CONVERSATION AVEC LORD EGMONT
se déclare à jamais ennemi de la Compagnie des Indes, si un bill aussi odieux à la liberté anglaise vient à passer dans la loi de son pays. Cependant, sur la réplique du procureur général Murray, un des plus célèbres orateurs de ce temps-là, le bill est adopté par deux cent quarantecinq voix contre cinquante *.
A quelques jours de là, le comte de Gisors se rencontre avec lord Egmont; il lui fait compliment de sa harangue. « Il faut, répond l'orateur battu, qu'elle ait été bien peu éloquente pour qu'elle ait réuni si peu de suffrages. Au reste, ajoute-t-il, jamais il n'est arrivé que les débats aient fait la moindre impression ni ramené plus de dix voix , chacun ayant son opinion faite avant d'entrer à la Chambre. » Lord Egmont se met ensuite à célébrer le Parlement de Paris qui fait honte , dit-il , à celui d'Angleterre. Sur ce ten^ain glissant Gisors refuse de le suivre, alléguant avec beaucoup de raison qu'il n'y a aucun rapport entre les constitutions des deux pays ; mais il loue à son tour le gouvernement de l'Angleterre qui est , à son sens, le plus parfait qu'on ait encore vu. « Oui, en idée, réplique lord Egmont avec chaleur; mais Tagrandissement de la puissance anglaise a corrompu absolument la constitution ; les guerres où l'Angleterre est obligée d'entrer exigent qu'on donne au roi plus d'argent et plus d'hommes, c'est-à-dire plus de pouvoir, et partout où le pouvoir s'agrandit, il tend nécessairement au despotisme. Les emplois considérables dont le roi dispose dans le militaire lui font autant de créatures, et avec ses revenus augmentent ses moyens de corruption. Au reste, ajoute expressément