Ceci est spécifié dans les instructions de Frontenac
rables qu’on ne le pouvait craindre, car plusieurs des mèches allumées par Valrennes au départ s'étaient éteintes avant d’enflammer la poudre; les ennemis avaient pillé tout ce qui avait été laissé, mais s'étaient ensuite retirés; le fort ne resta donc que quelques jours privé de sa garnison française, et les Iroquois n'eurent pas longtemps à s’enorgueillir d'en avoir chassé les Français. L'arrivée de Valrennes à Montréal fut pour Frontenac un coup douloureux : la ruine de son œuvre était donc consommée: Et, dans la lettre qu'il écrit au roi, dès son retour à Québec, il lui échappe un aveu de découragement : « Il faudrait presque un miracle pour faire la paix, et un autre, plus grand encore, pour soutenir la guerre sans de nouveaux secours !. » On lui annonçait en effet que les Iroquois devaient au printemps attaquer Montréal et joindre sous Québec une flotte anglaise. La Nouvelle-France aurait-elle assez de forces pour repousser tant d’ennemis ?
Frontenac, dans ce moment critique, montra toute sa valeur; comme le dit un mémoire contemporain, son grand succès fut « de rétablir la confiance dans les esprits consternés ? ». Cest qu'il payait de sa personne avec tant d'intelligence et de zèle que tous le secondaient vaillamment; l’indiscipline qu'il avait d’abord constatée avait disparu du jour où les Canadiens avaient senti à leur tête un homme digne de les commander, et Champigny, qui devait connaître de réputation l’ancien adversaire de l'intendant Duchesneau, ne formulait, du départ de Denonville, qu’un timide regret *. Pendant les quelques jours qu'il resta dans l'ile de Montréal, Frontenac en organisa la défense : une nouvelle palissade fut commencée tout autour de la ville, « en pieux de cèdre de quinze pieds hors de terre »; les troupes, passées en revue par le gouverneur et divisées à nouveau selon les ordres de Ia Cour, furent réparties dans leurs quartiers d'hiver; dix patrouilles parcouraient fréquemment la campagne; des fortins, dressés dans les principales concessions, furent munis chacun d’un canon, que
l’on tirait en cas d’alerte, pour prévenir les voisins *; cependant
1. Lettres de Frontenac, 45 nov. 4689; de Champigny, 14 nov. 1690. — La Hontan, lettre XVIII. — Cf. le chap. précédent.
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