LE PALAIS DE SAINT-JAMES
rernement où, malgré la vénalité des consciences, le pouvoir, enjeu de la discussion, demeurait en fin de compte le prix du talent politique et de la raison éloquente, on s'imagine facilement les comparaisons et les retours que ne pouvait manquer de suggérer au jeune voyageur ce qu'il voyait en Angleterre et ce qu'il avait vu naguère en France.
En effet, à peine arrivé à Londres, tout lui est nouveau, tout au rebours de ce qu'il vient de quitter à Versailles. C'est dans le plus magnifique des palais, au milieu d'une cour nombreuse et brillante qu'il a pris congé de Louis XV ; quand il va être présenté à George II, le duc de Mirepoix, ambassadeur de France, l'avertit qu'il n'y a rien de plus triste que la demeure et l'entourage de ce roi, à peine visité dans la semaine par quelques rares seigneurs, et le dimanche envahi par « une populace énorme. » Le comte de Gisor& trouve affreux le palais de Saint-James; la description qu'il en fait ne dément pas la rigueur de ce jugement sommaire : deux petites cours, un escalier étroit, une salle des gardes avec des hallebardiers de mauvaise mine, une assez grande pièce toute garnie de fusils et de cuirasses, une autre plus petite, enfin le salon qui précède la chambre du roi et dont l'ameublement se compose au total d'une vieille tapisserie avec une glace au-dessus de la cheminée ; dans tout l'appartement, trois valets de chambre modestement vôtus; il est vrai qu'il n'y a pas plus de onze seigneurs, et de ces onze quatre sont des Français. La cour est un peu plus nombreuse chez la princesse de Galles * ; te roi y vient, d'un air à la fois
1 • Veave du prince Frédéric.