‹ Le comte de Morcerf, drame encinq actes et dix tableaux, de MM. Alex. Dumas et Aug. Maquet. 5e partie de Monte-Cristo. [Représenté pour la première fois, à Paris, sur le théatre de l'Ambigu-Comique, le 1er avril 1851]Chapitre 3 sur 82 · SCÈNE IL Les mêmes, I.ccien DEBRAY · texte numérisé non relu

SCÈNE IL Les mêmes, I.ccien DEBRAY

DEBUAY.

Pful-oii ntrer?

ALUEIIT.

Coiiiineiit! vou», Debray, vous que je n'attendais que le dernier, savez-vous que vous m'eflVayez avec voire exactitude? que dis-jr, exactitude? Vous arrivez à dix heures moins cinq minutes, quand le rendez-vous définitif n'est qu'à dix heures et demie. C'est miraculeux! Le mmislèrp serait-il renversé par hasard ?

DEBRAV.

Mon très cher, rassurez-vous; nous chancelons toujours, mais nous ne tombons jamais. J'ai passé la nuità expédier des lettres, vingtcinq dépêches dipljmatiquesl Rentré chez moi ce malin, j'ai voulu dormir, mais le mal de tùte m'a pris; je me suis relevé pour monter à cheval une heure; à Boulogne, l'ennui el la faim se sont emparés de moi; alors je me suis souvenu que l'on festinait chez vous ce malin, et me voilà. J'ai faim, nourrissez-moi; je m'ennuie, amusez-moi.

ALBEBÏ.

C'est mon devoir d'amphytrion, cher ami. Germain ! un verre de Xérès et un biscuit. En attendant, mon cher, voici des cigares de contrebande;je vous engage à les goûter et à inviter votre ministre à nous en vendre de pareils.

DEBRAY

Cela ne regarde pas mon ministère, mais les finances. Adressez-vous donc rue de Rivoli, section des contributions indirectes, corridor A, no 2(!.

ALBERT

En vérité, mon cher Lucien, vous m'étonnez par l'étendue de;vos connaissances. Mais prenez donc un cigare.

( Le groom présente à Lucien une b.uigic rose,

bri'i!.-inl dn :s un pe;il bougeoir de vermeil.)

UEiiitAV, -ariiiiiant un cig.ire et se renversant sur

le diran.

Ab! chervicomte, que vous êtes heureux de n'avoir rien à faire! En vérité, vous na connaissez pas votre bonheur

ALBERT

Eli! que feriez-vous donc, mon cher, si vous

ne faisiez rien? Comment! secrétaire parlicuher du minisire, lancé à la l'ois dans la grandecabale européenne ri dans les petites intrigues de Paris, ayant des rois et niAnie. mieux (|ue cola, des reines à proléger, des partis à réunir, des élerlions i diriger; faisant plus, de votre cabinet et avec votre plume et voire télégraphe, que Napoléon ne faisait, de ses champs de bataille, avec son épée et ses victoires; possédant vingt-cinq mille livres de rentes, en dehors de votre place, un cheval dont Chateaubrun vous a oll'f rt quûlre cents louis et qui- vous n'avez pas voulu lui donner, un tailleur qui ne vous manque jamais un panta'on; ayant l'Opéra, les Variétés et le Jokey-Club, vous ne trouvez pas dans tout cela de quoi vous distraire... Alors j'y lâcherai, moi.

nEllRAY.

Comment cela?

ALBERT se lève.

En vous faisant faire une connaissanae nouvelle.

DEBRAY

En homme ou eu femme ?

ALBERT

En homme.

DEBBAV.

Diable ! j'en connais déjà beaucoup.

ALBERT

Oui , mais vous ne connaissez pas celui dont je vous parle.

DEBRAY

D'OU vienl-ii donc, du bout du monde?

ALBERT

De plus loin , peut-être.

DEBRAY

J'espère qu'il n'apporte pas notre déjeuner?

ALBERT

Soyez tranquille, notre déjeuner se confectionne dans la cuisine maternelle. Décidément vous avez donc faim ?

DEBRAY

Oui , j'ai diné hier chez M. de V'illefort. Avez-vous remarqué cela, cher ami, c'est qu'on dine très mal chez tous ces gens du parquef

ALBERT

Oh! pardieu ! dépréciez' les dîners des autres, avec ça qu'on dine bien chez nos ministres.

BEACCUA.MP, dans l'antichambre.

Il nous attend , n'est-ce pas?

ALBERT

Eh! tenez, j'entends la voix de Beauchamp dans l'antichambre : vous disputerez , et cela vous fera prendre patience.

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