LE COMTE DE FRONTENACG
et demi parmi les sauvages, ni surtout nouer avec eux des relations durables, s’il n'avait eu quelques marchandises à leur offrir, si même, de temps en temps, il n’avait eu la faculté de renouveler ses provisions dans le bas Canada; il écrivait à Frontenac combien il était gêné par les rigueurs des ordonnances, et le priait, dans l’intérêt de son œuvre, d'y apporter quelques tempéraments *. Le gouverneur déféra sans doute à ce désir et c’est ce qui donna carrière aux médisances de l’intendant. La Salle lui-même en parlant de la mission de Raudin — peut-être le même qui avait tracé le plan du fort Frontenac ?, — en ajoutant que le gouverneur envoyait aux indigènes du lac Supérieur des ordres réitérés de faire la paix, avoue l'importance des pays découverts par du Lhut; tout nous autorise donc à supposer que ce dernier fut comme La Salle un agent politique du gouverneur général; à lui reviendrait l'honneur d’avoir établi une sorte de protectorat français sur les peuples riverains du lac Supérieur et du haut Mississipi, comme à La Salle celui d’avoir fondé les premiers postes français du pays des Illinois. On pourrait objecter l’incarcération de du Lhut au château Saint-Louis, attribuée par La Salle aux ordres de Frontenac. Mais, si l’on rapproche ce que dit La Salle des « incidents que fit naître l’intendant » à propos de cet emprisonnement des derniers mots du mémoire à Seignelay, où du Lhut se plaint de Duchesneau, sans ajouter quoi que ce soit contre Frontenac, on sera conduit à penser que l’explorateur fut victime non du gouverneur, mais de l'intendant; on en trouve une preuve meilleure encore dans les extraits de la correspondance de Frontenac pour 1681 : le gouverneur déclare qu’il a dû protéger du Lhut, le faire garder chez lui pour empêcher qu’il ne fût pris par l’intendant; que celui-ci n’a pas voulu l’interroger en sa présence, et qu'il s’est alors résolu à le faire passer en France®. Il est donc certain que la détention de du Lhut fut de pure forme et qu’il bénéficia de l’amnistie royale publiée dès le 41 août 1681 à Québec; il partit pour la France par les vaisseaux de l’année.
Les mémoires que publie Margry * furent présentés par l’explorateur à Seignelay; l’on peut conclure du texte même de ces