‹ Le comte de Frontenac [microforme]Chapitre 9 sur 395 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Le Canada français au début du xvu‘ siècle. La Compagnie des Cent Associés, — Premiers missionnaires. — Colbert; envoi du gouverneur Courcelles et de l’intendant Talon. Guerre contre les Iroquois Agniers (1666). — Premier dessin du système qui sera celui de Frontenac; la paix avec les indigènes permet aux administrateurs de travailler à la colonisation et d'organiser les découvertes. — Les soldats-colons; agriculture, mines. — Explorations de 1669 : Jolliet et Péré; La Salle et les Sulpiciens. — Explorations de 1670-1672 : Saint-Lusson au Saut-Sainte-Marie, puis en Acadie; — Saint-Simon à la baie d'Hudson; — La Salle sur l'Ohio. — Talon et le

clergé canadien; les Jésuites. — Dissentiments entre le gouverneur et l'intendant,

La colonie que l’on appelait à Paris la Nouvelle-France était bien peu de chose encore lorsque Colbert, au début du règne personnel de Louis XIV, reprit la politique de Henri IV et de Richelieu, et résolut de donner au roi de France un empire colonial en rapport avec sa puissance européenne.

Depuis la fondation de Québec par Champlain (1605), le Canada se développait fort lentement; Richelieu, créant en 1628 la Compagnie des Cent Associés, montra pourtant l'intérêt qu’il portait à cette colonie naissante; il prit soin de nous faire rendre par les

Anglais, au traité de Saint-Germain (1632), les territoires du Nord- Amérique dont ils s'étaient emparés pendant une courte guerre. Mais, malgré les intentions formelles du grand ministre, jamais les Cent Associés ne s'occupèrent activement de coloniser le pays. Du jour où la France prend une part directe à la guerre de Trente Ans, le cardinal n'a plus le loisir de s'inquiéter des questions d'outre-mer ; le Canada n’est plus qu’un pays de chasse, avec un petit district agricole autour de Québec; c’est aussi, c'est surtout une terre de prédication, soit pour les missionnaires jésuites, soit pour de simples laïques qu'anime une foi fervente : la fondation de Montréal, en 1640, a le caractère d’une véritable croisade, et les pionniers catholiques ne sont pas loin de voir dans les Iroquois, leurs ennemis ordinaires, des incarnations du Démon luimême ‘, Les premiers apôtres des sauvages, les Jogues, les Lalemant, les Brébeuf, les Garnier, sont aussi les premiers explorateurs du pays. Entre les mains de la Société de Jésus, qui est alors au Canada le seul pouvoir constitué — car la compagnie des Cent Associés n'eut jamais là-bas de gouvernement régulier, — la colonie n'est qu’une mission, dont les bornes ne sont pas connues, dont on sait seulement que certaines populations sont hostiles aux étrangers d'Europe, où des « ouvriers » ardents sont sûrs de trouver une tâche pénible, couronnée peut-être par la gloire du martyre.

Mazarin ne s'est point soucié du Canada; pourtant, le domaine français du Nord-Amérique prenait une certaine importance, puisque, en 1657, le pape, pour le soustraire aux prétentions de l'archevêque de Rouen, l'érigeait en vicariat apostolique et désignait le premier titulaire, François de Laval-Montmorency, évêque in partibus de Pétrée. À peine arrivé dans son diocèse (1659), Laval s'engage dans des disputes de préséance avec d'Argenson, le gouverneur d'alors. Ce sont les débuts de cette rivalité des pouvoirs ecclésiastique et civil qui va troubler le Canada si profondément à l’époque de Frontenac.

À d’Argenson, rappelé en France sur sa demande, succéda en 1661 un officier énergique, le baron du Bois d’Avaugour. D’Avaugour ne put s'entendre avec l'évêque, car il prétendait s'acquitter

1. Voir sur ces débuts Parkman, The Jesuits in North America. La traduction française de M"° la comtesse de Clermont-Tonnerre est médiocre.

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de tous les devoirs d'un représentant du roi; le différend principal portait déjà sur la question de la vente des spiritueux aux sauvages, que le clergé prétendait interdire, tandis que le gouverneur la croyait nécessaire aux progrès de la colonie; Laval, après avoir lancé l'excommunication contre ses adversaires, passa en France; sur sa requête, le commerce de l'eau-de-vie fut interdit, et le roi nomma pour remplacer d'Avaugour, rappelé, le pieux Mézy, gouverneur de Caen, que lui recommandaient l’évêque et les Jésuites.

D'Avaugour pensait à l'avenir du Canada; soldat avant tout (il alla se faire tuer en Autriche, dans une guerre contre les Turcs), il avait compris pourtant qu’il fallait des colons sur cette terre neuve et fertile; de retour en France, il soumit à Colbert ses observations sur le pays qu’il venait de gouverner. On peut croire que ce document fit grande impression sur le ministre : à cette époque, la France était en paix avec toute l’Europe; elle prêtait des troupes au Portugal contre l'Espagne, à l'Autriche contre les Turcs; ne valait-il pas mieux tourner ailleurs cette activité; transporter au Canada, comme le demandait d'Avaugour, trois mille hommes dont l'établissement eût alors assuré la prise de possession rapide d’un immense domaine?

Déjà, en 1662, Colbert avait chargé Dumont, commandant de quatre cents soldats envoyés à d’Avaugour, de lui fournir des renseignements sur le pays; puis, sur le rapport de Gaudais, qui était parti en même temps que Mézy pour faire une enquête générale, probablement aussi sur les conseils de d’Avaugour, il provoqua en mars 1663 la résiliation de la compagnie des Cent Associés, et créa la même année une haute cour de justice, le Conseil Souverain de Québec, dont les cinq membres devaient être désignés conjointement par le gouverneur et l’évêque ; ceux-ci étaient tous deux conseillers eux-mêmes, comme plus tard l’intendant. Colbert affirmait, de cette manière, l'intention de suivre de plus près les affaires canadiennes, et aussi de constituer la Nouvelle-France d’après les principes d'administration qui régissaient l'ancienne.

Tout docile qu'on l’eût supposé, Mézy ne sut pas se résigner à n'être qu’un secrétaire général de l’évêque : il suspendit de leurs fonctions deux conseillers, de Villeray et d’Auteuil, ainsi que Bourdon, procureur général. Il les accusait de mener avec l’évêque une campagne dirigée contre lui. Mais Villeray, envoyé à Paris

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par le gouverneur, plaida si bien sa cause et celle de l'évêque; celui-ci s’assura en cour de si puissants protecteurs que Mézy, plus disgracié encore que son prédécesseur, fut révoqué par ordre du roi et incarcéré. Il mourut avant que son procès eût été engagé;

les magistrats qu’il avait suspendus furent rétablis dans leurs }

charges. On était alors en 1664, et Colbert venait d'organiser la Compagnie des Indes Occidentales : le Canada, comme les Antilles, faisait partie du domaine de cette société. Sur la demande des actionnaires, Colbert nomma les premiers officiers : de Tracy était, depuis 1663, vice-roi pour toute l’Amérique française; Colbert lui adjoignit pour le Canada, Courcelles, gouverneur général, et Talon, intendant. Il décida, en même temps, d'envoyer sur le Saint-Laurent des colons et des soldats, selon le plan de d’Avau-

gour. C'est la première fois que nous trouvons au Canada une È

administration complète, à l’image de celle des provinces métropolitaines ; sous le gouvernement de Courcelles et de Talon nous voyons commencer l’œuvre sérieuse et méthodique de la colonisation française; une brève étude de cette période est la préface nécessaire d’un livre sur Frontenac,

Les plus proches voisins indigènes du Canada français, les Iroquois, étaient une nation belliqueuse et cruelle; divisés en cinq groupes principaux, confédérés sous le nom de Cinq-Nations, ils habitaient la rive méridionale du lac Ontario, fermant ainsi la voie à tout développement de la colonie française vers l’ouest. Il était donc nécessaire, ou de s’entendre pacifiquement avec eux,

ou de leur imposer, par la guerre, le respect des Français quik

seraient libres alors de passer au travers de leur pays: la question n’avait jamais été nettement posée, avant l’arrivée de Tracy et

Courcelles ; les précédents gouverneurs, pour mettre fin à la guérillak

que les Iroquois faisaient à nos colons et à nos chasseurs, avaient bien sollicité du roi des renforts, mais aucun n'avait reçu assez d'hommes pour engager la lutte. D’autre part, les missionnaires n’aveient guère de succès chez les [roquois; le baptème d'un chef était une cérémonie rare et solennelle : ainsi Garakonthié, de la tribu des Onnontagués, fut baptisé à Québec en grande pompe: l'évêque officia et le gouverneur fut parrain ‘. Par ces quelques

convertis, probablement aussi par certains coureurs de bois quik

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