Ar. col., G. G. Can., XI
tions des Anglais contre Québec, les anciens dépéchèrent à Frontenac un exprès pour l’avertir ‘. En juillet 1689, au moment même où les Iroquois préparaient leur invasion de l'ile de Montréal, les Abénaquis des environs de Pentagoet, au nombre d’une centaine, s’avançaient avec prudence vers le fort de Pemkuit; ils étaient sans doute poussés par l'abbé Thury, leur missionnaire, et leur première attention avant de partir en campagne, avait été, dit Charlevoix, « de s’assurer le secours du Dieu des armées en s’approchant des sacrements ». Le fort de Pemkuit, surpris, fut occupé, non sans une fusillade assez vive; d’après l’intendant Champigny, qui rend compte de cette expédition, il était armé de vingt pièces de canon, et 200 Anglais auraient été tués. Ces chiffres paraissent exagérés, mais, en sens inverse, les Anglais eurent certainement plus-de morts que les sept qu'ils avouèrent, Le commandant du fort, qui avait d’abord voulu résister, se rendit à merci avec les soldats qui lui restaient; on leur permit de s’en aller librement, les engageant seulement à ne point revenir, et cette capitulation fut ponctuellement observée. [1 parait que le commandant anglais en partant dit aux sauvages « qu'ils avaient de bonne poudre et tiraient bien juste »; les Abénaquis, revenus à Pentagoet, exprimèrent à l’abbé Thury le regret de n'avoir pas eu 200 bons coureurs de bois avec eux : ils les auraient menés jusqu'à Boston *. Le rôle des missionnaires, dans la direction d’expéditions de ce genre, est certainement prépondérant, et Denonville, dans un mémoire qu'il rédigea pour Seignelay en 1690, note avec raison que, dans ces villages abénaquis, la présence des missionnaires était une garantie de la fidélité des indigènes; aussi les Anglais ne négligeaient rien pour entraver l'œuvre des prêtres et les faire expulser *; de ce côté du Canada, les Iroquois n'étaient guère à craindre, car, dans leurs courses les plus audacieuses, ils ne descendaient point au-dessous des Trois-Rivières; les Anglais restaient donc les seuls ennemis de la foi contre lesquels les missionnaires pouvaient exercer le zèle de leurs nouveaux chrétiens.
Les deux Compagnies rivales, française et anglaise, n'avaient
4. Lettre de Frontenac, nov. 14690. Ar. col., G. G. Can., XI, 90.
2, Lettre de Champigny, 16 nov. 1689. Ar. col., Charlevoix, 1, 557, 559. C. G. Can., X, 244.
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point cessé les hostilités à la baie d'Hudson; les négociateurs européens, après un premier échange de vues, à Londres, n’avaient pu s'accorder et s'étaient prorogés au 1° janvier 1689; mais, dans l'intervalle, la révolution d'Angleterre avait éclaté, et les préoccupations d’un avènement difficile ne permettaient pas à Guillaume IE, à supposer qu'il y eût consenti, de reprendre les pourparlers ; la Compagnie anglaise avait pourtant, d'office, donné l'ordre à ses agents de proclamer sur les territoires contestés la souverainelé de Guillaume et Marie d’York. Louis XIV, dans ses instructions au comte de Frontenac, fait entendre qu’il ne peui accorder aucun secours militaire à la Compagnie française, et cependant recommande au gouverneur de ne pas laisser empiéter sur nos droits, pas plus à la baie d'Hudson qu'en Acadie ‘ : quelques vaillants Canadiens, aidés de sauvages alliés, suppléeront au défaut des renforts de la métropole.
D'Iberville était retourné à la baie d'Hudson à la fin de l’été de 1688; puis, peut-être après un voyage en France, il s'y trouvait encore au printemps de 1689 ?; deux navires anglais, après avoir proclamé dans les postes de leur Compagnie les nouveaux souverains, s’apprêtaient alors à chasser les Français de toutes leurs positions; ils étaient bien munis d'armes et de vivres et comptaient près de cent hommes d'équipage; les Français, en très petit nombre, observèrent l'ennemi plusieurs jours, s’attachant à gêner ses mouvements à terre, à disperser les groupes qui s’aventuraient trop loin, à faire, çà et là, des prisonniers : c’étaient les procédés des indigènes du Canada que d’[berville appliquait ainsi. Quand il vit le commandant anglais affaibli par cette tactique, il l’envoya sommer de se rendre par Maricourt, l’un de ses frères. L’Anglais demanda d’abord un délai, puis consentit; on lui fit d’ailleurs des conditions très acceptables; les deux navires anglais restèrent aux mains de d'Iberville, mais un bâtiment fut accordé aux officiers et à quelques hommes, pour se retirer; les autres, et notamment les pilotes qui les avaient con-
4. Instructions de Frontenac. Ar. col., Ordres du roi, Canada, 1688-90, p. 84.
2. Cf. ci-dessus, deuxième partie, p. 316. En comparant les divers textes cités, on conclura que, si d’Iberville passa en France à cette époque, comme il en avait l’intention, il n’y put rester que fort peu de temps, dans l'hiver de 1688-1689.