‹ Le Comte De FrontenacÉtude Sur Le Canada Français À La Fin Du XVIIᵉ SiècleChapitre 2 sur 316 · PRÉFACE IX · texte numérisé non relu

PRÉFACE IX

pourtant moins les servir que se servir d'elles, et la grande querelle de la traite, c'est-à-dire de la vente aux indigènes de boissons spiritueuses en échange de leurs pelleteries, exprime surtout le conflit de ces idées avec celles, naturellement différentes, des missionnaires eux-mêmes.

De 1682 à 1689, deux gouverneurs, de La Barre et Denonville se succèdent à la place de Frontenac rappelé en France; tous deux s'inspirent d’autres principes, ou plutôt d’autres conseils; et sept années de ce régime ont si bien mis à mal la colonie, que seul Frontenac parait capable de la relever, et que la Cour le renvoie dans la Nouvelle-France. La politique de ses prédécesseurs avait enhardi tous les ennemis des Français; Frontenac usa tout le temps de son second gouvernement à réparer leurs fautes. Cependant, ses adversaires ne désarmaient pas; le ministre, Pontchartrain, finit par leur donner raison et supprima, quoi qu'en dit Frontenac, les congés de traite qui ouvraient aux coureurs de bois l'accès du haut pays. Le gouverneur eut le courage de ne point exécuter à la lettre ces instructions maladroites; 1l lui semblait que son devoir, à la tête d'une colonie qu'il connaissait mieux que personne, lui commandait cet acte d'indépendance. Il est mort en pleine lutte, en 1698; mais il avait assuré le succès de négociations que devait terminer une paix solide avec les Iroquois, belliqueux voisins de la Nouvelle-France : Callières, son successeur, signa en 1701 cette paix longtemps différée, dont la date marque vraiment la conclusion de l'histoire du Canada sous Frontenac.

Les noms de quelques découvreurs du xvir siècle, La S Salle, du Lhut, figurent sur les cartes modernes, adoptés par des cités américaines; aucune ville n’a porté jusqu'à nous celui de Frontenae, et le fort du lac Ontario, deux fois construit par ce gouverneur, s'appelle aujourd'hui Kingston. Mais la mémoire de Frontenac est restée populaire parmi les Cana-

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diens français : tout un groupe de travailleurs, MM. l'abbé Casgrain, Ernest Gagnon, Alfred Garneau, J. Marmette, E. Myrand, B. Sulte, l'abbé Verreau, ont pieusement recueilli les pierres du monument à lui élever; le poète national, Louis Fréchette, lui a consacré quelques-uns des meilleurs vers de sa Légende d'un peuple. I m'a paru qu'une étude, venant du vieux pays, sur cet homme qui a, de si haut, dominé son époque, pourrait prendre utilement sa place parmi ces ouvrages canadiens, en même temps qu’elle rattacherait ces souvenirs à l'histoire de nos gloires nationales. Cette étude, dois-je le dire, je l’ai longuement poursuivie, à travers les documents et les livres, avec le souci fondamental de faire œuvre de science, c’est-à-dire de découvrir la vérité : l’on voudra bien, je l’espère, me rendre la justice que je n'avance aucune opinion sans l'étayer de preuves. Mais je ne me défends pas, tout au contraire, de ma très vive sympathie pour la personne et les idées du comte de Frontenac; ma thèse consiste à mettre ces idées en lumière et, par l'examen des faits, à les défendre; compris de la sorte, mon travail soutiendrait peut-être l'ambition d’être autre chose qu'une monographie : je serais heureux que ce livre contribuât à répandre parmi nous la connaissance des saines traditions de notre histoire coloniale, et que ceux qui n’estiment point aujourd'hui notre rôle borné à nos frontières continentales, y pussent trouver à la fois, dans l’exemple du

comte de Frontenac, quelques motifs d'espérance et quelques règles d'action.

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