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ciences sur cet article des boissons » ‘, En 1691 et 1692, de nombreux mémoires sur cette question sont envoyés en France par le clergé ; les Jésuites, dont l’action s’est dissimulée, sous les gouverneurs précédents, parce qu'aucune opposition ne leur était faite, réapparaissent maintenant que Frontenac est de retour; fidèle aux termes mêmes de ses instructions, celui-ci n’entendait pas «souffrir qu'ils portent l'autorité ecclésiastique plus loin qu’elle ne doit aller »; aussi les dénonciations se multiplient-elles à la Cour contre le commerce qu'il tolère et qui est le seul moyen pour les Français de rester en relations utiles avec les indigènes.
Les documents de 1692 contiennent, sous la rubrique « Pères Jésuites », tout un dossier sur les boissons ? : le ministre Pontchartrain est supplié d’en arrêter le trafic; il faudrait, dans l’intérêt des sauvages, en interdire la vente, ou même proscrire les achats aux indigènes pour lesquels l’eau-de-vie sert de monnaie. Or c'était le cas le plus ordinaire, vu la rareté des espèces métalliques au Canada, et cela seul devait prévenir le ministre contre la prohibition réclamée. A l'appui de leurs requêtes, les Jésuites envoyaient un extrait des lois de Boston, portant « défense de vendre, troquer, traiter ou donner aux Indiens aucune liqueur capable d’enivrer, directement ou indirectement, à peine 40 shellings pour une pinte, qui est une chopine de France, et ainsi à proportion ». Ils ajoutaient à ce document diverses attestations, dont une de du Lhut, où les ravages de l’eau-de-vie parmi les indigènes étaient constatés. « Officiers et soldats, dit un autre texte, réduisent dans les postes du haut pays le service du roi à quatre occupations principales : la première est de tenir un cabaret publie d’eau-de-vie, où ils traitent continuellement aux sauvages qui ne cessent de s’enivrer...; la seconde est de porter d'un poste à l’autre des marchandises et eaux-de-vie...; la troisième est de faire du fort un lieu que j'ai honte d'appeler par son nom, où les femmes ont appris que leurs corps pouvaient tenir lieu de marchandises et qu’elles seraient mieux reçues que le castor. ; la quatrième est celle du jeu, où ils passent non seulement le jour, mais la nuit entière, au point de négliger la garde des postes %... » Les mêmes abus sont signalés dans plusieurs
4. Ar. col., C. G. Can., XI, 98. — Mém. et Doc., IT, 50. DIT XII USSS: 3 3. Cette citation est empruntée à un mémoire que le P. Carheil, mission-
mémoires contemporains, dont un est de La Chesnaye ‘; nous avons vu, dans la deuxième partie de ce livre, quelle était l'intimité de ce personnage avec le parti des Jésuites, tout-puissant dans l'intervalle des deux gouvernements de Frontenac. Les Sulpiciens de Montréal, si réservés d'ordinaire, s'étaient associés au mouvement dirigé par les Jésuites : l’abbé Dollier, dans une lettre du 7 octobre 1691 à un ami de Paris ?, parle en termes très vifs des désordres que provoque le commerce de l’eau-de-vie. On voulait évidemment profiter de ce que l’évêque était en France pour obtenir du ministre des règlements nouveaux à ce sujet. Assurément, la plupart des Français du haut pays ne se distinguaient point par une moralité trop sévère, cependant le journal de Courtemanche *, qui était allé porter à Michillimackinac la nouvelle des succès français de 1690, nous fournit, par une curieuse anecdote, la contre-partie des plaintes exagérées des missionnaires; cet officier, sur la demande des sauvages, leur avait vendu quelques pots d’eau-de-vie; les Jésuites, aussitôt, d'intervenir, disant que déjà tout un village était ivre; Courtemanche, s’y étant rendu, constata seulement une « gaîté plus vive que d'ordinaire, mais sans danger », cependant il donna l'avis à ses hommes de ne plus traiter ouvertement avec les sauvages; le trafic de l’eaude-vie continua, mais secrètement, pendant quatre jours et quatre nuits, tandis que les Jésuites, non prévenus, félicitaient l'officier de la bonne tenue de ses hommes et des heureux effets qu'ils en observaient sur les indigènes. Quand il fut sur le point de partir, Courtemanche leur raconta son stratagème; ils en furent tout confus. Quant à l'argument tiré des lois anglaises, il ne vaut pas grand'chose, puisque ces lois étaient sans cesse violées par les Anglais eux-mêmes ; n'est-ce point par le commerce de l’eau-devie qu'ils cherchaient à nous enlever la clientèle des nations du haut pays et La Mothe Cadillac n’avait-il pas bien raison, lorsque, blâmé par les Pères de distribuer des spiritueux à leurs néo-
naire à Michillimackinac, adresse à l’intendant Champigny en 1702. (Texte original aux Arch. Nat. — Extraits importants dans Parkman, The old regime in Canada, 427 ss.) Mais, à quelques années d'intervalle, les mœurs des coureurs de bois et de leurs correspondants indigènes n’avaient certainement pas changé beaucoup.
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