Lettre citée, p. CVI
ou la malveillance du P. Eustache ‘. L’évêque se plaignit à Colbert, et le Père vint quelque temps en France; «on le fit prêcher au couvent de Paris pour rétablir sa réputation », et, peu de temps après, il repassa l’Atlantique. Dudouyt écrit au moment où le P. Eustache est en France; il exprime l'opinion que les Récollets, assagis par cet incident, « modéreront la ferveur qu’ils avaient de se vouloir établir en tant de lieux au Canada »; mais son espoir fut trompé, car, lorsque l’édit de Saint-Germain posa, d'une manière précise, la question des dimes, les Récollets ne pensèrent à rien moins qu’à supplanter les prêtres du séminaire dans l'exercice des fonctions curiales.
La Tour, et l’abbé Gosselin après lui, jugent très sévèrement les prétentions des Récollets, « ces religieux mendiants qui venaient s'établir dans le diocèse de M# Laval, et qui, ne vivant que de quêtes, s’offraient à desservir les paroisses pour rien * ». La Tour convient * que, dans le publie, on était favorable aux Récollets, parce qu'ils ne demandaient pas de dimes et se montraient, comme confesseurs, moins rigoureux que les prêtres du séminaire : le paysan canadien, qui ne paiera pas volontiers un impôt régulier, ne laissera point passer un frère quêéteur sans lui faire quelque aumône, et les Récollets se seraient sans doute facilement établis dans la plupart des paroisses “; au fond, les habitants eussent toujours fait les frais du culte, et, comme le remarque en termes un peu durs lPabbé Gosselin, la gratuité des fonctions curiales, offerte par les Récollets, était une simple apparence; mais c’est beaucoup déjà, pour se procurer des ressources, que de flatter les goûts des contribuables, et de savoir leur dissimuler qu'ils paient l’impôt : les Récollets auraient eu cette habileté. Si donc l'évêque leur eût laissé le champ libre, «ils auraient pu s'emparer de tout le diocèse en possédant toutes les cures, et se rendre redoutables »; aussi leurs propositions
. Voir La Tour, 205, — et la lettre de Dudouvyt. . Gosselin, II, 89.
4. Le P. Sixte, Récollet, assurait à lPintendant de Meulles, successeur de Duchesneau, qu’il vivait parfaitement bien, à Trois-Rivières, avec une cure qui ne rapportait pas 300 livres, et qu’il envoyait même chaque année au moins 100 livres à son couvent (Meulles au ministre, 4 nov. 1683. Ar. col., C. G. Can., VI, 185). Ce religieux ne tient sans doute pas compte des revenus en nature. — Cf. ci-dessous, p. 261.
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