‹ Le comte de MontecristoChapitre 18 sur 52 · LS PËRB ET LA FILLE · texte numérisé non relu

LS PËRB ET LA FILLE

NnuaavoiU'TU, daosle idufnire préoédeot, madame Etaaglars vtti» «naonew ofiSpielteaent k madame de Villafort le pfQetwia mariage de uadamoioelle Eugénie J)anglars avec M' A»di!«« Covaleanti. Cette annonce officielle, qui indiquait OU semblait indiquer une résolution prise par tous les intér^sés À. cette grande affaire, avait cependant it^ précédée d'uue seine doid oaps dev«ns compte k nos lee- .teufs. Jiwfi les prieriottfi dooc de i&ini un pas en arrLâre , et jde «e iranspocter, le malin même de œt^ joutuëe aux <fDUtdes.^t)U^Ilitt«S4daD8.Ge.beausal<m.u Ùep dandque

.vGooglc

CB Vtm Vt LA FILLE. TIF

nous'lew^ aTODS fait coàmltre et qui faisiit' Torgneit de son IM«ppiët&îre , H. le baron Dan^vra.

D&Ds ce salon en effet , vers les dix heures éa mutin , se promenait depuis quelques minutes , tout pensif et risijbleméat ioqiriet, le bnu^ier lui-même regardant h chaque porte et s'arrétant k chaque bruit. Lorsque sa somme de patiebce fut épuisée, il appda le valeidechambre. «Ëlienne, n lui dit-il , " Tojez dune ptrarqoei mademoiBelle Eugénie m'a: prU de l'eltendre nu salon , et infwmeE-vouB ponquoi elle m'y feit attendre si longtemps. <> Cette bouffée d« maumise humeur exhalée , te baron reprit un peu de calme.

En effet, madeffloiselle Danglars, aprds son rëretty avait fait demander une andience à son père , et aralt désigné le salon doré comme \e lieu de cette audience. La singularité de cette démarche, son caractère officiel surtout, n'avaient pas médiocrement surpris le banquier, qui arait immédiatement obtempéréaudésir de' sa fille en se rendant le premier au salon.

Ëtt«me revnt bientôt de son ambassade. « La f^me de cbdBÉbre de mad^noiselle , >• dit-il, «m'a annoitcé que mademoiselle achevait sa toilette et ne tarderait pas i venir, »

Da^lars fit un sigde de tête indiquant qu'Q était tatisfeit. Dangkrs , vid-ii>vi8 du motide et même vis4-vis de ses gens,> affectait 1« bonhomme et le père fiiible : c'était une forâ du rèle qu'il s'était impesé dans la eomédic populifiro qu'il }ouMt; c'était une physionomie qu'il avait adoptée et qui hli sfiofhkttt convenir comme il convenait aux profils droite des Bloques des père» du théâtre antique d'avoir la lèvre retrouseée et riante , tandis que le c6té gauche avait la lèvre abaissée et pleumiiâteuse. Hdtons-nous de dire que, dans rinUmHé , là lèvre retrousséo et riante descendait au niveau de la lèvre abaissée efr pleunaicbeuse ; de sorte que , pour la phipari dn' temps , le bonhomme dispitraissail pour faire phce an naari brutal et au père ahwriu,

U.g.VK.yG00glc

TS LE COMTE DE HOIfTECRISTO.

H Pourquoi diable cette folle , qui Tent>me parler, à ce qu'elle prétend , » inunnurait Danglars, « ne vient-elle pas simplement dans mon cabinet, n pensait-il, « et pourquoi surtout Teut-clte me parler? »

11 roulait pour la vingtième fois cette pensée inquiétante dans son cerveau , lorsque la porte s'ouvrit et qu'Eugénie parut , vêtue d'une robe de satin noir brochée de fleurs mates de lo même couleur, coiffée en cheveux et gantée , comme s'il se fût agi d'aller s'asseoir dans son bon fauteuil du ThéAtre-ltalien.

•> Eh bien , Eugénie , qu'y a-t-ii donc ? « s'écria le père , « et pourquoi le salon solennel , tandis qu'on est si bien dans mou cabinet? — Vous avez parfaitement raison, monsieur, » répondit Eugénie en faisant signe k son père qu'il pouvait s'asseoir, u et vous venez de poser IJi deux questions qui résument d'avance toute la conversation que nous allons avoir. Je vais donc répondre à toutes deux, et, contre les lois de l'habitude , a la seconde d'abord comme étant la moins complexe. J'ai choisi le salon , monsieur, pour lieu de rendez-vous , afin d'éviter les impressions désagréables et les influences du cabinet d'un banquier. Ces livres de caisse, si bien dorés qu'ils soient, ces tiroirs fermés comme des portes de forteresses , ces masses de billets de banque qui viennent on ne sait d'où , et ces quantités de lettres qui viennent d'Angleterre , de Hollande, d'Espagne, des Indes, de la Chine et du Pérou , agissent en général étrangement sur l'esprit d'un père , et lui font oublier qu'il est dans le monde un intérêt plus grand et plus sacré que celui de la position sociale et l'opinion de ses commettants : j'ai donc choisi ce salon où vous voyez , souriants et heureux dans leurs cadres magnifiques , votre portrait , le mien , celui de ma mère , et toutes sortes de paysages pastoraux et de bergeries attendrissantes. Je me fie beaucoup à la puissance des impressions extérieures; peut-être, vis4-vis de vous surtout, est-ce une erreur; mais que voulez-vous? je ne

.vGooglc

LE PÂRB ET LA PILLB. 77'

serais pas artiste s'il ne me restait pas quelques illusions. — Très-bien," répondit M. Danglars qui avait dcoutë la; tirade avec un imperturbable sang-rroid , mais sans ei) comprendre une parole, obsorbé qu'il ëtait, comme tout homme plein d'arrière-pensées , à cbercber le fil de sa propre idée dans les idées de l'interlocuteur. » — Vutlà donc le second point éi'lairci , ou à peu près , >< tiil Eugénie sans le moindre trouble et avec cet aplomb tout masculin qui caractérisait sgn geste et sa pnrole, « et vous me paraissez salisruil del'explication. Maintenant, revenons au premier; vous me demandiez pourquoi j'avais sollicité celte audience ; je vais vous le dire en deux mots, monsieur; voici : Je ne veux pas épouser M. le comte Andréa Cavalcanti. » Dsnglars fit un bond sur son fauteuil , et de la secousse leva h la fois les yeux et les bras au ciel, « Mon Dieu , oui , monsieur, » continua Eugénie, toujours aussi calme; "vous êtes étonné, je le vois bien ; i ar depuis que toule cette petite affaire est en train, je n'ui point manifesté Is plus petite opposition, certaine que je suis toujours, le moment venu, d'opposer francbemcnt aux gens qui ne m'ont point consultée, et aux choses qui me déplaisent, une volonté franche et absolue. Cependant, cette fois,cette tranquillité, cette passivité, comme disent le» philosophes, venait d'une autre source; elle venait de ce que, fdle soumise et dévouée,, . » [un léger sourire se dessina sur les lèvres empourprées de la jeune fille) u je m'essayais 6 l'obéissance. — Eh bien ? i> demanda Daoglars. « — Eh bieni monsieur, » reprit Eugénie , «j'ai, essayé jusqu'au bout de mes forces, et maintenant que le moment est arrivé, malgré tous les efforts que j'ai tentés sur moi-même , je me sens incapable d'obéir. — Mais enfin, » dit Danglars qui, esprit secondaire, semblait d'abord tout abasourdi du poids de cette impitoyable logique dont le. flegme accusait tant de préméditation et de force de volonté, ; «la raison de ce refus, Eugénie? la raison?^ La raison, h , répliqua la jeune fille , u oh I mon Dieu ! ce n'est point que -

.vGooglc

7f LE COktM DE HOirmAISTO.

llfoninie nit plus hiîd , soit plâs Mt , od soit ping déaafféhhH qu'on autre, non; H. Andréa CaTalcanti p<ut m^me passer, fÉTÂs ie ceux ^i r^rdent les boinnfes au visagt et k la tailld ,' pour 6tre d'uti assez beau modtie. Ce n'ffst pas ma plus parce que mon cœur est mains touché dé cdui-là qiK de tout autre; ceci serait une raison de pengioDiteire , qaé 'fi regarde comme tout k fait Au-dessous de moi ; je d'aimé abeolnmént pePsonnè , moDsiéur, vous le savei bien, n'est-ce pas? Je ne vois donc pas pourquoi , sans nécessité «bitrfae , jlniis embarrasser ma vie d'un éternel compagnm). Rst-ce que le sage n'a point dit quelque part i Rien de th*p) et »ïf\euTs :Poftet tout atet vous-même? On nj'améoie «pprJs ces deox apliorismes en latin et en grec ; l'un est , je (jrdid) dfe Phèdre, et l'autre de Blas. Eh bien ! mon cher père, dans le naufrage de la vie, car la vie est le naufrage éternel do AdS espéraœeff, je jette à la mer mon bagage inutile, v9ilft tout , fit je reste avec ma volonté , disposée h vivre parfaitement seule j et par conséquent parfaitâmeot libre. — Malbenreuse ! malheureuse ! » murmura Danglars pâlissant, car il connaîggalt par ube longue expérience la solidité de l'obstaele qu'il rencontrait si soudainement. « — Halhcui«nue! " reprit Eugénie, « malheureuse! dites-vous, m6nriéOr? Hais non pas, en vérité, et l'esdlamation ne parait tant i hH théâtrale et affectée. Heureuse , au contraire , car je vous le demandCj que me manque-t-il? Le mondé me trtave belle , c'est quelque ehose pour être accueillie favo^ rablement. J'aime les bons accueils , moi ; ils épanouissent leii vissiges, et ceux qui m'entourent me paraiBseot alor^ bemcoup moins laids. Je suis douée de quelque esprit^ et d'une certaine seodbilité relative qui me permet de tirer de l'exiltence générale , pour la faire entrer dans la mienne , œ que j'y trouve de bon , comme fait le singe lo^n'il easse la Àoix verte pour en tirer ce qu'elle conUenl. Je suis riche, car TOUS avei une des belles fortunes de Friince , car je sais T9tn flllf unique j et nus n'Hes point tenaea au degtii oà

.vGooglc

LE rtBB ET LA FILIE. 7»

le sont les père» de k Pot-te-Saitit-Mn^D et de la Gaieté qut d^bérîtent leon filles parce qu'dles ne Teulent pas Inir (kaner de pelils-enfAnls. D'Hillenrs la Icfî prérayaole tooh a Aie le droit de Aie d^hériter, du moins tout i fait, comme elle vous a Até le poUToir de me contraindre h ëpouser monsieur tel (m tel. Ainsi, belle, spiritucUe, ornée de quelque talent, comme on dit dans les opéras-'comiques , et riche, mais c'est le bootienr, delà, monsieur ; pourquoi d6nc m'appdcz-vous malheureuse? <>

Dai^lars, voyant sa fille souriante et flère jusqu'b l'insotence, ne put réprimer un mourement de In-uUlit^ qui se trabit par u» éelst de vont, mai« ee fut le seul. Sous le regàfd l&te^ogaienr de st fille, en face de ce beau sourdl noir froMé par l'iaterrogatioti, il se retourna avec prudence et se cafma aussitôt, dompté par la main de fer de la ctrconspeeliOD. « Ba effet, ms fille, n répondit-il avec un sotirire, « vous êtes tout ce que tous tous vantez d'être, borinis une seule chose, ma fille, je ne veux pas trop brusqueitient vous dire laquelle, faîroe mieux vous la lai&ser deviner. * EugAme regarda Danglars fort surprise qu'on lui contestât l'un des fleurons de la couronne d'fHrgueil qu'elle venait de poser si soperbement sur sa télé. ■ Ma flile, K eontittuft le banquier, a vmis m'avci pilrfoitemeDt exfliqtié qu(^ éMient les sentiments qui préâiddient aux r^lutians d'une fille comme vous quand elle a décidé qi^elle ne se mariera point ; maintenant c'est à moi do vous dire quels sont les motifs d'un père comme moi quand i) a décidé que sa fille se mariera. » Bugénie s'inclina, non pas en fine soumise qnt écoute, mais en adversaire prêt il discuter, qui attend . <t Ha fille, « continua Ddnglars , u quand un père demande il sa fille de prendre un époitK, Il a toujmirs une raison quelconque pour désirer son mariage, tes uns sont atteints de la manie que vous disiez tout à l'heure, c'està-diredcsevoir revivre dans leurs petits-fils. Je n'ai pas cett« foiMesBe^ je oonimence par vous le dira ; le* joiM M là famille

.vGooglc

80 LE COMTE DE HOIfTECRlSTO.

me siont il peu près indifférentes, Il moi. Je puis avoner cela h une filie que je sais assez philosophe pour comprendre cette indifférence et pour ne pas m'en faire un crime. — A la bonne heure, » dit Eugénie; « parlons franc, monsieur, j'aime cela. — Ofa ! n dit Danglars, « vous voyez que sans partager, en thèse générale, votre sympathie pour la franchise, je m'y soumets quand je crois que la circonstance m'y invite. Je continuerai donc. Je vous ai proposé un mari, non pa^ pour vous, car, en vérité, je ne pensais pas le moins du monde à vous en ce moment (vous aimez la franchise, en voilà, j'espère) ; mais parce que j'avais besoin que vous prissiez cet épous le plus tàt possible, pour certaines combinaisons commerciales que je suis en train d'établir en ce moment. ■• Eugénie fît un mouvement. •> C'est comme j'ai l'honneur de vous le dire, ma fille, et il ne faut pas m'en vouloir, car c'est vous qui m'y forcez ; c'est malgré moi, vous le comprenez bien, que j'entre dans ces explications arithmétiques, avec une artiste comme vous, qui craint d'entrer dans le cabinet d'un banquier pour y percevoir, les philosophes disent aussi cela, je croîs, pour y percevoir des impressions ou des sensations désagréables et antipoétiques. Hais dans ce cabinet de banquier, dans lequel cependant TOUS avez bien voulu entrer avant-hier pour me demander les mille francs que je vous accorde chaque mois ponr vos fantaisies, sachez, ma chère demoiselle, qu'on apprend beaucoup de choses h l'usage même des jeunes personnes qui ne veulent pas se merier. On y apprend par exemple, et par ^ard pour votre susceptibilité nerveuse je vous l'apprendrai dans ce salon, on y apprend que le crédit d'un banquier est sa vie physique et morale, que le crédit soutient l'homme comme le souffie anime le corps, et M. de Hontecristo m'a fiiit un jour IJk-dessus un discours que je n'ai jamais oublié. On y apprend qu'à mesure que le crédit se relire, le corps devient cadavre, et que cela doit arriver dans fort peu de temps au banquier qui s'honore d'être le père d'une fille ai

U.g.VK.yG00glc

. LE pAbE et la pille. 9f :

boDoe logicienne. » Hais Eugénie, au lieu de se courber, m, redressa sous le coup. « — Ruiné ! n dit-elle. ^ — Voua avec Irouvé l'expression juste, ma fille, la boDoe expression, » ; dit Danglars en fouillant sa poitrine avec ses ongles, tout en : eonserrant sur sa rude figure le sourire de l'homme s»a$r cœur, mais non sans esprit; u ruiné! c'est cela. — AfaI » * fit Eugénie. •< — Oui, ruiné ! Ëh bien ! le voilJi donc connu, ce secret plein d'horreur! comme dit le poëte tragique. - Maintenant, ma fille, apprenez de ma bouche comment i!e malheur peut, par vous, devenir moindre, je ne dirai pas pour moi, mais pour vous. ~ Oh ! << s'écria Eugénie, « vous êtes mauvais physionomiste, monsieur, si tous voua figures que c'est pour moi que je déplore la catastrophe que vous m'exposez. Moi ruinée ! Et que m'importe? Ne me reste-t-il pas mon talent 7 Ne puis-je pas comme la Pasta, comme la Halibran, comme la Grisi, me faire ce que vous ne m'eussiez jamais donné, quelle que fût votre fortune, cent ou cent Cinquante mille livres de rente que je ne devrai qu'à mol seule, et qui, au lieu de m'arriveroDmmem'arrîvaientceS pauvres douze mille francs que vous me donniez avec des regards rechignes et des paroles de reproche sur ma prodigalité, me viendront accompagnés d'acclamations, de bravos et de fleurs? Et quand je n'aurais pas ce talent dOnt votre sourire me prouve que vous doutez, ne me resterait-il pas encore ce furieux amour de l'indépendance, qui me tiendra toiyours lieu de tous les trésors, et qui domine en moi jusqu'à l'instiocl de la conservation ? Non, ce n'est pas pour moi que je m'attriste, je saurai toujours bien me tirer d'affaire, ■ moi ; mes livres, mes crayons, mon piano, toutes choses qui ne coûtent pas cher et que je pourrai toujours me procurer, . me resteront toujours. Vous pensez peut-être que je m'affliga. pour madame Danglars ? Détrompez-vous encore ; ou je ma trompe grossi^ment, ou ma mère a pris toutes ses prë-, eautions contre la catastrophe qui vous menace et qui pas- ' sera sans l'atteindre; elle s'est mise à l'abri, je l'espère, et:

.vGooglc

si' LE GMTO M K0N1ÏCftlS«O.

ce n'est pm en ftiltant snr mol qa'éie a po se disferaiM àis sH [HTfoccupatioQs de fortmie; car. Dieu merci, éS6 n'a laisMt tonte mon indépendance aous iè prétexte que j'aimais nM fitwrté. Oh! »oa, monsfem-, de^tutB nioa enfanee, j'ai ifa K passer trop de choses aulow'de moi, je les ai toutes trop INen eoaprim», pour que )e itialheur ftsse sur naoj pli» d'itopresaiot) tpi'ii ne mérite d* le feire ; de^is qne je iH(> cfwmis, je n'ai été aimée de personne; tant pie! eéb m'a eondnHe tout Bnturelltment k n'aimer perseone, tant nlMix ! HointeoBat tous aves ma profession de Ui. — AlMs,» tBt Danglavs, pile d'un conrrour qui ne prenait point sa sAime dans l'amobr paternel offense, <r alors, mademoiselle, ^oOs persistez k voaloir consommer ma mine? — Votre ruine? Moi, »' dit Engéale, « eonsommer votre ruine? Que TOulei-TOus dire? Je ne comprends pas. — Tant mieux, cela me laisse un rayon d'espoir ; écontex, ^- J'ëconte, » dit Eugénie en regardant si fitemMt sén père, qu'il fallut k celuici uD' effitft pow* qu'il ne bffissAt point les yeux sous le r^;ard putesMat de k jeune fille. (' — M. Cavalcanti, » continua Danglan, « TOUS ëpousOf «t, en to»s ëpwnaDt, vous appwtë tmfs iéhHIoAs de dot qu*]} plaoe ches mot. — Ah ! ton bien, n fit ftTOc ih sftUTetain mépris Bufénie^ tout ed lis*' BiBi ses gants l'uni sur l'antre. « — Vous penses que je vous ferri tort dé ees brals aritfieD» ? » drt Dmigtars , u pas du tout. Cerf troiB miltîMis sont destinés ft eA produire au moins dix. J'ai oht«na are^sn hstn^uier,' taon conlï^re, la coneessmn d'ut dieniin de fer, seule iadostrier qa) de nos jours présente ces chance» Ibbuléuscia de Miceèg immédiat qu'aatrelbis Lmr appliqua, pour tes bons ParlsieBS, ces él«me]9 badauds dsla spéculation, k un Nissksïpi fontasliqae^ Par men ealcul OD doit pcRséder irA mitlioniéme de rail comme on possédait autrefois un arperrt de terte ea friche aaf les bords de l'Ohio. C'est HB pla«eineol hypothécaire, ce qui est un progrès, connie rote yojex, puisqu'on aura au moiirs dix^ quinae, vingt, fOHt lirrea de fer en échange de sob argent ! Eh bien !

U.g.VK.yG00glc

LE ta^ BT Lk FILLE. 03

je dois d'ici à huit jovt^ déposer pour nao «opfiite quatre milliojifi ; ces quaire miUions, je vwk ie dis, ea pradiùroat du ou douze. — Mais peadant ««Ue visite que je rwlc ai Ëii(e.BViiat-hier, monateur, et donï voue nouiez bieo youa «Mivcair, » repcit Eugénie, ,« je vous ai vu enoaiwar, -c'est leterme, n'est«e pas? cinq millions «t demi ; roua m'avez Blâme -montré la chose .eu deux bons sur ie tnëaw, et y«is HOus^tooDiez qu'un papier (iyaiit.uQe si grande valew u'é' blwilt pas mes yeux «oinrae ferait uu édajr. — Oui, mais œe duq miUions et déni ue sont point à moi et «oM wultmeat one prouve dç .la coofiance que l'on a en moi ; mon titre de banquier p<^ulaive m'a v«1u la eon&aoce des b4ipijlaux, et les cioq millions et demi sont aux b^itaux ; dans tout autre temps je n'bësiterais pas à m'&t servif , nais aujQUvd'bui l'on sait les ^odes pertes que j'ai foites, «t, «toime je vous l'ai dit, le crédit commenee à se retirer ,de moi. D'an moment k l'autre, l'administration peut réolamer .ledépdt, et |{ je L'ai emploj^é k autre cbose, je suis foreé4e iiàire une banqueroute boQleuse. J« ne méprise pasilesiHtaqueioutes, eioyei-Je bien, mais,les banqueroutes qui enri- .diisentetnoo cellas qui ruinent .Or quevousipoiuieEH.Ca- .va'kanli, que je^tondw les trois millions delà dot, ou même que L'on croie que jevais les toueber,moo créditaeiaSïrmit, «tiUiB fortune, qui.depuis un mois ou deux s'est engou&rie , dans des abîmes creusés sous mes pas.par uaefatiJité.inooficevable, se rétablit. Me compienez-vous? — Parfiiitemant ; -vous me mettez en gage pour trois millions, n'est-ce pw ? •^ Plu8laMmme«9tforte„plu8'eUe est flatteuse; elle v«is dimae.une idée.de votre .valeur, t— Meici..Ua dernier mot, utaDsieur; me pn)mctteii«DUS de voms servir tantquesMu iemudm du^biffrede cette idot que doit Bf^torter >U. iCavalcanti, mais de ut pas tqucher i la aonunej? Ceci.n^t point une affaire d'égoïsme, c'est une affaire de délicatesse. Je veux bien servir à réédj£sr votre fortune, mais je ne veDX pas être votre complice dans la ruine des autres. .—

.vGooglc

8i LE COMTE DE NONTECRISTO.

Hais puisque je voua dis, » s'écria Danglafs, « qu'avec ces trois millions... — Croyez-vous vous tirer d'affaire, monsieur, sans avoir besoÎD de toucher à ces trois millions? ■ — Je l'espère, mais à la condition toujours que le mariage, en se faisant, consolidera mon crédit. — Pourrez-vous payer Il M. Cavalcanti les cinq cent milk franes que vous me donnez par mon contrat? — En revenant de la mairie, il les touchera. — Bien I — Comment, bien ? que voulez-vous dire? — Je veuii dire qu'en me demandant ma signature, n'est-ce pas, vous me laissez absolument libre de ma personne? — Absolument. — Alors, bien, comme je vous disais, monsieur; je suis prête à épouser M. Cavalcanti. — Mais quels sont vos projets ? ^ Ah ! c'est mon secret. OÙ serait ma supériorité sur vous si, ayant le vôtre, je votis livrais le mien ?>'Dang1ars se mordit les lèvres. » — Ainsi," dit-il, u vous êtes prête k faire les quelques visites officielles qui sont absolument indispensables? — Ouï, » répiMidit Eugénie. II — Et ^ signer le contrat dans trois jours? — Oui. ^- Alors à mon tour, c'est moi qui vous dis : Bien ! >< Rt Danglars prit la main de sa fille et la serra entre les siennes. Mais, chose extraordinaire, pendant ce serrement de main, le père n'osa pas dire : <• Merci, mon enfant ! » la fille n'eut pas un sourire pour son père. i> — La conférence est finie?« demanda Eugénie en se levant. Danglars fit signe de la tête qu'il n'avait plus rien à dire.

Cinq minutes après, le piano retentissait sous les doigts de mademoiselle d'Armilly, et mademoiselle Danglars chanl«it la malédiction de Brabantio sur Desdemona. A )a fin du morceau, Etienne entra et annonça à Eugénie que les chévaus étaient k la voiture et que la baronne l'attendait pour faire ses visites. Nous avons vu les deux femmes passer chez Vill^ort, d'où elles sortirent pour continuer leurs courses.

LE CONTHAT.

LE COHTBIT.

Trois jours après le scène que nous Tenons de raconter, c'es^&-di^e vers les cinq heures de l'après-midi du Jour fixé (tour la signature du contrat de mademoiselle Eugénie Danglars et d'Andréa Cavalcanti, que le banquier s'était obstiné & maintenir prince; comme une brise fraîche faisait frissonner toutes les feuilles du petit jardin situe en avant de Is maison du comte de Montecrtsto, au moment où celui-ci se préparait h sortir, et landis que ses chevaux l'attendaient en frappant du pied, maintenus par la main du cocher assis déjà depuis un quart d'heure sur le siège, l'élégant phaélon avec lequel nous avons déjà plusieurs fois fait connaissance, et notamment pendant la soirée d'Auteuil, vint tourner rapidement l'angle de la porlc d'entrée , et lança plutôt qu'il ne déposa sur les degrés du perron H. Andréa Cavalcanti , aussi doré, aussi rayonnant que si lui, de son cdté, eût été sur le point d'épouser une princesse.

H s'informa de la santé du comte avec cette familiarité qui lui était habituelle, et, escaladant légèrement le premier étage, le rencontra lui-même au haut de l'escalier.

A la vue du Jeune homme, le comte s'arrêta. Quant h Andréa Cavalcanti, il était lancé, et quand il était lancé, rien ne l'arrêtait. •■ Eh ! bonjour, cher M. de Montecristo, ■ ditil au comte. <' — Ah ! M. Andréa ! n fit celui-ci avec sa voix demi-railleuse ; * comment vous portez-voua? — A merreille I comme vous voyez. Je viens causer avec vous de

Ll COHTI Bt HONTlCmtO. t. 8

U.g.VK.yG00glc

mille choses; mais d'abord, sorlfez-vouB ou rentriez-vous?

— Je sortais, monsieur. — Alors, pour ne point vous retarder, je monterai, si vous le voulez bien, dans votre calèche, et Tom nous suivra conduisant mon pbaéton à la remorque.

— Non , » dit avec un imperceptible sourire de mépris le comte, qui ne se souciait pas d'être en compagnie du jeune homme; « non, je préfère vous donner audience ici , cher M. Andréa; on cause mieux dans une chambre, et l'on n'a pas de cocher qui surprenne vos paroles au vol. "

Le comte rentra donc dans un petit salon faisant partie du premier étage, s'a&sit, et fit, en croisant ses jambes l'une sur l'autre , signe au jeune homme de s'asseoir à son lonr. Andréa prit son air le plus riant. « Vous savez , cher «omte, 'I dit-il, " que la cérémonie a lieu ce soir? A neuf heures on signe le contrat chez le beau-père. — Ah ! vraiment? » dit Montecristo. " — Comment! est-ce une non- YcUe que je vous apprends 7 et n'étiez-vous pas prévenu de cette solennité par M. Danglars? — Si fait, " dit le comte, « j'ai reçu uue lettre de lui hier ; mais je ne crois pas que l'heure y fût indiquée. — C'est possible ; le beau-père aura eompté sur la notoriété publique. ^ Eh bien ! •• dit Monte- Cristo', « vous voilà heureux, M. Cavalcanti : c'est une alliance des plus sortefales que vous contractez là ; et puis mademoiselle Danglars est jolie. — Mais, oui, >• répondit Cavalcanti avec un accentplein de modestie. » — Elle est surtout fort riche, à ce que je crois, du moins, « dit Montecristo.

■ — Fort' riche, vous croyez? n répéta le jeune homme.

■ ~ Sans doute; on dit que M. Danglars cache pour le moins la moitié de sa fortune, — Et il avoue quinze ou vingt millions , n dit Andréa avec un regard étincelant de joie. « — Sans compter, » ajouta Montecristo, " qu'il est -à la veille d'entrer dans un genre de spéculation déjà un peu usé aux États-Unis et en Angleterre , mais tout h fait neuf en France. — Oui , oui , je sais ce dont vous voulez parler; le chemin de fer dont il vient d'obtenir l'sdjudîcB-

.vGooglc

tion, n'est-ce pas? — Justement! il gagnera au moins, c'est l'avis général , au moins dix millions dans cette affaire.

— Dix millions! vous croyez? c'est magnifique! » dit Cavalcanti, qui se grisait à ce bruit métallique de paroles dorées, u — Sans compter, « reprit Montecristo, u que toute cette fortune vous reviendra, et que c'est justice, puisque mademoiselle Danglars est fille unique. D'ailleurs votre fortune à vous , votre père me l'a dit du moins, est presque égale à celle de votre fiancée. Mais laissons là un peu les affaires d'argent. Savez-voas, M. Andréa , que vou& avez un peu lestement et habilement mené toute cette af-^ faire 7 — Hais pas mal , pas mal , » dit le jeune homme ; " j'étais né pour être diplomate. — Eh bien ! ou vous fera entrer dans la diplomatie ; la diplomatie , vous le savez , ne s'apprend pas: c'est une cbosed'instiuct... Le cœur est donc pris? — En vérité , j'en ai peur , » répondit Andréa du toa dont il avait vu au Théâtre- Français Dorante ou Valère répondre à Alceste. " ■ — Vous aime-t-on un peu ? — 11 le faut bien , " dit Andréa avec un sourire vainqueur , « puisqu'on m'épouse. Mais cependant n'oublions pas un grand point.

— Lequel ? — C'est que j'ai été singulièrement aidé dans tout ceci, — : Bah! — Certainement. — Parles cireonstances? — Non, par vous. — Par moi? laissez donc,

. prince, >< dit Montecristo en appuyant avec affectation sur le titre. » Qu'ai-je pu faire pour vous? Est-ce que votre nom, votre position sociale et votre mérite oe sufSsaient point? — Non, >• dit Andréa, >i non; et vous avez beau dire, M. le comte, je maintiens , moi, que la position d'uo homme tel que vous a plus fait que mon nom , ma position sociale et mon mérite. — Vous vous abusez complètement , monsieur, » dit froidement Montecristo, qui sentit l'adresse. perfide du jeune homme, et qui comprit la portée de ses paroles ; « ma protection ne vous a été acquise qu'après connaissance prise de l'influence et de la fortune de monsieur votre père ; car enfin qui m'a procuré , à moi qui ne vous

.vGooglc

avais jamais vus , ni voub ni l'illustre auteur de vos jours , le bonheur de votre connaissance? Ce sont deux de mes Lons amis, lord Wiimore et l'abbé Busoni. Qui m'a encouragé , noii pas h vous servir de garantie , mais à vous patroner? C'est le nom de votre père , si connu et si honoré en Italie; personnellement, moi je ne vous connais pas. » Ce calme, cette parraîte aisance firent comprendreà Andréa qu'il était pour le moment étreint par une main plus musculeuse que la sienne , et que l'étreinte n'en pouvait être fi ci lement brisée. « — Ahdi!mais,> dit-il, « mon père a donc vraiment une bien grande fortune, H. le comte? — 11 paraltqueoui.monsieur, ■répondit Montecristo.il — SavezvouE si la dot qu'il m*a promise est arrivée? — J'en ai reçu la lettre d'avis. — Hais les trois millions? — tes trois millions sont en route, selon toute probabilité. — Je les toucherai donc réellement? — Hais, dame! » reprit le comte, « il me semble que jusqu'il présent , monsieur , l'argent ne vous a pas fait faute? » Andréa fut tellement surpris , qu'il ne put s'empécber de rêver un moment. « — Alors, » dit-il en sortant de sa rêverie , u il me reste , monsieur , à vous adresser une demande , et celle-là tous la comprendrez , même quand elle devrait tous être désagréable. — Parlez, » dit Hontecristo. « — Je me suis mis en relations , grdce b ma fortune, avec beaucoup de gens distingués, et j'ai même, pour le moment du moins, une foule d'amis. Maïs en me mariant comme je le fais , en face de toute la société parisienne, je dois être soutenu par un nom illustre, et A défaut de la main paternelle , c'est une main puissante qui doit me conduire à l'autel; or mon père ue vient point à Paris, n'est^e pas? — Il est vieux, couvert de blessures, et il souffre, dit-il, à en mourir chaque fois qu'il voyage. — Je comprends. Eh bien ! je viens vous faire une demande. — A moi ! — Oui, à vous. — Et laquelle ? mon Dieu ! — Eh bien! c'est de le remplacer. — Ah! mon cher monsieur! quoi ! après les nombreuses relations que j'ai eu le bonheur

.vGooglc

d'avoir avec tous , tous me connaissez si mal que de me faire une pareille demande? Demandez-moi un demi-million k emprunter , et , quoiqu'un pareil prêt soit assez rare , parole d'honneur ! tous me serez moins gênant! SacheE donc, je croyais vous l'avoir déjà dit , que dans sn participation morale, surtout aux choses de ce monde, jamais le comte de Hontecristo n'a cessé d'apporter les scrupules , je dirai plus, les superstitions d'un homme de l'Orient, Moi qui ai un sérail au Caire , un à Smyme et un k Constantinopte . présider à un mariage, jamais! — Ainsi, vous me refusez?

— Net ; et fussiez-vous mon fils , fussiez-vous mon frère , je vous refuserais de même. — Ah ! par exemple ! « s'écria Andréa désappointé, ■ mais comment faire alors?— Vous avez cent amis, vous l'avez dit TOus-méme. — D'accord, mais c'est vous qui m'avez présenté chei M. Danglars.

— Point I Rétablissons les faits dans toute la véritë : c'est moi qui vous ai fait dîner avec lui à Auteuil, et c'est vous qui vous êtes présenté vous-même; diable! c'est tout différent. — Oui, mais mon mariage, vous y avez aidé. — Moi ! en aucune chose , je vous prie de le croire ; mais rappelezvous donc ce que je tous ai répondu quand vous êtes venu me prier de foire la demande ; « Oh ! je ne fais jamais de •i mariages, moi, mon cher prince , c'est un priodpc arrêta 'I chez moi. n Andréa se mordit les lèvres. " — Mais enfin, >• dit-il, u vous serez là au moins? — Tout Paris y sera?

— Oh ! certainement ! — Eh bien ! j'y serai comme tout Paris , '< dit le comte. " — Vous signez au contrat ? — Oh ! je n'y vois aucun inconvénient , et mes scrupules ne vont point jusque-là. — Enfin , puisque vous ne voulez pas m'accorder davantage, je dois me contenter de ce que vous me donnez. Mais, un dernier mot, comte. — Comment donc!

— Un conseil . — Prenez garde ; un conseil , c'est pis qu'un service. — Oh! celui-ci vous pouvez me le donner sans vous compromettre. — Dites. — La dot de mu femme est de cinq cent mille livres? — C'est le chiffre que M. Danglars

.vGooglc

m'a ennoncë k moî-mâiDe. — Faut-il que je la reçoive ou que je la laisse aux maius du notaire? — Voici , en général, comment les choses se passent quand on veut qu'elles se passent galamrtient ; vos deux notaires prennent rendez- voua au contrat pour le lendemain ou le surlendemain ; le lendemain ou le surlendeniaio , ils échangent les deux dots, dont ils se donnent mutuellement reçu ; puis, le mariage célébré, ils mettent les millions à votre disposition , comme chef de la communauté. ~ C'est que, » dit Andréa avec une certaine inquiétude mal dissimulée, u je croyais avoir entendu dire h mon bcau-pcre qu'il avait l'intention de placer nos fonds dans cette fameuse affaire de cbemia de fer dont vous me parliez tout à l'heure. — Eh bien ! mais, " reprit Montecristo , <i c'est , k ce que tout le monde assure , un moyeu que vos capitaux soient triplés dans l'année. H. le baron Danglars est bon père et sait compter. — Allons donc , ■ dit Andi-ea , » tout va bien , sauf votre refus toutefois qui ■ne perce le cœur. — Ne l'attribuez qu'à des scrupules fort naturels en pareille circonstance. — Allons," dit Andréa, Il qu'il soit donc fait comme vous le voulez ; à ce soir , neuf heures. — A ce soir. « Et malgré une légère résistance de Hontecristo, dont les lèvres pâlirent, mais qui cependant conserva son sourire de cérémonie, Andréa saisit la main du comte , la serra , sauta dans son phaéton et disparut.

Les quatre ou cinq heures qui lui restaient jusqu'à neuf heures, Andréa les employa en courses, en visites destinées à intéresser ces amis dont il avait parlé à paraître chez le banquier avec tout le luxe de leurs équipages , les éblouissant par ces promesses d'actions qui depuis ont fait tourner toutes les têtes, et dont Danglars, en ce moment-ià , avait l'initiative.

En effet, à huit heures et demie du soir, le grand salon de Danglars , la galerie attenante k ce salon et les trois autres salons de l'étage étaient pleins d'une foule parfumée qu'attirait fort peu la sympathie, mais beaucoup cet irrésis-

.vGooglc

Uble besoin d'étr« ta où l'on sait qu'il y a du nouveau. Va académicien dirait que les soirées du monde sont des collections de flenrs qui attirent papillons inconstants , abeilles affamées et frelons bourdonne nia.

Il va sans dire que les salons étaient resplendissants de bougies, la lumière routait à flots des moulures d'or sur les. tentures de soie , et tout le mauvais goût de cet ameublement, qui n'avait pour lui que la richesse, resplendissait de tout son ëdat.

Mademoiselle Eugénie était vêtue avec la simplicité la plus élégante : une robe de soie blanche brochée de btanc, une rose blanche k moitié perdue dans ses cheveux d'un noir de jais, composaient toute sa parure, que ne venait pas enrichir le plus petit bijou. Seulement on pouvait lire dans ses yeux cette assurance parfaite destinée à démentir ce que cette candide toilette avait de vulgairement virginal à ses propres yeux.

Ûadame Danglars, à trente pas d'elle, causait avec Debray, fieauchamp et Château>Renaud. Debray avait fait sa rentrée dans la maison pour cette grande solennité, mais comme tout le monde et sans aucun privilège particulier.

M. Dangtars, entouré de députés et d'hommes de finance, expliquait une théorie de contributions nouvelles qu'il comptait mettre en exercice quand la force des choses aurait contraint te gouvernement de l'appeler au ministère.

Andréa , tenant sous son bras un des plus fringants dandys de l'Opéra, lui expliquait assez impertinemment, attendu qu'il avait besoin d'être hardi pour paraître à l'aise, ses projets de vie à venir, et les progrès de luxe qu'il comptait faire faire, avec ses cent soixante et quinze mille livres de rente, ik la fashion parisienne.

Le foule générale roulait dans ces salons comme un flux et un reflux de turquoises, de rubis, d'émeraudes, d'opales et de diamants. Gomme partout, on remarquait que c'étaient les plus vieilles femmes qui étaient les plus parées, et le^

U.g.VK.yG00glc

plus laides qui se montraient avec le plus d'obstination. S'il y avait quelque beau lis blanc, quelque rose suave et porTumée, il Tallait la chercher et ta découvrir, cachée dans quelque coin par une mère k turban ou par une tante & oiseau de paradis. A chaque instant, au milieu de cette cohue, de ee bourdonnement , de ces rires , la voix des huissiers lançait un nom connu dans les finances, respecté dans l'armée ou illustre dans les lettres ; alors un faible mouvement des groupes accueillait ce nom. Mais pour un qui a^ aille privilège de faire frémir cet océan de vagues humaines, combien passaient accueillis par l'indifférence ou Icricanemen t du dé<tain !

Au moment où l'aiguille de la pendule massive, de la pendule représentant Endymion endormi, marquait neuf heures sur son cadran d'or, et où le timbre, fidèle reproducteur de la pensée machinale, retentissait neuf fois, le nom du comte de Monteeristo retentit & son tour, et, comme poussée par la flamme électrique , toute l'assemblée se tourna vers la porte. Le comte était vêtu de noir et avec sa simplicité habituelle, son gilet blanc dessinait sa vaste et noble poitrine, son col noir paraissait d'une fraîcheur singulière, tant il ressortait sur la mate pâleur de son teint; pour tout bijou, il portait une chaîne de gilet si fine qu'A peine le mince filet d'or tranchait sur le piqué blanc. 11 se fit à l'instant même un cercle autour de la porte.

Le comte d'un seul coup d'œil aperçut madame Dnnglars à un bout du salon, M. Danglars à l'autre, et mademoiselle Eugénie devant lui. 11 s'approcha d'abord de la baronne, qui causait avec madame deVillefort qui était venue seule, Valentine étant toujours souffrante ; et sans dévier, tant le chemin se frayait devant lui, il passa de la baronne b Eugénie, qu'il complimenta en termes si rapides et si réservés, que la fière artiste en fut frappée. Près d'elle était mademoiselle Louise d'Armilly, qui remercia le comte des lettres de recommandation qu'il lui avait si gracieusement données pour l'Italie, etdoDtelle comptait, lui dit-elle, faire incessamment usage.

.vGooglc

En quittant ces dames, il se retourna et se trouva près de Danglars qui s'ëtait approché pour lui donner la main. Ces trois devoirs sociaux accomplis , Montecristo s'arrêta , promenaut autour de lui ce regard assuré empreint de cotte expression particulière aux gens d'un certain monde et surtout d'une certaioe portée, regard qui semble dire : J'ai fait ce que j'ai dû, maintenant que les autres fassent ce qu'ils me doivent.

Andréa, qui était dans un salon contigu, sentit cette espèce de frémissement que Hootecristo avait imprimé à la foule, et il accourut saluer le comte. Il le trouva complètement entouré; on se disputait ses paroles, comme il arrive toujours pour les gens qui parlent peu et qui ne disent jamais un mot sans valeur.

Les notaires firent leur entrée en ce moment, et vinrent installer leurs pancartes grifTonnées sur le velours brodé d'or qui couvrait la table préparée pour la signature, table en bois doré et sculpté à griffes de lion. Un des notaires s'assit, l'autre resta debout. On allait procéder h la lecture du contrat que la moitié de Paris, présente à cette solennité, devait signer. Chacun prit place, ou plutôt les femmes firent cercle , tandis que les hommes , plus indifférents à l'endroit du style énergique, comme dit Boileau, firent leurs commentaires sur l'agitation fébrile d'Andréa, sur l'attention de N. Danglars, sur l'impassibilité d'Eugénie et sur la façon leste et enjouée dont la baronne traitait cette importante affaire. Le contrat fut lu au milieu d'un profond silence. Hais aussitôt la lecture achevée, la rumeur recommença dans les salons, double de ce qu'elle était auparavant : ces sommes brillantes, ces millions roulant dans l'avenir des deux jeunes gens et qui venaient compléter l'exposition qu'on avait faite, dans une chambre exclusivement consacrée il cet objet, du trousseau de la mariée et des diamants de la jeune femme , avaient retenti avec tout leur prestige dans la jalouse assonblée. Les charmes de mademoiselle

.vGooglc

M LE COHTK DB MONTBCHISTO.

Danglars eo étaient doublés aux yeux des jeunes gens , et pour le moment ils effaçaient l'éclat du soleil. Quant aux femmes, il va sans dire que, tout en jalousant ces millions, elles ne croyaient pas en avoir besoin pour être belles.

Andréa, serré par ses amis, complimente, adulé, commençant à croire à la rëalitë du réve i]u'il faisait, Andréa était sur le point de perdre la tête.

Le notaire prit solennellement la plume, l'élera au-dessus de sa tête et dit : « Messieurs, on va signer le contrat. »

Le baron devait signer le premier, puis le fondé de pouvoirs de M. Cavalcanti père, puis la baronne, puis les futurs conjoints , comme on dit dans cet abominable style qui a cours sur papier timbré. Le baron prit la pliune et signa, puis le chargé de pouvoirs. La baronne s'approcha, au bras de madame de Villefort. ii Mon ami , >i dit-elle en prenant la plume, u n'est-ce pas une chose désespérante? Ua incident inattendu , arrivé dans cette affaire d'assassinat et de vol dont M. le comte de Montecristo a failli être victime, nous prive d'avoir M. de Villefort. — Oh! mon Dieu ! » fit Danglars du même ton dont il aurait dit : Ma foi, la chose m'est bien indifférente ! h — Mon Dieu ! » dit Montecristo en s'approchant , •> j'ai bien peur d'être la cause involontaire de cette absence. — Comment! vous, comte? « dit madame Danglars en signant. •■ S'il en est ainsi, prenez garde, je ne vous le pardonnerai Jamais. » Andréa dressait les oreilles. u — Il n'y aurait cependant point de ma faute, » dit le comte ; « aussi je tiens à le constater. » On écouta avidement : Montecristo, qui desserrait si rarement les lèvres, allait parler. « Vous vous rappelez, n dit le comte au milieu du plus profond silence, " que c'est chez moi qu'est mort ce malheureux qui était venu pour me voler, et qui en sortant de chez moi a été tué, & ce que l'on croit, par son complice ? — Oui , » dit Danglars. •< — Eh bien , pour lui porter secours on l'avait déshabillé, et l'on avait jeté ses habite dans un coin ou la justice les a ramassés; mais la

.vGooglc

justice, en prenant l'habit et le pontaliHi pour les déposer au greffe, avait oublie le gilet. » Andréa pâlit visiblement et tira tout doucement du cAtë de la porte ; il voyait paraître un nuage & l'horizon , et ce nuage lui semblait renfermer la tempête dana ses flancs. <• Eh bien , ce malheureux gilet, «n l'a retrouvé aujourd'hui tout couvert de sang et troué â l'endroit du cœur. « Les dames poussèrent un cri, et deux ou trois se préparèrent i s'évanouir, n On me l'a apporté. Personne ne pouvait deviner d'où venait cette guenille ; moi seul songeai que c'était probablement le gilet de la victime. Tout à coup mon valet de chambre, en fouillant avec dégoût et précaution cette funèbre relique, a senti un papier dans la pocbe et l'en a tiré ; c'était une lettre adressée k qui? A vous, baron. — A moi? ■■ s'écria Danglars, « — Oh ! moii Dieu , oui , à vous ; je suis parvenu à lire voire nom soue le gang dont le billet était maculé , » répondit Hontecristo au milieu des éclats de la surprise générale, il — Mais, » demanda madame Dauglars regardant son mari avec inquiétude, « comment cela empéche-t-il M. de Villefort... ? — ■ C'est tout simple, madame, « répondit Hontecristo , •> ce gilet et cette lettre étaient ce qu'on appdle des pièces de conviction; lettre et gilet, j'ai tout envoyé h H. le procureur du roi. Vous comprenez, mon cher baron, la voie légale est la plus sâre en matière criminelle, c'était peut-être quelque machination contre vous. » Andréa regarda fixement Hontecristo, et disparut dans le ' deuxième salon. « — C'est possible, » dit Danglars, « cet bomme assassiné n'était-il point un ancien forçat? — Oui, i> répondit le comte, « un ancien forçat, nommé Caderousse. » Danglars pAIit légèrement, Andréa quitta le second salon et gagna l'antichambre. •• Hais signez donc, signez donc, » dit Hontecristo ; " je m'aperçois que mon récit a mis tout le monde en émoi , et j'en demande bien humblement pardon à vous , madame la baronne , et à mademoiselle Danglars. »

.vGooglc

9e LE COMTE DE HONTECRISTO.

La baroQDe , qui venait de signer, remit la plume eu notaire. 1 H. ie prince Cavalcanti, » dit le tabellion, •■ H. le princeCavalcantiiOuëtes-vouB? — Andréa ! Andréa ! » répétèrent plusieurs voix de jeunes gens qui en étaient déjà arrivés avec le noble Italien h ce degré d'intimité de l'appeler par son nom de baptême. « — Appelei donc le prince ! prévenez-le donc que c'est k lui de signer ! « cria Danglarg à un huissier. Hais au même instant la foule des assistants reflua , terrifiée, dans le salon principal , comme si quelque monstre effroyable fût entré dans les appartements, qveerena quem dtvoret.

Il y avait en effet de quoi reculer, s'effrayer, crier. Un officier de gendarmerie plaçait deux gendarmes k la porte de chaque $aIon, et s'avançait vers Danglars, précédé d'un commissaire de police ceint de son écliarpe. Madame Danglars poussa un cri et s'évanouit. Danglars , qui se croyait menacé (certaines consciences ne sont jamais calmes], Danglars offrit aux yeux de ses conviés un visage décomposé par la terreur. » Qu'y a-t-il donc, monsieur? ■ demanda Montecristo s'avançant au-devant du commissaire. « — Lequel de vous, messieurs, » demanda le magistrat sans répondre au comte, « s'appelle Andréa Cavalcanti? » Un cri de stupeur partit de tous les coins du salon. On chercha ; on interrogea, u — Hais qu'est donc cet Andréa Cavalcanti?» demanda Danglars presque égaré. « ^ Un ancien forçat échappé du bagne de Toulon. — Et quel crime a-t-il commis? — Il est prévenu , » dit le commissaire de sa voix impassible, « d'avoir assassiné le nommé Caderousse, son ancien compagnon de chaîne, au moment où il sortait de chez le comte de Montecristo. »

Hontecristo jeta un r^ard rapide autour de lui. Andréa avait disparu.

.yCOOgIC

Page 1