‹ Le Comte De FrontenacÉtude Sur Le Canada Français À La Fin Du XVIIᵉ SiècleChapitre 192 sur 316 · RENTE 15 ES · texte numérisé non relu

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écrivit une lettre de bienvenue; mais ces protestations d'amitié ne paraissaient pas sincères, car les envois d’armes aux Iroquois continuaient, et Denonville n'était pas dupe. Dongan n'était pas un chef militaire, et Callières le juge bien, quand il le dépeint comme « un esprit inquiet, intéressé, brouillon... faisant plutôt le marchand que le gouverneur à Manhatte ! ». Il n’eût donc pas coûté beaucoup de lui infliger une défaite qui eût été décisive; et, du même coup les Iroquois eussent été réduits à merci, car ils ne se maintenaient que par les secours anglais. Mais le gouverneur espérait que les négociations qu'il savait engagées en Europe y mettraient bon ordre. Dans ses lettres à Dongan, il se montrait donc froid, mais poli. Par le ton seul de cette correspondance, on devine que Denonville ne s’inspire pas des mêmes idées que La Barre; ainsi, jamais il n’a caressé la chimère d’une entente anglo-française pour dompter les Iroquois; il part de ce fait, malheureusement évident, que les Iroquois et les Anglais sont pour nous un seul groupe d'ennemis; il n’aura point la naïveté d’avertir le gouverneur de New-York des campagnes qu'il médite.

Malgré toutes ces précautions, des déserteurs français infor-

maient Dongan de tous nos projets ?; ils se moquaient de toutes

les ordonnances royales, et leur nombre était tel qu'ils formaient près de Manhatte un nouveau village que l’on appelait la petite Rochelle *. Ce nom semble indiquer qu'il y avait des réformés parmi eux; Louis XIV avait étendu la révocation de l’édit de Nantes à toutes les possessions de la couronne, et Denonville avait recu l’ordre d’appliquer aux récalcitrants le système des dragonnades *; mais les déserteurs n'étaient pas seulement des dissidents persécutés, c’étaient surtout des aventuriers, heureux de profiter des concessions de terre et des avantages de commerce que les Anglais leur offraient. Dans son zèle très légitime à les poursuivre, Denonville ne fut pas toujours bien inspiré, comme le prouvent ses lettres contre le sieur de Chaïlly. Ce personnage,

1. Dongan à Denonville, 43 oct. 168%. — Callières à la Cour, 1688. Ar. col., C. G. Can., VII, 67, et X, 148.

2, Correspondance de 1686. Id., VIT, 41, 101, 118, etc.

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