‹ Le comte de Frontenac [microforme]Chapitre 45 sur 395 · Aujourd’hui Green bay, N.-0, du lac Michigan · texte numérisé non relu

Aujourd’hui Green bay, N.-0, du lac Michigan

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croire, d’après sa lettre, que cette région est alors toute agricole; les concessions ne lui paraissent pas trop éloignées les unes des autres, surtout si l’on songe que pour des familles nombreuses, il n'est pas indifférent de trouver, contigus à la propriété primitive, quelques terrains libres à cultiver ; les récoltes sont plus que suffisantes pour nourrir la population; le gouverneur ne négligera pas, selon les instructions du ministre, de diviser les habitants en compagnies et de les exercer au maniement des armes; mais il doute que ces cultivateurs vaillent jamais de bons soldats; car il | leur en coûte de quitter leurs maisons et leurs champs. On le voit, à Frontenac ne connait pas encore d’autres colons, bien différents de ces laboureurs de Québec dont pourtant il alourdit un peu le portrait; il n’a pas vu les trappeurs de Montréal, peu à peu entrainés à toutes les ruses de la chasse et de la petite guerre, devenus, entre les Français et les indigènes, comme une race de transition.

La colonie est aussi pauvre que les magasins du roi sont mal munis: le gouverneur n’a pas même un brigantin pour faire ses tournées; il navigue en canot d’écorce, comme un simple habitant, au risque de perdre quelque chose de sa dignité, car c’est là plutôt « la voiture d’un sauvage que celle d'un ministre du roi ». | Les notables, comme les membres du Conseil Souverain, sont des {propriétaires un peu mieux en point que les autres; leurs quatre cents livres de gages en monnaie de France sont une petite fortune, en un pays où l’on ne connait guère l'argent que de nom; et cependant le Conseil a gardé la patriarcale habitude de se proroger à certaines époques pour donner aux magistrats le temps de faire leurs semailles ou leur moisson !.

Le Canada manque d'ouvriers ; Frontenac a été visiter les mines du cap de la Madeleine ?; non loin de là, dit-il, il doit y avoir d'autres gisements, car il a eu la curiosité de goûter l’eau « qui kentait le fer à pleine bouche ». Par malheur, on n’a pour conslruire une forge ni capital, ni matériaux; arriverait-on à les

rouver, il manquerait des foudeurs. En revanche, les familles Res colons sont nombreuses, et ceux des enfants que ne conentent pas les occupations sédentaires du laboureur choisissent à vie plus active et plus aventureuse du coureur de bois. Quel-

l Jug. du C, $S., passim.

2, Près de Trois-Rivières,

quefois naguère le roi décernait des récompenses aux pères des plus belles familles; ainsi, à l’époque de Talon, un sieur Denis recevait 1200 livres, un autre, 800, tandis qu'on en distribuait 6000 à des officiers pour se marier !. A partir de 1672, le roi n’a plus de fonds disponibles; vainement, Frontenac sollicitera ses libéra. lités en faveur de divers habitants, Godefroy, par exemple, l’un des premiers établis, chargé d'enfants, « pas trop accommodi dans ses affaires et qui a une fille qu’il ne peut marier faute d’avoir de quoi lui donner ». C'est désormais sur place, sans compter sur le concours du trésor royal, qu’il faudra trouver des ressources : circonstance nouvelle, qui accroît en même temps les responsabilités et les droits du gouverneur général.

Les premières relations de Frontenac avec le Conseil semblent avoir été cordiales; dans la séance du 16 janvier 1673, qui ouvre la session de cette année, le gouverneur déclare qu'il ne demande la prestation du serment que pour satisfaire à la coutume, car il est sûr de la fidélité, de la bonne volonté de tous les membres du Conseil; une vacance s'étant produite, il y a nommé « une

personne qui se conformait à leurs exemples »; il insiste sur h Æ

nécessité de rendre aux plaideurs justice impartiale et prompte* L'année suivante (15 janvier 1674), la cérémonie a lieu dans les mêmes conditions; Frontenac ne trouve que des éloges pour le travail consciencieux des membres du Conseil; il ajoute simple. ment qu’une union générale est plus nécessaire que jamais, au moment où la conquête récente de New-York, reprise aux Anglais par les Hollandais ?, peut avoir un contre-coup chez nos voisins les Iroquois. Le 7 janvier 1675, le ton n’est plus tout à fait le même; Frontenac parle de « choses un peu surprenantes qui st sont passées, de conseillers qui auraient préféré de certains intirêts à ceux de Sa Majesté » #. Il fait allusion aux procès de l’abhi de Fénelon et de Perrot *, pour lesquels il ne trouva point, cha tous les conseillers et chez Villeray particulièrement, le concours qu’il aurait souhaité. Quelques-uns lui en voulaient, écrit-il à

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