‹ Le comte de MontecristoChapitre 33 sur 52 · LA FOSSE-AUX-LIONS. JH · texte numérisé non relu

LA FOSSE-AUX-LIONS. JH

DsDS cette coar que nous venons de décrire, et qui luait d'une frrade liiimidit^ se promenail, les maÎDS dans les poches de son habit, un jeune homme considéré avec beaucoup de curiosité par les hnbitsnts de in Fosse.

Il eût passé pour un homme élé^nt grâce à la coupe de ses bsbils, si ces habits n'eussent été en lambeaux ; cepeadsDt ils n'avaient pus été usés : le drap, fin et soyeux aux endroits intacts, reprenait facilement son lustre sous la main caressante du prisonnier, qui essayait d'en faire un habit neuf.

II appliquait le même soin à fermer une chemise de batiste considérablement changée de couleur depuis son entrée en prison, et sur ses bottes vernies passait le coin d'un mouchoir brodé d'initiales surmontées d'une couroniie héraldique.

Quelques pensionnaires de la Fosse-a us-Lions constdér.tient avec un intérêt marqué les recherches de toilette du prisonnier, » Tiens, voilà le prince qui se fait beau, « dit un des voleurs. « — Il est très-beau naturellement, « dit un autre, " et s'il avait seulement un peigne et de la pommade, il éolîpsovit tous les mesBie)u>s b gants blancs. — Son babit a dà être bien neuf et ses bottes reluisent joliment. C'est flaltenr pour nous qu'il y ait des confrArcs si comme il tant, et oes brigands de gendarmes sont bien vils. Les «nvieux I avoir déchiré une toilette comme cela I — Il parait que c'est un fameux, » dit un autre, it il a tout fait... et dans le grand genre... Il vient de là-bas si jeune! oh! c'est superite!... ■

Et l'objet de cette admiration hideuse semblait savourer les éloges ou la vapeur des éloges, car il n'entendait pas les paroles. Sa toilette terminée, ii s'approcha du guichet de la cantine auquel s'adossait un gardien. « Voyons, monsieur,» lui dit-il, •' prétez-moi vingt francs, vous les aurei bientôt; avec moi, pas de risques k courir. Songes donc que je tiens il des parents qui ont plus de millions que vous n'avei de

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deniers... Voyons, vingt francs, je tous en prie, afin que je prenne une pistole et que j'achète une robe de cliambre. Je souffre hniriblemeat d'être toujours en habit et en bottes... Quel liabit! monsieur, pour un prince Cavalcanti! » Le gardien lui tourna le dos et haussa les épaules. Il ne rit pas même de ces paroles qui eussent déridé tous les fronls ; car cet bomme en avait entendu bien d'autres, ou plutôt il avait toujours entendu la même chose,

u Allez, * dit Andrca, « vous êtes un bomme sans entrailles, et je vous ferai perdre voire place. ■ Ce mot fit retourner le gardien, qui celte fuis laissa échapper un brujrant éclat de rire. Alors les prisonniers s'approchèrent et firent cercle. « Je vous dis, « continua Andréa, « qu'avec ceUe misérable somme je pourrai me procurer un habit et une chambre, afin de recevoir d'une façon décente la visite illustre que j'attends d'un jour k l'autre. — Il a raison ! il a raison!... » dirent les prisonniers. >> Pardieu! on voit bien que c'est un homme comme il faut. — Eli bien ! prêtezlui les vingt francs, » dit le gardien en s'appuyant sur son autre colossale épaule ; « est-ce que vous ne devez pas cela h un camarade? — Je ne suis pas le camarade de ces gens,» dit fièrement le jeune homme ; « ne m'insultez pas, vous q'avez pas ce droit-là! — Vous l'entendez? » dit le gardien avec un mauvais sourire, «il vous arrange joliment; prêtezlui donc vingt francs... facin ? n Les voleurs se regardèrent avec de sourds murmures, et une tempête soulevée par la provocation du gardien, plus encore que par les paroles * d'Andréa, commença de gronder sur le prisonnier aristocrate.

Le gardien, sûr de fiiiro le quosego quand les flols aéraient trop tumultueux, les laissait monter peu à peu ponr jouer un tour au solliciteur importun , et se donner une r^sréation pendant la longue garde de sa journée. Déjà les voleurs se rapprochaient d'Andréa ; les uns disaient : « La savate! la savate ! >• cruelle opération qui consiste à rouer de ooups,

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