‹ Le Comte De FrontenacÉtude Sur Le Canada Français À La Fin Du XVIIᵉ SiècleChapitre 128 sur 316 · II · texte numérisé non relu

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séduisants. Colbert devait remarquer avec plaisir que, loin d’imposer au trésor des charges nouvelles, la concession du fort à La Salle allégerait les frais de l’occupation du Canada. En échange de cette faveur, qui comprenait le droit de pêche et la libre disposition des terres, La Salle promettait d'entretenir le fort etsa garnison et d’acquitter Frontenac des dépenses de premier établissement; il aurait le titre de commandant pour le roi, sous la surveillance du gouverneur général; il s’efforcerait de. faire défricher, d'attirer des sauvages auprès des Français, et, dès les débuts, assurerait aux habitants et soldats le service de la religion catholique .

Un arrêt du Conseil du roi, daté du 13 mai 1675, accepta les offres de La Salle; le texte porte expressément que l'affaire avait été rapportée par Colbert en personne, ce qui indique combien le ministre en appréciait l'importance. Vingt ans, à partir de 1676, étaient accordés à La Salle pour mener à bien le défrichement complet de sa concession. Les lettres patentes expédiées le même jour en conformité avec l’arrêt du Conseil, spécifient que «tous les habitants et autres qui s’établiront ci-après au fort Frontenac, auront permission de traiter avec les sauvages en la manière accoutumée..…., saus que, sous prétexte de la présente concession, l’exposant puisse les empêcher en quelque sorte et manière que ce soit ? ». Ainsi, dans la pensée de Colbert, qui est l’auteur véritable de cette rédaction, le nouveau poste est essentiellement destiné à développer les relations des Français avec les indigènes. Louis XIV ajouta des lettres de noblesse à la concession du fort Frontenac; il entendait récompenser le courage de La Salle qui « méprise les plus grands dangers pour étendre jusqu’au fond du Nouveau-Monde le nom et l'empire du roi de France ». A ce moment done, La Salle est en pleine faveur; muni des actes royaux qui consacrent sa situation nouvelle, il repasse au Canada par les vaisseaux de 1675 ; peut-être fit-il la traversée sur le même bâtiment que M“ Laval, qui venait prendre possession de son siège épiscopal, ou que l'intendant Duchesneau tout récemment nommé par Colbert.

À peine débarqué à Québec, La Salle communiqua ses provisions

À. Margry, [, 278.

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à Frontenae, qui le reçut au commandement du fort, par lettre du 12 octobre 1675; il acquitta, comme il s’y était engagé, les premiers frais qui montaient à dix mille livres, et reçut un certificat signé de l'intendant Duchesneau; puis, le Conseil ayant enregistré ses lettres patentes, il prêta serment entre les mains du gouverneur général. — Il semble que La Salle se soit attaché, aussi, à désintéresser Bazire et Lebert, qui avaient été ses concurrents pour la concession du fort; tous deux touchèrent douze mille trois cents livres pour diverses fournitures au fort ou à la garnison; à partir de ce moment, ils paraissent tout à fait étrangers à l’entreprise de La Salle ; ils compteront même bientôt parmi ses ennemis; c’est sans doute que, le fort Frontenac prenant avec le temps une valeur plus grande, ils regrettèrent d’avoir consenti trop tôt au simple remboursement de leurs avances, même en y joignant le bénéfice que La Salle ne dut point leur marchander sur leurs fournitures.

Le nouveau gouverneur du fort Frontenac avait profité de son voyage en France pour associer des parents et des amis à son entreprise : son beau-frère Nicolas Crevel, greffier de Rouen, lui avait confié plus de mille livres, en argent ou en marchandises; sa famille « persuadée de sa sagesse et de son grand courage », lui donna volontiers les secours dont il avait besoin. La Salle fut alors en état, dès la première année de son séjour, de dépenser pour le fort Frontenac plus de quarante mille livres !. On n'avait élevé d’abord qu'un fortin entouré de pieux; il transforma cette installation provisoire, et le nouveau fort, s’il faut en croire l'abbé Cavelier, frère du commandant, fut dès 1677 un ouvrage considérable, avec cinq bastions réguliers en pierres de taille.

Il est évident que les amis de France et les marchands du Canada qui avaient commandité La Salle considéraient surtout le fort Frontenac comme un établissement de commerce, où les relations avec les sauvages permettraient de réaliser rapidement de grands profits. Frontenac estimait plutôt la valeur politique de cette position, d’où l’on observait aisément les courses des Iroquois vers les Outaouais, où l’on était maître d'arrêter ou du moins de surveiller les rapports de ces derniers avec les Européens de la côte. Il n’est pas sûr que La Salle s’inspiràt des mêmes

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