CHAPITRE VI
LA PAIX DE RYSWICK AU CANADA. — MORT DE FRONTENAC. CALLIÈRES SIGNE LA PAIX AVEC LES IROQUOIS
Frontenac interprète les ordres de la Cour contre la traite. Il obtient 4 d’abord du ministre le maintien de quelques postes et représente qu’ils ne ‘# peuvent subsister sans la traite. Il reçoit l’ordre de laisser les Jésuites monter librement aux nations d’en haut. — L’intendant dénonce au ministresa désobéissance. Conflits entre le gouverneur et l’intendant : procès de La Mothe Cadillac devant le Conseil Souverain. — Le ministre prescrit l’évacuation de tous les postes du haut pays. Frontenac ne se presse pas et fait continuer les partis des sauvages alliés contre les Iroquois. Ceuxci parlent de traiter. — Frontenac reçoit la nouvelle de la paix de Ryswick; il s'attache à garder sa liberté d’action vis-à-vis des Iroquois et | refuse de les reconnaître comme sujets anglais. — Dernière maladie de 4 Frontenac; son testament, sa mort (28 nov. 1698), ses obsèques. Le roi nomme Callières pour lui succéder. — Callières continue la politique de Frontenac, dont il achève l’œuvre : négociation avec les indigènes du haut pays et les Iroquois; paix générale de 1701. Les postes de l’ouest sont « maintenus. — Conclusion.
Les ordres du ministre pour empêcher la traite étaient formels; Frontenac comprenait pourtant que, s’il y obéissait trop exactement, toute son œuvre serait compromise; les Iroquois et par eux les Anglais de New-York, plus dangereux pour la Nouvelle- France que ceux de Boston, supplanteraient bien vite les Français auprès des nations des Lacs, et fermeraient au Canada toutes les voies de son développement vers l’ouest. Le devoir du gouverneur général était donc d'interpréter les instructions recues plutôt que de les exécuter à la lettre. C’est ce que fit Frontenac
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maigré des oppositions jalouses, comme celle de l’intendant Champigny.
L'ordonnance de 4696 n’admettait point de distinctions; toute traite était interdite, et par conséquent les postes éloignés se trouvaient tous condamnés: Frontenac cependant refuse de les abandonner, avant un avis plus explicite du ministre : d'Argenteuil conduit un convoi à Michillimackinac, Vincennes monte à Saint-Joseph des Miamis, Longueil au fort Frontenac, et cela vers la fin de l’année 1696, c’est-à-dire au moment où la Gironde et l’Amphitrite viennent d'apporter les lettres de la Cour. Ces officiers, dit une relation contemporaine, n’emportaient de marchandises que la quantité nécessaire à leur subsistance !. Mais ce terme est très vague et probablement, avec l'autorisation tacite de Frontenac, la traite continuait comme par le passé; dans sa lettre du 25 octobre 1696, le gouverneur défend les coureurs de bois; sans doute, il y à parmi eux quelques débiteurs insolvables, mais c’est le petit nombre, et l’on a tort de les confondre tous dans une même réprobation; d’ailleurs plusieurs
postes sont absolument nécessaires à la colonie : Michillimackinae,
Saint-Joseph des Miamis, le fort Frontenac; si l’on n’y garde
quelques hommes, c’en est fait de nos relations avec les indigènes ?.
La réponse du roi* tint compte, dans certaines limites, des observations de Frontenac. Jusqu'à nouvel ordre, le ministre tolérait le maintien des trois postes désignés dans la lettre du gouverneur, ainsi que de Saint-Louis des Illinois, pour lequel on avait toujours, depuis La Salle, fait une catégorie spéciale; mais la prohibition de la traite était renouvelée avec plus de force encore que l’année précédente; il est prouvé, dit le ministre, que les Iroquois ne font la guerre aux Français que pour garder le commerce des nations d’en haut; en leur disputant ce domaine, les coureurs de bois prolongent inutilement les hostilités; nous n’avons aucun profit à mécontenter les Iroquois, il vaut mieux réserver pour d’autres objets les forces de la Nouvelle-France; et, dans la même lettre, le ministre ordonne à Frontenac de tenir prêts quinze cents miliciens et soldats pour l’entreprise de Boston ; il ajoute, relevant quelques mots échappés au gouverneur, que le