‹ Le Comte De FrontenacÉtude Sur Le Canada Français À La Fin Du XVIIᵉ SiècleChapitre 126 sur 316 · Clément, ITI · texte numérisé non relu

Clément, ITI

2, Jug. du C. S., Il, 624.

3. L'évêque n'assistait point à la séance, « une maladie douloureuse et périlleuse lui étant survenue dans la nuit précédente » (Jug. du C. S., Il, 644).

Ar, col, GG. Can. VI, 519.

naissance des délits de traite était réservée désormais au Conseil Souverain, comme si le ministre avait voulu prévenir de nouvelles disputes entre gouverneur et intendant. Toutefois, comme le Conseil ne disposait pas des mêmes ressources que Frontenac et que celui-ci déclarait prendre sur lui toute la responsabilité de l'exécution, les magistrats finirent par lui abandonner le soin de promulguer les édits royaux dans le haut pays. Ils insistèrent seulement pour qu’une date fût fixée, — le mois de juillet 1682, — au delà de laquelle les coureurs ne pourraient plus profiter de la clémence royale. Frontenac ayant, après enquête, noté que les plus éloignés d’entre eux ne pourraient être revenus avant le mois d'août, le Conseil, en adoptant la date d’abord proposée, ajouta une réserve « pour les coureurs qui sont aux Sioux et aux Assinibouelles! ». Comme de juste, l’amnistie avait rendu caduques toutes les poursuites antérieurement engagées.

Depuis l’ordonnance de 1681, les congés furent « des permissions par écrit que les gouverneurs généraux accordent, par ordre du roi, aux pauvres gentilshommes et aux vieux officiers chargés d'enfants, afin qu’ils puissent envoyer des marchandises dans les Lacs ? ». Le plus souvent, ke bénéficiaire vendait ou affermait son congé à des marchands; en 1683, La Chesnaye et trois associés en avaient ainsi acheté douze, pour aller aux Outaouais *; le gouvernement donnait done un congé de traite comme, de nos jours, un bureau de tabac; c'était une manière de faire contribuer le commerce des pelleteries aux travaux de la colonisation proprement dite. Les fermiers devaient y perdre, puisqu'il leur fallait maintenant acheter aux particuliers des permissions de traite, qu'ils obtenaient jadis à meilleur compte; d’autre part, en limitant le nombre des intermédiaires par lesquels la pelleterie était envoyée en France, le régime des vingt-cinq congés rendait plus facile une coalition pour maintenir les hauts prix en face de la ferme. Les plaintes ne manquèrent pas de s'élever, et Duchesneau s'en fit l'écho; lui, qui n’avait cessé jusqu'alors de déclarer les coureurs de bois dangereux, assure maintenant que, sans eux, « on ne peut fournir aux fermiers ce qu'ils doivent faire passer de castor en France; presque toute la pelleterie est tombée dans trois ou quatre

1. 18 août-5 sept. 1681. Jug. du GC. S., Il, 652, 671, 690. 2. La Hontan, 1, 69. — Cf. La Potherie, II, 142. 3. AT. Cols, 0. G: Can. NI2327.

mains, le reste gémit et le commerce est ruiné... » Or, «le Canada doit regarder le seul commerce de la pelleterie comme son principal soutien; la pêche ne serait utile qu’en Acadie, parce que le commerce de la pelleterie n’y est pas fort considérable ! ». Et Duchesneau, naguère acharné contre Frontenac, qu'il aecusait de défendre les coureurs, les protège à son tour, aidé de Comporté, prévôt des maréchaux, et de La Chesnaye?; il écrit en France, sans examen personnel, ce que ses amis lui dictent; car il n’a - pas d’idée qui lui soit propre, que celle de contrarier Frontenac.

Le régime des vingt-cinq congés créait au gouverneur général des obligations nouvelles; la traite devenant, de plus en plus, une affaire privée, les administrateurs devaient moins compter, pour servir les intérêts généraux de la colonie, sur les coureurs de bois, désormais simples agents des négociants du bas Canada. Il fallait donc que le gouverneur, pour surveiller ce commerce dont l'importance politique était si grande, eût en permanence, auprès des tribus indigènes principales, des représentants sûrs, et voilà pourquoi Frontenac avait si vivement réclamé devant le Conseil le droit exclusif de promulguer l'ordonnance du 2 mai; sous ce prétexte, il pouvait envoyer des officiers dans tous les postes du haut pays et, s’il y tenait, c’était moins pour participer, malgré les ordres royaux, au commerce des pelleteries que pour contrôler la conduite des marchands et des missionnaires; ainsi Villeraye, chargé de porter aux Outaouais la nouvelle de l’amnistie, fut établi commandant sur place par le gouverneur; ailleurs des gardes furent dépêchés pour publier l'ordonnance et surtout inviter les sauvages à descendre *. Frontenac, forcé par les restrictions de la Gour comme par le progrès des découvertes, ébauchait donc une nouvelle organisation du Canada ; son but est toujours le même : assurer le domaine éminent du roi sur l'étendue ‘entière de la Nouvelle-France; il demandait deux ans, avec un bon intendant et un prévôt actif, pour étendre l’action régulière de son autorité sur les pays récemment reconnus *.

En 1682, malgré toutes les querelles engagées à propos de la traite, Frontenac l’emportait, puisqu'il restait maître de ses rela-

1 "Am-ECol Ca Can. NV, 299316:

D IG ATILS EO

3. Nicolas Perrot, 131. — Frontenac au ministre, Ar. col., CG. G. Can., VI, 49. PPArecol, C6. Can, M, 9361:

tions avec les indigènes; le clergé ne parlait plus de la vente des eaux-de-vie aux sauvages; ni l’intendant, ni le Conseil Souverain, ni la Cour elle-même n’avaient empêché le gouverneur de poursuivre sa tâche; victime cependant des dénonciations accumulées par ses ennemis, non seulement il n’obtiendra pas le délai de deux ans qu’il souhaitait, mais il sera, presque aussitôt, rappelé en France. Encore laissera-t-il derrière lui, pour le venger de ses adversaires, le Canada singulièrement plus grand qu'il ne l’avait reçu.

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