »; sa fortune n'avait d’ailleurs jamais atteint 20 000 livres de rente, même au moment de son mariage !. Sa femme passait, comme lui, pour fort intelligente et distinguée; avec son amie, M'ie d'Outrelaise, l’autre divine, elle donnait le ton de l'élégance, et le grand maître de l'artillerie, M. du Lude, lui avait fait obtenir un logement à l’Arsenal, où fréquentait la meilleure société de Paris ?. « Le mari, ajoute Saint- Simon, n’eut pas trop de peine à se résoudre d’aller vivre et mourir à Québec, plutôt que de mourir de faim ici, en mortel auprès d’une Divine. » Il parait même que sa commission de gouverneur du Canada fut obtenue par des amis heureux de le « dépêtrer de sa femme et de lui donner de quoi vivre ». Le premier de ces avantages devait être d'importance, car le second se chiffrait officiellement par un modeste traitement de 8000 livres*. Nous savons que Frontenac eut des compétiteurs, un au moins, le comte de Grignan, gendre de M"° de Sévigné : « Ayez une vue du Canada comme d'un bien qui n’est plus à portée, écrit M" de Sévigné à sa fille; M. de Frontenac en est le possesseur »; et la marquise se console en déclarant qu'il eût été bien triste d’aller habiter un pays si lointain, avec des « gens qu’on serait fâché de connaitre en celui-ci ‘ ». Quelque dépit perce sous cette résignation dédaigneuse, et peut-être, si M"° de Grignan n’eût souhaité un pareil exil, sa mère se fûüt-elle moins pressée de lui écrire, le 6 avril 1672, qui est le jour mème de la nomination de Frontenac ÿ.

Dans les provisions du comte, le roi déclare que « M. de Frontenac a donné plusieurs preuves de son expérience et de sa valeur », et qu’il a « toutes les qualités nécessaires pour s’acquitter dignement des devoirs de sa charge »; pour une fois, le protocole n’a pas menti. Frontenac laissait d’ailleurs à la cour des amis bien placés pour le soutenir et le défendre contre les adver-

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