Ar. col., C. G. Can., XI, 211 et
rappelait, avait projeté de ramener des vaisseaux d'Angleterre pour reprendre, avec méthode cette fois, sa tentative avortée contre Québec; sans la mésintelligence qui divisait les colons des diverses possessions anglaises depuis leurs échecs de 1690, il est probable qu'un mouvement naval par le Saint-Laurent aurait coïncidé avec l’attaque de Montréal. Mais, cette fois encore, la Nouvelle-France, atteinte d’un seul côté, défiait ses ennemis.
À défaut de secours militaires, le ministre ‘ avait envoyé des instructions à Frontenac pour reconquérir l'Acadie et consolider notre situation à la baie d'Hudson et à Terre-Neuve. Villebon, qui partait avec les vaisseaux de 16914, reçut l’ordre de s'entendre avec Frontenac pour réoccuper Port-Royal de l’Acadie et négocier ensuite avec Boston l'échange des prisonniers ?. Le gouverneur général appréciait à sa valeur cette position avancée du Canada; dès l’arrivée de Villebon, il lui donna cinq officiers et quarante hommes, Canadiens plutôt que soldats du roi, pour enlever Port- Royal. Champigny s’imaginait que c'était beaucoup trop peu, que jamais Villebon ne pourrait se maintenir avec une aussi faible garnison. Un mois plus tard, cependant, il enregistrait le succès du petit corps expéditionnaire, et ne semblait plus contester Putilité de son départ *.
Villebon avait réussi en effet aussi facilement, à ce qu’il semble, que Phips l’année précédente. Les habitants, fatigués des pillages dont les conquêtes successives étaient accompagnées, auraient craint, en résistant trop vivement aux Français comme aux Anglais, d’aggraver leur situation naturellement précaire. Il ne fallait donc pas compter de ce côté, comme à Montréal, sur la collaboration très active de la population établie; ce n’est pas à Port-Royal, ni dans les autres postes d’Acadie que les soldats de France trouvaient le concours de bonnes milices. L'expédition de Villebon ne chassa pas seulement les Anglais d’Acadie; elle s’empara encore d’un vaisseau sur lequel avaient pris passage Nelson, armateur de Boston, et Tyne, désigné par ses compatriotes comme gouverneur de leur nouvelle province acadienne. Nelson, s’il faut en croire La Potherie, avait toujours affecté beaucoup d’amitié pour les Français; il était le chef d’un parti d'opposition
1. Seignelay venait de mourir. Son successeur était Pontchartrain.
2. Instructions de Villebon, avril 1691. Ar. col., CG. G. Can., XI, 306. 3. Champigny au ministre, 12 oct. et 12 nov. 1691. 1d., id., 281 et 290.