A Colbert, 14 nov
2. D'après un mémoire postérieur de quelques années (1689), les prix étaient : pour, 8 livres de poudre 1 castor à Orange, 4 à Montréal, pour un fusil 2 » ÿ » ,
four les vêtements et autres fournitures, à proportion. (Ar. col., C. G. Can., , 343.)
témoins pendant quinze jours fut certainement à leur usage un très vivant commentaire des paroles et de l’assurance du gouver. neur général. L'emplacement désigné par Frontenac était très heureusement choisi : en amont des Mille Iles entre lesquelles se précipitent les eaux resserrées du lac, une péninsule s’avance, dans laquelle se creuse une baie profonde; c’est au bord de cette baie que Frontenac jeta les fondations de son fort; c’est là qu’aujourd’hui s'élève la grande ville de Kingston !. Le mot Catracouy, que les Français prononçaient Catarocouy, signifiait, paraît-il, émprenable en langue iroquoise ?,
La présence des Iroquois stimulait-elle les Français? Comprenait-on autour du gouverneur général, que l’on accomplissait une œuvre d'intérêt commun, ou Frontenac avait-il communiqué à tous l’ardeur qui l’animait lui-même? Il semble que les travaux d'établissement du fort aient été improvisés avec une rapidité merveilleuse par l’émulation de tous; miliciens et soldats firent vaillainmment leur devoir et si, comme il est vraisemblable, les premiers furent encore astreints à des corvées pénibles, ils eurent la constance de ne pas se plaindre. Frontenac avait eu d’abord la pensée de diviser toutes les troupes en quatre brigades, qui se relèveraient de deux en deux heures; mais voyant l’impatience générale, « il accepta la proposition de partager le travail entre elles, chacune se chargeant de celui qu’on lui donnerait »; on commença par creuser une rigole et abattre des arbres pour faire une palissade de pieux dont le gouverneur lui-même avait arrêt les plans aidé d’un ingénieur appelé Raudin. En un seul jour, le 14 juillet, « on nettoya paesque la place du fort »; le 19, la cliture était achevée, et Frontenac déclarait aux chefs d'escadre « qu’il ne leur demandait plus qu’un arpent et demi de bois d'abatis, après quoi il les renverrait ». Dès le 21, quatre escadres descendaient l'Ontario : celles de Trois-Rivières, de Sorel, de Contrecœur et de Bertier; le lendemain, c'étaient celles de Dugué,
4. Il ne subsiste du fort français que quelques morceaux d’un mur, au bord de l’eau. Encore la construction de ce mur est-elle postérieure à 167. L'emplacement exact du fort, ainsi que le rappelle une inscription, est occupé actuellement par une caserne d'artillerie; on y montre deux canons qui ont servi dans la campagne contre Riel!
2. Récit des aventures de Mathieu Sagean, dans Margry, VI, 96. — D'après Reclus, XV, 448, Calaraqui voudrait dire, en iroquois, « Rochers trempant dans l’eau. »
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de Saint-Ours et de la Durantaye; on voit par cette énumération que Frontenac avait reconstitué les anciennes compagnies du régiment de Carignan-Salières sous leurs officiers, habitués et devenus seigneurs de concessions sur le bas Saint-Laurent. Le comte restait seul à Catarocouy avec ses gardes, sa maison et quelques volontaires, vingt-cinq cunots environ; il avait envoyé Brucy chercher à l’entrée de l’Ontario les provisions laissées à la montée, par prudence, au poste de /a Galette; sur ses ordres un autre convoi devait être, au même moment, parti de Montréal; il n’en attendit pas l’arrivée au fort et ceci peut être opposé à ses détracteurs, d'après lesquels le nouvel établissement n’était qu’un magasin dont le gouverneur se réservait les profits. La première expédition n'avait porté que des vivres, des munitions, de quoi subsister elle-même et constituer pour un an les approvisionnements du fort; les vingt-cinq canots qui composaient le second convoi devaient au contraire amener quelques-unes de ces marchandises d'échange que Frontenac avait annoncées aux sauvages; c’est alors, mais alors seulement, que l’on aurait pu songer à faire du commerce; or Frontenac était en route déjà pour retourner à Québec.
A ce moment, le fort n’était autre chose qu’un entrepôt clos de palissades; on avait, à l’intérieur, établi des baraquements pour les vivres et les munitions de réserve; une garnison devait y résider à poste fixe, et des ouvriers étaient laissés aussi, pour continuer pendant l'hiver des travaux dont on avait arrêté le plan. Le séjour, en ce poste lointain d'avant-garde, n’était sûrement pas fort agréable; dans sa lettre du 13 novembre 1673, Frontenac signale la désertion de quatre soldats et de trois ouvriers. Quant à lui, sa tâche présente étant terminée, il s’embarquait, le 27 juillet, pour la descente; le 1° août, après une navigation contrariée par le vent, il arrivait à Montréal. Dans la relation de son voyage, à laquelle nous avons emprunté la plupart des détails qui précèdent, le comte se montre plein de gratitude pour ses collaborateurs : « Après Dieu, qui semble avoir voulu lui-même conduire cette entreprise, les officiers en doivent avoir la principale gloire, et M. de Frontenac est obligé de conserver pour eux une reconnaissance éternelle ; on ne verra jamais dans aucun régiment, pour bien discipliné et payé qu'il ait été, tant d'activité, de vigilance, de zèle et d’obéissance que tous ces
messieurs ont fait paraitre. » L'abbé Faillon ‘ regrette les dix mille livres que le fort a coûtées, et qui auraient été fort dépassées, si l’on avait soldé toutes les corvées des habitants; mais n'est-ce pas là, au contraire, la constatation d’un fait nouveau, tout à l'éloge de Frontenac? Le gouverneur n’eut-il pas un très grand mérite à suppléer à l’indigence des ressources publiques en s’assurant des coopérations particulières, qui ne furent pas si maussades que le prétend notre auteur? Ce n'était pas trop que dix mille livres et quelques corvées, pour la création d’un poste dont le maintien préservera longtemps le pays de guerres autrement coûteuses.
Les documents les plus divers montrent que Frontenac n'avait pas trop présumé du succès de son expédition; le P. de Lamberville lui écrit, le 29 octobre 1673, qu'il a gagné les Iroquois, et que les Hollandais s'efforcent vainement d’atténuer cette bonne impression; dès le 10 août, La Salle annonce à Frontenac que les Iroquois, de retour dans leurs villages, parlent d'envoyer des enfants aux Français, selon la demande d’Onontio?; Frontenac lui-même, dans ses lettres du 16 février et du 14 novembre 1674 5, rapporte avec complaisance ces témoignages : les Pères ont publié que son voyage avait été guidé par la Providence divine ; pendant la saison de traite de 1674, on a vu des Outaouais mêlés amicalement aux Iroquois, descendre du fort sur Montréal; eufin, après un échange d’ambassades, huit enfants iroquois ont été amenés à Québec, où Frontenac les a confiés aux Religieuses Ursulines. Tous les ans depuis cette époque, s’il faut en croire Nicolas Perrot, le comte alla passer quelque temps au fort de Catarocouy; il faisait appeler les chefs des tribus iroquoises, assurant ainsi la paix entre elles et les sauvages d’en haut *.
Malgré l’évidente utilité du fort Frontenac *, Colbert en avait approuvé la fondation d'assez mauvaise grâce; d’après l'abbé Faillon, le roi aurait mis en délibération s’il fallait conserver ce poste, et n’y aurait consenti que pour sauver les dépenses déjà faites. A l’époque de Tracy, Colbert avait autorisé la création de