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quelques forts d'arrêt en pays iroquois !; mais il était hostile à Pextension continue de nos établissements; il ne faut, dit-il à Frontenac, s’aventurer au loin que dans deux cas : si les pays occupés sont nécessaires au commerce des Français ou menacés par des rivaux européens (et le ministre ne voit pas que ces conditions se présentent dans la Nouvelle-France), ou si l’on peut ouvrir au Canada un accès meilleur ou du moins plus régulièrement libre que le Saint-Laurent ?. À quoi Frontenac répond très justement que le fort de Caiarocouy rentre précisément dans les cas d'exception spécifiés par Colbert, puisqu'il a rendu moins ordinaires les relations des Iroquois avec les Hollandais qui n’ont pu les décider à la guerre contre nous, et contribué à développer le commerce de la Nouvelle-France, « car on n’a jamais vu tant de sauvages descendre à Montréal qu’il n’y en a eu cette année * ». Au fond, Colbert s’inquiétait surtout de ne pas engager de dépenses trop fortes, au moment de cette impolitique guerre de Hollande qui absorbait toutes les ressources du trésor, et Frontenac le savait bien, puisqu'il insistait sur le peu de frais de son entreprise; il avait même, en 1674, remis le fort aux sieurs Bazire et Lebert, qui s’offraient à l’entretenir en échange de quelques privilèges. Dans la même lettre * où il annonce cette nouvelle à Colbert et lui demande de confirmer ce qu’il a fait, il recommande La Salle comme un homme sûr, à qui l’on peut confier une mission quelconque de découverte.
Qu'était devenu La Salle pendant l’expédition du lac Ontario? La Relation que nous en avons ne mentionne pas sa présence à l'assemblée de Catarocouy, mais le P. Leclercq nous dit ÿ qu'il fut choisi par Frontenac pour commander au fort et qu’il y resta plus d’un an avant son voyage à Paris. La Salle lui-même, dans la demande de concession qu’il adresse à Colbert, déclare « avoir commandé quelque temps au fort » 5. Il est très vraisemblable, en effet, que Frontenac ait d'abord désigné, pour achever son œuvre, l’homme qui l'avait si habilement préparée par sa mission auprès des Iroquois. La concession provisoire à Bazire et Lebert . Letire du 27 mars 1665. Clément, IIL?, 392.
. Lettre du 17 mai 1674. Id., 578.
. Frontenac à Colbert, 12 nov. 1674.
. Id., 14 nov. 1674.
. Etablis. de la. Foi., Il, 117.
. Margry, I, 278.
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dut être signée ensuite, dans l'été de 1674, au moment où expiraient les pouvoirs de La Salle. Or, à cette époque, La Salle écrit à Paris pour solliciter la mème faveur. Connaissait-il le dessein de Frontenac? Il était encore lié avec Bazire, dont il était l'hôte, à Montréal, le mercredi des Cendres de 1674 ‘; il était aussi l’ami de Lebert; on peut même croire qu’une place lui était réservée dans le plan de Frontenac et de ces deux marchands; il faut donc qu’une raison grave l’ait déterminé à se séparer d'eux : c’est qu’à ce moment Jolliet est redescendu au Canada; peut-être La Salle Pa-t-il entretenu à son passage devant le fort Frontenac; peut-être at-il appris que cette route des Lacs, dont il commande le poste de tête, est meilleure vers le Mississipi que celle de l'Ohio, sur laquelle il s’est deux fois engagé sans succès. De là son désir de faire du fort Frontenac le point de départ d’une chaîne de postes vers le Mississipi et le golfe du Mexique. Il se trouve alors que ce fort, à peine créé, devient l’un des points les plus importants de tout le Canada pour le progrès des explorations, et Jolliet, qui est le véritable découvreur du Mississipi ?, n’aura fait que jalonner la voie pour des expéditions dont il ne fera plus partie. L'établissement des Jésuites au Saut-Sainte-Marie a, du même coup, perdu beaucoup de son importance; là est le principe des hostilités auxquelles se buttera La Salle. En même temps, le succès de Frontenac vient de susciter contre lui des ennemis, atteints dans les intérêts de leur commerce; le gouverneur général savait que, même respecté des sauvages, il ne dirigerait utilement la politique indigène de la Nouvelle-France qu'en surveillant étroitement les coureurs de bois; il dut employer toute son énergie contre des résistances qu'il eût brisées pour toujours, si le gouvernement métropolitain, mieux inspiré, ne lui eût pas rendu la tâche impossible en prétendant régler l'administration du Canada sur le patron des provinces de France.
NOTE. — Le voyage de Jolliet et Marquette. Un récit de ce voyage parut dès 1681 à Paris, dans un Recueil de Thévenot 5, parmi d’autres rela-
Jus Au C6 1,820:
2. Ce n’est pas ici le lieu d'exposer la controverse relative à cette découverte, attribuée par quelques-uns, en dépit des documents et des vraisemblances, à Cavelier de la Salle; on en trouvera un fort intéressant résumé dans le livre de Harrisse, Notes sur la Nouvelle-France, p. 121 ss.