‹ Le comte de Frontenac [microforme]Chapitre 77 sur 395 · Douniol, II · texte numérisé non relu

Douniol, II

tiers de bœuf sauvage. Le lendemain, après avoir couché dans la cabane du chef, ils se mirent en route. On était alors à la fin de juin. A mesure qu'on descendait le fleuve, on notait, de part ct d'autre, les confluents de grandes rivières; c'était à droite le Pekitanouï (Missouri), « par où on pense qu’on peut aller à la mer Vermeille »; à gauche, l’'Ouaboukigou, probablement l'Ohio, car la latitude donnée par Marquette, 36°, est à peu près celle du confluent de cette rivière. Ici, la nature change; les rives s’encombrent de grands roseaux; des maringouins harcèlent les explorateurs de leurs piqûres très cuisantes; on aperçoit dans les fourrés des oiseaux aux couleurs vives, par exemple un perroquet rouge, jaune et vert; des sauvages, interrogés, déclarent que la mer est à dix jours seulement; ces indigènes sont armés de fusils, de haches; il est donc évident qu'ils sont en relations avec des Européens, qui ne peuvent être que les Espagnols de la Floride ou du Mexique. Bientôt l'expédition arrive au pays des Akansea (Arkansas), par 30° 40° de latitude; le golfe du Mexique n’est plus assurément bien éloigné, et la preuve est faite que le Mississipi se jette dans ce golfe, et non point en Virginie, comme quelques-uns le disaient, pas plus qu’en Californie. En somme, le résultat essentiel était atteint, et les explorateurs eurent raison de ne point poursuivre un voyage qui ne leur aurait plus appris grand’chose ; ils craignaient, en descendant jusqu’à la mer, d’être attaqués par les Espagnols ou leurs alliés sauvages; ils décidèrent donc de revenir en arrière. Partis du pays des Arkansas le 27 juillet, ils traversèrent de nouveau la fertile région des Illinois, notamment le village appelé Kaskakia, et, vers la fin de septembre, ils arrivaient à la baie des Puants. De là, Jolliet revint seul à Québec; le P. Marquette, fatigué du voyage, s’...èta aux Miamis pour sy reposer; il mourut au commencement de l’année suivante, au moment où il regagnait Michillimackinac !.

La correspondance officielle de Frontenac ne parle pas de Jolliet, entre la lettre du 2 novembre 1672, qui signale son départ, et celle du 11 novembre 1674, où est mentionnée son arrivée ?.

1. Douniol, 290 ss. En 1677, des sauvages Kiskakons exhumèrent son corps, qui avait été enterré sur place, et le transportèrent à la mission de Michillimackinac.

2. Les Ar. col. (C. G. Can., IV, 25 ss.) ne donnent qu’un résumé, d’ailleurs très complet, de la lettre-mémoire du 13 nov. 1673, Le texte original est aux Ar. des Aff. Etr., Fonds Amérique, V. .

Fronlenac ne Jolliet lui-méê ministre ?, de belles rivière Frontenac, o Mexique, n’ay le lac Ontario demi-lieue, et autre barque Saut-Sainte-M dont un Iroq qu'il accompli septentrionale poste, d’abord surveillance e découverte de c'était la tête Canada, les IIl il fallait s’y m résultat, que F ne connaissait tions sinon l Mississipi ?.

La construct dès son arrivée désigné l’emple politique et cor nécessaire * : di naires chez le parmi les Cinqpar elles aux Q ples se deman ces manifestati

comme le prouve 3. Les documer Margry, 1, 193 ss.

4, Voir Mémoir ÿ. Douniol, I, 3:

Frontenac ne reçut donc vraisemblablement des nouvelles que par Jolliet lui-même, dans l'été de 1674. « Il a découvert, écrit-il au ministre !, des pays admirables, une navigation si aisée par les belles rivières qu'il a trouvées, que, du lac Ontario et du fort Frontenac, on pourrait aller en barque jusque dans le golfe du Mexique, w’ayant qu’une seule décharge à faire dans l'endroit où le lac Ontario tombe dans celui d'Érié ?, qui dure peut-être une demi-lieue, et où l’on pourrait avoir une habitation et faire une autre barque sur le lac Érié. » Jolliet, en effet, était descendu du Saut-Sainte-Marie par les Lacs; il avait ainsi reconnu cette voie dont un Iroquois naguère lui signalait l’existence; or, pendant qu'il accomplissait son voyage, Frontenac avait établi sur la rive septentrionale du lac Ontario le fort qui avait pris son nom; ce poste, d'abord destiné à n'être qu’une station de commerce et de surveillance entre Iroquois et Outaouais, prenait du fait de la découverte de Jolliet une importance nouvelle, considérable : c'était la tête de ligne d’une route relativement facile entre le Canada, les Illinois et le golfe du Mexique. A tout prix, maintenant il fallait s’y maintenir. — Le voyage de Jolliet avait eu un autre résultat, que Frontenac, ignorant la collaboration du P. Marquette, ne connaissait pas encore ; il avait donné aux Jésuites les prétentions sinon les droits de premiers apôtres des peuples du Mississipi ?.

La construction d’un fort sur le lac Ontario préoccupa Frontenac dès son arrivée au Canada; déjà Courcelles, on s’en souvient, avait désigné l'emplacement de la future station, et des raisons d'ordre politique et commercial en rendaient l'établissement prochain très nécessaire * : dans les premiers mois de 1673, les Jésuites missionnaires chez les Iroquois signalaient en effet des mouvements parmi les Cinq-Nations ; de fréquentes ambassades éiaient envoyées par elles aux Outaouais, et le P, Nouvel qui habitait parmi ces peuples se demandait avec quelque inquiétude ce que dissimulaient ces manifestations *. Les Iroquois, dit-il, affectaient de vouloir con-

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