La distance entre les deux villes est de 275 kilomètres
port et Beaupré, sur la rive gauche de la petite Rivière, soit à l’île d'Orléans où l’ennemi pouvait camper et se ravitailler à loisir; les miliciens veillaient done nuit et jour et restaient prêts à prendre les armes, à la première alerte, pour telle destination qui leur serait assignée. Les fortifications avaient été doublées en plusieurs endroits, et toute la haute ville entourée de palissades en cas d’une attaque à revers; des batteries avaient été postées au-dessous du château Saint-Louis, surtout au Saut au Matelot; mais, quoi qu’on eût fait, elles n'étaient pas bien redoutables, car Frontenac disposait seulement d’une vingtaine de canons et n'avait que peu de munitions. Entre la haute et la basse ville, sur la pente rapide du seul chemin de communication, deux ou trois barricades étaient étagées, d’où l’on arrêterait l’assaut, si les assiégeants parvenaient à prendre terre au bas du fort. Chacun travaillait avec ardeur; les plus riches habitants avaient souscrit quatre mille livres pour les remparts; en aval de Québec, un prêtre, le curé Francheville, s'était mis à la tête de ses paroissiens pour faire le coup de feu contre les vaisseaux anglais; les étudiants du séminaire s'étaient enrôlés à Beauport, dont le seigneur Juchereau de Saint-Denis exerçait continuellement les miliciens, infatigable lui-même malgré ses soixante ans passés; « il semblait que les bourgeois n’avaient plus aucune crainte, possédant leur gouverneur; quoiqu'il n'eût amené avec lui que deux à trois cents hommes, ils disaient hautement qu’ils attendaient les Anglais de pied ferme et pourraient venir quand ils voudraient !. » Frontenac était partout, visitant point par point les défenses, dirigeant, de sa personne, l'établissement des barricades et des batteries.
Le clergé s’élait associé aux préoccupations communes : beaucoup de familles, entre autres celle de l’intendant, s'étaient réfugiées au séminaire, dont les murs de pierre défiaient le bombardement et l'incendie plus sûrement que les chaumes de la basse ville; les meubles et les pelleteries des marchands avaient été entassés dans les couvents de la ville haute; les Jésuites avaient établi plusieurs postes, et se partageaient entre les divers corps de garde pour faire le service d'aumôniers. L'ancien évêque Laval, qui vivait encore au séminaire, fit attacher au clocher
1. Champigny à la Cour, nov. 1690. Ar. col., C. G. Can., XI, 136. — Mém. des guerres de 1682-1712. — E. Myrand, op. cit., 260.
RDS