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le moyen de pouvoir exécuter la chose conjointement avec vous ». L'évèque prévoyait sans doute que son absence serait longue, il voulait assurer l'avenir de la cathédrale de Québec, peut-être aussi faire voir au roi que les différences n'étaient pas si grandes qu'on le lui laissait croire entre la jeune chrétienté canadienne et les vieux diocèses de France. Il eut soin toutefois, nous l’avons noté plus haut !, de n’assigner au chapitre de ses revenus propres que celui de la mense monacale; il y ajouta une terre de trois lieues de front sur cinq de profondeur, à prendre sur un domaine plus étendu, au Saut de la Chaudière; cette propriété représentait la contribution du séminaire à l'érection du chapitre. Quant aux cures nouvelles, ce sont celles de Champlain, l’île d'Orléans, Beauport, la Pointe aux Trembles, Batiscan et Repentigny. Le 14 novembre, après avoir signé cette sorte de testament, Mer Laval partit pour la France. Il était résolu à demander un successeur, car sa santé, compromise par les fatigues d’un dur apostolat, ne lui permettait pas, croyait-il, de continuer utilement ses fonctions. S'il avait tout fait, comme le disent les éditeurs des Handements?, pour rendre le siège de Québec aussi indépendant que possible de la Cour de France, il laissait du moins au Canada la réputation méritée d'un saint prêtre et d’un homme de cœur.
Ce n’est pas aux instances de La Barre, mais à la prudence de l’évêque, qu’il faut attribuer la création du chapitre et des nouvelles cures; le gouverneur ne s’occupait point de pareilles affaires; il laissait au clergé la plus entière liberté de régir et de morigéner les habitants; La Hontan, en juin 1685, déplorait qu'un bouillant ecclésiastique lui eût brûlé « le roman d’aventures de Péirone, auquel il tenait plus que sa vie, car son exemplaire n’était point mutilé ». Il était pourtant à Boucherville, fort de la campagne de Montréal, où il avait espéré qu'on serait plus libre qu’à la ville, « n’ayant à supporter que l’emportement d'un seul prêtre en cas de bal, de jeu et de festin » *. Vers cette même époque, M# Laval excommuniait, par un mandement, « les fidèles de l’un et l’autre sexe qui se trouveraient aux assemblées qualifiées du nom de charivaris »‘. Assurément, les charivaris
. P. 10. Biographie de M“ Laval.
. La Hontan, I, 59 ss.
. Mandements…. I, 114.
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prêtaient à quelque dissipation, et l’attachement de La Hontan pour son Pétrone n’était peut-être pas une manie de bibliophile; mais, dans une société déjà nombreuse, comme celle de la Nouvelle-France, était-il opportun d'user, pour de telles vétilles, des dernières sévérités ecclésiastiques? Il est douteux que l'intérêt même de la religion le commandât, et les conseils d’un gouverneur plus intelligent que La Barre en auraient sans doute averti les chefs de la chrétienté canadienne.
Mais nulle part La Barre ne montra, mieux que dans sa politique indigène, combien il était au-dessous de la mission qui lui avait été confiée; Frontenac encourageait également toutes les découvertes, suivant exemple que lui avait laissé Talon; il protégeait La Salle contre ses adversaires, mais pas assez cependant pour ne point comprendre l'utilité des expéditions de du Lhut; s'il entrait volontiers en relation avec les Jésuites missionnaires des Iroquois, parfois même avec ceux du Saut-Sainte-Marie, il avait eu soin que tous les pays concédés à La Salle fussent desservis par des Récollets; il maintenait ainsi l'équilibre entre les expiorateurs rivaux comme entre les ordres religieux concurrents. La Barre n’a plus de ces habiletés ; il ne sait pas défendre contre les représentants de la ferme métropolitaine les intérêts de la nouvelle Compagnie canadienne de la baie d'Hudson ; il abandonne l'œuvre de La Salle aux jalousies d’une société hostile, dont fait partie du Lhut; les Jésuites des missions de l’ouest ne sont plus pour lui de simples collaborateurs, mais bien les agents officiels du gouvernement auprès des indigènes; tels les PP. Engelran à Michillimackinac, Nouvel à la baie des Puants!. Les Récollets perdent leur monopole religieux pour les pays de la découverte de La Salle ?; c'est seulement après de longues disputes en Cour qu'on leur réservera le vicariat apostolique si disputé de ces régions *.
La traite de Tadoussac et de ses environs appartenait à la ferme, et par conséquent, la chasse sur ces territoires était interdite aux particuliers; la valeur de Tadoussac, très grande au début de la colonisation française, avait diminué à mesure que des postes nouveaux étaient fondés vers l’ouest; on avait même
1 Ar. col, 10. 4G- Can. eV 5285.
2. Cf. lettre des administrateurs, 6 nov. 1686. Margry, V, 25. 3. Ar. col., C. G. Can., VIII, 188.
évacué quelque temps cette station, en 1670, à la suite d’une épidémie de petite vérole !; mais les découvertes dirigées du côté de la baie d'Hudson lui avaient rendu quelque activité; sous le gouvernement de La Barre, Riverin, ancien secrétaire de Duchesneau, sous-loua la ferme de Tadoussac à Jean Oudiette, fermier du domaine d'Occident. Mais à peine y était-il établi, que les réclamations affluèrent à Québec; plusieurs habitants des côtes du bas Saint-Laurent assuraient que Riverin, sous prétexte de faire respecter les droits de la ferme, interdisait la traite sur des territoires qui avaient toujours été francs de cette servitude. En effet, d’après une enquête de l’intendant, toutes les dépositions s’accordent pour condamner les prétentions de Riverin; les plus formelles sont celles de deux anciens employés de la ferme, à Tadoussac même, Charles Cadieu de Courville, « interprète pour la langue algonquine », et Nicolas Juchereau de Saint-Denis, « bourgeois et habitant de Québec ». Jamais, d’après ces témoins, les territoires litigieux n’ont relevé de la ferme; Riverin a seulement voulu abuser de ses protections pour faire le commerce à son propre compte; les associés de la nouvelle Compagnie de la baie d'Hudson en fournissent aussi des preuves non équivoques, et demandent la suppression du privilège de Tadoussac, dont il est fait un si fâcheux abus ?.
Ils n’eurent pas gain de cause, et c’est regrettable, car il eût valu la peine, à ce moment, de soutenir les tentatives canadiennes dirigées vers la baie d'Hudson : une association, dont faisait partie le conseiller La Martinière, s'était formée à Québec, au printemps de 1684; elle demandait à Seignelay quelques franchises de droits *, puis, avant même d'attendre la réponse, organisait sa première campagne; La Martinière en personne se rendit à la baie, mais il y rencontra les Anglais bien établis et fut obligé de prendre contre eux mille précautions; ainsi peu libre de ses mouvements, il ne put presque pas traiter et revint à Québec : les Anglais, dit-il, sont soutenus par une Compagnie puissante; ils ont avec eux trois ou quatre renégats français qui connaissent le pays; les Canadiens ne sont qu'une poignée de trappeurs à peine armés; un vaisseau du roi leur serait nécessaire pour s'emparer