‹ Le Comte De FrontenacÉtude Sur Le Canada Français À La Fin Du XVIIᵉ SiècleChapitre 194 sur 316 · Corresp. de 1686. Ar. col., C. G. Can., VIII · texte numérisé non relu

Corresp. de 1686. Ar. col., C. G. Can., VIII

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pour des approvisionnements amassés au fort Frontenac, et déclarait même que La Barre, en traitant à la Famine sans l’en avertir, avait méconnu la suzeraineté anglaise sur les Iroquois. Si les Français capturaient quelques bandits indigènes et les expédiaient en France, selon les ordres du roi, pour ramer sur les galères, Dongan voulait une indemnité. Si le P. de Lamberville, comprenant un peu tard qu'il avait été joué, paraissait disposé à rapprocher les Onnontagués des Français et à les détacher de New-York, Dongan priait le gouverneur de Québec d'inviter le Père à se renfermer dans l'exercice de son ministère. La présence des missionnaires chez les -Iroquois, ajoutait-il, ne prouve rien en faveur des Français; ces prêtres n’ont-ils pas eux-mêmes reconnu par plusieurs lettres que le pays était placé sous la protection de l'Angleterre? On voit à quelles conclusions prêtaient les imprudences du P. de Lamberville.

Au commencement de 1687, les deux gouverneurs recurent le premier traité de neutralité; Dongan, pour ne point s’y soumettre, épilogua sur les termes : la convention parlait des sauvages, auxquels ies deux groupes de colonies ne devaient point fournir d'armes ni de munitions; les mots wild Indians du texte anglais, dit-il, sont employés pour distinguer des tribus qui se sont soumises à l’un ou à l’autre gouvernement celles qui n’ont pas fait leur soumission. Et, sous le bénéfice de cette subtilité, Dongan continuait ses relations avec les Iroquois, ajoutant que l’établissement d’un poste en terre anglaise [il veut dire le fort Niagara) doit être le résultat d’un simple malentendu ‘. Denonville répondait avec quelque dédain à toutes ces hravades : au lieu de pousser les sauvages à chasser les missionnaires, disait-il, de leur donner des munitions et des vivres pour attaquer les Français, Dongan ferait mieux d'observer loyalement le traité de neutralité passé entre les deux couronnes; il devrait, si ses déclarations d'amitié ne sont pas des mensonges, accorder des réparations au P. Vaillant, maltraité malgré sa qualité de parlementaire par les Tsonnontouans, trop dociles aux conseils qu’on leur prodigue de New-York; il attendrait les décisions du comité mixte qui doit se réunir en Europe, avant d'élever des prétentions au moins contestables sur le pays

1. Diverses lettres de Dongan, 4686-88. Ar. col., C. G. Can., IX, 48, 86, 166; X, 32, et M. S. M., Mém. 226, 235.

des Iroquois; provisoirement, et jusqu'à preuve plus certaine de la sincérité de ses bonnes dispositions, il ne serait pas surpris que le gouverneur de Québec retint les Anglais prisonniers dans cette ville et surtout les sauvages enlevés par les traitants français.

Donc Denonville comprenait son devoir et parlait ferme; c’est de la Cour que vinrent des instructions de faiblesse. Vainement, le gouverneur représentait que les Anglais de New-York étaient un groupe presque indépendant, que jamais un traité régulier n'aurait de prise sur eux, qu’ils excitaient les Iroquois, pour attirer à eux tout le commerce, même contre leurs compatriotes de Pennsylvanie et de Virginie; vainement il montrait Dongan refusant de reconnaitre un fonctionnaire nouveau, sorte d’intendant, que lui adjoignait le roi d'Angleterre : de Versailles, on lui prescrivait de ne rien brusquer, de laisser faire les agents diplomatiques; alors, « sur une lettre de cachet du Roi, croyant devoir obéir aveuglément aux ordres de Sa Majesté », le gouverneur renvoyait à regret tous les prisonniers anglais. Peut-être finissaitil par croire, à voir l'assurance du ministre que, la Cour veillant en Europe, il n’avait plus pour atteindre les Anglais de la Nouvelle-France qu'à tomber vigoureusement sur leurs alliés Iroquois ‘. Mais il n'avait pas oublié l’échec de La Barre; il en avait étudié les causes, et s'était convaincu qu'il devait préparer de loin son expédition pour lui donner sa pleine valeur; de là Porgauisation d'un système défensif fort bien conçu, la meilleure des protestations contre les fanfaronnades de Dongan.

Le fort Frontenac était le poste qu’il fallait munir le premier, car au lendemain de la retraite de La Barre, il était menacé par des partis Iroquois, qu’enhardissait la faiblesse constatée des Français; dans le mois qui suivit son arrivée, Denonville alla passer l'inspection du fort, accompagné de Callières, gouverneur de Montréal; il y fit monter des farines et répondit tranquillement aux observations du gouverneur de New-York qu'il avait cru convenable d'augmenter la garnison; Dongan se vantait beaucoup quand, dénonçant l'armement de ce poste comme l'indice d’une campagne prochaine, il menaçait Denonville d'être plus vite à

1. Diverses lettres de Denonville, 1686-88. Ar. col., C. G. Can., VIII, 104; IX, 56, 63, 122; X, 32, 68, et M. S. M., Mém. 229.

Québec que les Français à Albany ‘. Au pays des Outaouais, La Durantaye était le commandant principal; il avait pris en 1684 la direction de la troupe de Français et de sauvages descendus à Niagara; du Lhut et Nicolas Perrot étaient sous ses ordres. Le roi, sollicité par l’intendant, venait de récompenser les services du commandant en chef : une nomination dans le corps des gardes de la marine, pépinière des officiers de vaisseaux, avait été envoyée pour l’un des fils de La Durantaye; le roi félicitait aussi Perrot, qui se trouvait alors dans une seigneurie voisine de la baie des Puants et qui fut très encouragé par cette mention honorable à raffermir dans notre alliance les peuples de cette région, fort mécontents de la campagne de La Barre ?. Denonville avait eu soin de faire ravitailler les divers postes de ces chefs; mais il regrettait qu’on n’eût pas établi avec eux quelques habitants qui auraient cultivé le sol et produit sur place, à peu de frais, les vivres nécessaires ?.

Des stations nouvelles étaient indispensables pour fermer aux Anglais et aux Iroquois les voies du haut pays : l’une à Détroit, entre les lacs Huron et Érié, l’autre à Niagara. La Salle avait déjà, pendant quelques mois, entretenu sur ce dernier point un fortin qu’il avait appelé du nom de Conti; mais il n'avait pu s’y maintenir. Dans l’été de 1686, Denonville avait projeté de relever cet ouvrage; il est même probable que les coureurs de La Durantaye y avaient établi déjà quelques cabanes, puisque l’année suivante le gouverneur indiquait qu'il serait possible d'y résister aux Anglais s'ils tentaient de forcer le passage. Un mémoire anonyme de cette époque indique tous les avantages de Niagara : la terre y est excellente, les bandes d’indigènes y viennent souvent en traite, on trouverait facilement pour faire la dépense du fort un fermier des droits ordinaires sur les pelleteries*; mais il faudrait y mettre une bonne garnison, car les Anglais ne manqueraient pas de l’attaquer ou de lancer contre les Français leurs alliés Tsonnontouans; ainsi déjà, par leurs intrigues, avaient-ils contraint à [a retraite le

4. Meulles à la Cour, 28 sept. 1685. — Dongan à Denonville, fév. 1687. Ar. col., M. S. M., Mém. 191, 235.

2. Meulles à la Cour, 28 sept. 1685. — Nicolas Perrot, chap. XXII et notes.

3. Denonville à la Cour, juin 1687. Ar. col., M. S. M., Mém. 224.

4. Lettres des 8 mai et 26 août 1686. — 1d., id., 218, et C. G. Can., VIT, 40,

sergent Lafleur, fondé de pouvoirs de La Salle : en juillet 1687, après sa campagne heureuse en pays iroquois, Denonville vint jeter les fondations de Niagara.

L'établissement de Détroit fut achevé plus tôt; en juin 1686, Denonville mandait à La Durantaye son désir que du Lhut y créât un fort; il envoyait aussi des ordres à du Lhut, par l’intermédiaire du P. Enjalran; il lui réservait le titre de commandant du nouveau poste et lui expédiait d'avance sa commission et celle d’un lieutenant qu'il pourrait choisir. Il indiquait l'importance de Détroit pour assurer les communications avec les pays des Illinois et recommandait à du Lhut de vivre en parfaite intelligence avec La Durantaye !. Si l’on ne soutient pas Détroit et Niagara, disaitil l’année suivante, tout le commerce des Lacs est perdu. Nous voyons enfin par diverses lettres du gouverneur, qu'il était en correspondance assidue avec Tonty commandant aux Illinois, et que plusieurs petites stations, régulièrement occupées, existaient encore aux Outaouais et sur la baie des Puants ©. Denonville se louait vivement des collaborateurs placés sous ses ordres, Tonty, La Durantaye, Perrot, du Lhut, La Forest, Boisguillot.

Dans le bas Canada, la même œuvre était poursuivie : sur les observations de Meulles et de Callières, le ministre avait autorisé la construction de magasins à poudre qui manquaient à Québec et à Montréal: puis, toujours sous l’active direction de Callières, Montréal, qui n'avait « aucune clôture ni réduit », fut entourée d’une palissade. Denonville se proposait sans doute de développer ces fortifications, puisque, dans une lettre de novembre 1686, il disait avoir écrit à Vauban pour lui demander un ingénieur. Il laissait prévoir que le roi devrait consentir d'importants sacrifices pour mettre ia colonie en état de défense, et faisait rendre par le Conseil Souverain, le 14janvier 1686, un arrêt interdisant à quiconque la vente des fusils, si l’on n’en avait en quantité suffisante pour armer, outre les pères de famille, tous les enfants et domestiques majeurs de quatorze ans.

Enfin, sur les flancs de la colonie, en Acadie et dans la baie d'Hudson, Denonville et Meulles tentèrent aussi de consolider la

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