‹ Le comte de MontecristoChapitre 2 sur 52 · L'INSULTE · texte numérisé non relu

L'INSULTE

les événements de la veUle avait ftiit défendre sa porte et gardait la chandire. II la trouva au lit, écrasée par la douleur de cette humiliation publique.

La vue d'Albert produisit sur Mercedes l'effet qu'on en pouvait attendre ; elle serra la main de son fils et éclata en sanglots. Cependant ces larmes la soulagèrent. Albert demeura un instant debout et muet prés du lit de sa mère. On voyait, à son visage pAle et )i ses sourcils froncés, que sa résolution de vengeance s'émousaait de plus en plus dans son cœur. <i Ma mère, » dit Albert, ■< est-ce que vous connaisseï quelque ennemi à M. de Morcerf? » Mercedes tressaillit ; elle avait remarqué que le jeune homme n'avait pas dit ; A mon père. " ' — ' Mon ami , 'i dit-elle , >i les geus dans la position du comte ont beaucoup d'ennemis qu'ils ne connaissent point. D'ailleurs, les ennemis qu'on connaît ne sont point, vous le savez, les plus dangereux. — Oui, je sais cela; aussi j'en appelle k toute votre perspicacité. Ma mère, vous êtes une femme si supérieure, que rien ne vous écbappe, à vous ! — Pourquoi me dites-vous cela? — Parce que vous aviez remarqué, par exemple, que le soir du bal que nous arons donné , M. de Mostecristo n'avait rien voulu prendre chez nous. » Mercedes , se soulevant toute tremblante sur son bras brûlé par la fièvre ; « — M. de Montecristo? » s'ëcriat-elle , n et quel rapport cela auFait-il avec la question que vous me faites? — Vous le savez , ma mère , M. de Montecristo est presque un homme d'Orient , et les Orientaux , pour conserver toute liberté de vengeance , ne mangent ni ne boivent jamais chez leurs ennemis. — H. de Montecristo notre mnemi, dites-vous, Albert? <> reprit Mercedes en devenant plus pâle que le drap qui la couvrait, u Qui vous a dit cela? Pourquoi? Vous êtes fou, Albert. M. de Monte- Cristo n'a eu pour nous que des politesses. M. de Montecristo vous a sauvé la vie , c'est vous-même qui nous l'avez présenté. Oh I je TOUS en prie, mon fils, si vous aviez une pareille idée, écartez-la, et si j'ai une recommandation à vous

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faire, je dirai plus, si j'ai une prière à vous adresser, lenesvous bien avec lui. — Ma mère, » répliqua le jeune homme avec un sombre regard, " vous avez vos raisons pour me dire de ménager cet bomme. — Moi ! » s'écria Mercedes, rougissant avec la même rapidité qu'elle avait pAIi, et redevenant presque aussilât plus pâle encore qu'auparavant. •1 — Oui ! sans doute, et cette raison, n'est-ce pas , » reprit Albert , •< est que cet homme ne peut nous faire du mal ? n Mercedes frissonna, et attachant sur son fils un regard scrutateur : >L — Vous me parlez étrangement, « dit-elle h Albert, " et vous avez de singulières préventions , ce me semble. Que vous a donc fait le comte 7 11 y a trois jours vous étiez avec lui en Normandie-, ilyatrotsjours jeleregardaisetvous le regardiez vous-même comme votre meilleur ami. " Un sourire ironique effleura les lèvres d'Albert. Mercedes vit ce sourire , et avec son double instinct de femme et de mère, elle devina tout; mais prudente et forte, elle cacha son trouble et ses frémissements.

Albert laissa tomber la conversation ; au bout d'un instant la comtesse la renoua. « Vous veniez me demander comment j'allais? » dit-elle; « je vous répondrai franchement, mon ami, que je ne me sens pas bien. Vous devriez vous installer ici , Albert , vous me tiendriez compagnie ; j'ai bien besoin de n'être pas seule. — Ha mère , i> dit le jeune homme, h je serais à vos ordres, et vous savez avec quel bonheur, si une affaire pressée et importante ne me forçait à vous quitter toute la soirée. — Ah ! fort bien , » répondit Mercedes avec un soupir, u allez, Albert, je ne veux point vous rendre esclave de votre piété filiale. » Albert fit semblant de ne point entendre, salua sa mère et sortit.

A peine le jeune homme eut-il refermé la porte, que Mercedes fit appeler un domestique de confiance et lui ordonna de suivre Albert partout où il irait dans la soirée, et de lui en venir rendre compte h l'instant même. Puis elle

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