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la Durantaie; les abbés Louis Petit et Pierre Thury en étaient nommés desservants !. Nous possédons encore une formule en blanc, datée du même jour, signée de l’évêque et de l’abbé Francheville, son secrétaire, munie d'un cachet presque intact ?, donc toute prête pour recevoir les noms de la nouvelle paroisse et du titulaire ; il est spécifié qu'on a déféré au vœu du roi : accedente præsertim desiderio christianissimi Ludovici XIV; les dimes sont abandonnées au curé; la paroisse est constituée par l’union provisoire de plusieurs localités, qui seront séparées dès que les ressources le permettront; on a soin d'indiquer aussi qu’une église a été bâtie; nous ne savons pas à quel village ce titre était destiné.
La Cour considéra-t-elle que ce premier effort de Laval prouvait la facilité de fixer les cures? C’est probable, car un édit daté de Saint-Germain, mai 1679, réglait la question pour la Nouvelle- France tout entière : les cures étaient déclarées fixes, avec libre disposition de la dîime pour chaque curé « dans l'étendue de la paroisse où il sera établi au perpétuel, au lieu du prêtre amovible qui la desservait auparavant ». Les dîimes seront levées conformément à l'ordonnance de 1667; le curé reste libre de les expioiter lui-même ou de les affermer; si les revenus n’en sont pas suffisants pour son entretien, le Conseil Souverain doit être avisé de la situation, et réglera le supplément convenable à fournir par le seigneur et les habitants ÿ. Îl n’est point parlé dans cet édit de la portion congrue qui doit être assurée aux ecclésiastiques; mais nous avons vu que le Conseil, malgré l’opposition de Frontenae, était d'avis de la fixer à huit cents livres. La disposition légale qui confère au Conseil le droit de se prononcer à ce sujet doit être remarquée : le roi ne parle pas de l’officialité de Québec, qui pouvait d’abord paraître plus compétente dans l'espèce; visiblement, il veut diminuer l'autorité de l’évèque sur les curés. Ce sentiment apparaît mieux encore dans la deuxième partie de l’édit de mai 1679, qui est relatif au patronage des églises : est dit patron fondateur celui qui donne une
1. Mandements… 1, 564. La liste donnée plus bas, p. 568, ne concorde pas exactement avec la précédente. — Je ne sais où Garneau a pu trouver le chiffre de vingt-cinq cures fixes en 1678 (I, 192).
2. Ar. col., M. S. M. III, 85. — M“ Laval se rendit en France par les vaisseaux de 1618; l'abbé Bernières, grand vicaire, fut chargé de le suppléer (Jug. du C..$., IT, 262).
3. Ar. col., C. G. Can., V, 88. — Cf. Jug. du C. $., IT, 321.
pièce de terre et fait les frais d’une église et d'un presbytère que l’on y construit; le patron présente à la cure, vacation avenant; il a droit dans les cérémonies à des honneurs particuliers; ses descendants, même s’ils ont cessé de résider sur la paroisse, gardent la faculté de présentation; l’évêque reste seulement maitre, en cas d’indignité, de révoquer les prêtres ainsi désignés pour les fonctions curiales. L’édit de Saint-Germain, enregistré à Québec le 23 octobre 1679, fut communiqué aux habitants le 31 de ce mois !.
Si les prescriptions royales avaient été observées, le clergé séculier du Canada se serait bientôt émancipé de la tutelle épiscopale, c’est-à-dire que chaque curé, bien établi dans sa paroisse, se fût probablement inspiré, pour diriger sa conduite quotidienne, moins des règlements imposés que des besoins particuliers de ses fidèles ; il eût peu à peu dépouillé son caractère de missionnaire, et, si l’on voit ce que la situation personnelle de l’évêque en eût souffert, on se demande pourquoi les intérêts de la religion en eussent été moins bien servis. Mais l’édit de 1679 devait rester à peu près lettre morte, et moins peut-être, on doit l’avouer, du fait de l’évêque que du fait des habitants eux-mêmes.
Dans l’ancien système, aucune taxe fixe n’était levée pour l’entretien du clergé; sans doute, des contributions étaient fournies par les fidèles, mais librement, et sans qu’une sanction pénale vint atteindre les moins généreux; la dime prévue par l'arrêt de 1667 n'était pas régulièrement acquittée, l'évêque se souciant assez peu, pour toucher un revenu des plus médiocres, de s’engager vis-à-vis des habitants. Le service du culte était, en somme, assuré, puisque des prêtres étaient sans cesse en tournée à travers les côtes; on ne voit pas, dans un seul document, que les habitants aient déclaré en être privés. Ils auraient très volontiers accepté des curés sédentaires, mais leur empressement n'allait pas jusqu'à faire les frais de cette installation; ils n'étaient évidemment pas frappés, comme Colbert ou Frontenac, de l’excessive autorité prise par le clergé, ou du moins ceux qui avaient à s’en plaindre ne comprenaient sans doute pas la relation de cet abus avec le régime des curés missionnaires; l'intelligence de faits de ce genre demande une éducation politique, une généralité
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d'observation qui leur manquaient. L’édit de 1679 fut done, pour la plupart d’entre eux, une surprise désagréable : le curé ne recevant plus de subsides de l’évêque, il faudrait acquitter les dimes, autrement dit payer un service que l’on avait eu gratuit ou à peu près jusque-là. Bien peu de seigneurs, dans la condition faite aux patrons des églises, auraient considéré les honneurs comme supérieurs aux charges; et nous retrouvons ici encore l'erreur persistante de Colbert que ces Français, fixés à mille lieues de la mère-patrie, peuvent être gouvernés et se laisseront administrer comme ces contribuables de la métropole, dont la docilité séculaire fait encore aujourd’hui étonnement des citoyens du Nouveau-Monde : pour les habitants de la Nouvelle-France, l’édit de 1679 se résumait en une déclaration d'impôt nouveau.
Étaient-ils vraiment, comme l’affirme Duchesnau, trop pauvres pour le payer? Rien n’est moins vraisemblable. Le mémoire de Frontenac pour 1677 contient, à cet égard, des chiffres intéressants; en comptant seulement 12000 arpents régulièrement cultivés, ce qui est un minimum ?, on arrive à une récolte moyenne d'au moins 120 à 130 000 minots de froment, sans compter le blé d'Inde, les pois, les fèves. C'est plus qu’il n’en faut pour les besoins de 8000 habitants ?, et les cultivateurs du bas Saint-Laurent trouvaient certainement des acheteurs soit parmi les négociants de Montréal, soit même parmi les indigènes; La Hontan constate l’aisance générale des paysans des côtes. L'intendant Meulles, successeur de Duchesneau, dit aussi qu’il n’est « pas d’hahitant si pauvre qui ne recueille assez de blé pour nourrir sa famille, et n’ait quelques vaches, volailles et quantité de légumes » *. Si donc les colons n’acquittaient pas les dimes, c’est qu'ils ne le voulaient pas; sans doute pensaient-ils n'être point venus dans la Nouvelle-France pour retrouver les impôts et les tracasseries administratives du vieux pays.