‹ Le comte de Morcerf, drame encinq actes et dix tableaux, de MM. Alex. Dumas et Aug. Maquet. 5e partie de Monte-Cristo. [Représenté pour la première fois, à Paris, sur le théatre de l'Ambigu-Comique, le 1er avril 1851]Chapitre 41 sur 82 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

BEAICIIASIP, ALDEUT.

ALBERT

Maintenant, monsieur, j'espère que vous aurez l'obligeance de m'expliquer...

BEALCIIA.HP.

Je vous avais promis d'aller aux recherches, Albert, et me voilà.

ALBERT

Eh bien ?

BEACCHAMP.

Eh bien I la note a purement et simplement été jetée dans la boite du journal, par une main anonyme.

ALBERT

Ah ! vous le voyez bien que c'était une calomnie !

BEAUCHAMP

Attendez , seulement, elle était annexée à celte attestation.

ALBERT

Quelle attestation?

BEAUCHAMP

Lis-là, mon ami. Elle me dispense malheureusement d'aller jusqu'en Epire.

ALBERT, lisant.

Une attestation de quatre habitans notables de Janina, constatant que... Omon Dieu, donnez-moi la force ! Que le colonel Fernand Mondégo, instructeur général, au service d'Ali-Pacha, a livré les châteaux de Janina, moyennant deux mille bourses. Ah! monsieur, vous vous êtes bien hâté.

BEAUCHAMP

Oui, mon ami, je mesuis hâté pour vousdire: Albert, les fautes de nos pères, dans ces temps d'action et de réaction, ne peuvent atteindre les enfans. Albert, bien peu ont traversé ces révolutions, au milieu desquelles nous sommes,|sans que quelque tache de boue ou de sang ait rejailli jusqu'à son visage. Albert, personne au monde,maintenant que j'ai toutes lespreuves, maintenant que je suis maître de votre secret, personne ne peut me forcer à un combat que votre conscience , j'en suis certain, vous reprocherait comme un crime. Mais ce qiift vous n'avez plus le droit d'exiger de moi, mon ami, je viens vous l'offrir maintenant. Ces preuves que je po.ssède seul, voulez-vous qu'elles disparaissent? ce secret affreux, voulez-vous qu'il reste entre nous? confié à ma parole d'honneur, il ne sortira jamais de ma bouche. Dites, le voulez-vous, Albert, mon ami ?

J.E COMli: DK MORl^EUF,

Ai.itcnT, l'embrassant.

0)i ! nolile cœur !

BEAiciiAMP prt'Ecnlant Us pnpirfs à Albirl. Tenez.

(.\lbert prerid les papiers, les froisse cl s'apprête à les dcîchircr.)

BEArCUAMP.

Donnez. (Il lir'ilclcs papiers S» un randélabre.) Que tout s'oublie comme un mauvais rèvc. que louts'eiïato comme ces dernières étincelles qui courent sur ce papier noirci. Que foui cela s'évanouisse comme celte dernière fumée qui .s'échappe de ces cendres mucltes.

ALBERT

Oui, oui, et fiu'il n'en reste que l'éternelle amitié que je voue à mon sauveur, amitié que mesenfans tran.'portrTonl aux vélres, qui se rappellera toujours que le sang de mes veines, la vie de mon corps, l'honneur de mon nom, je vous li's dois, car si une pareille chose eût été prouvée, je vous le déclare, Beauchamp, je me Sin'ilais la cervelle.

BEAUCUAMP.

Cher Albert (Silence d'un instant). Eh bien .' voyons, qu'y a-t-il encore, mon ami ?

ALBERT

Il y a , Beauchamp , que j'ai quelque cho.^e de brisé dans le cœur. Oh ! c'est qu'on ne .-^e sépare pas ainsi, en un instant, de ce respect, de cette confiance, de cet orgueil , qu'inspire à un flls le nom sans tache de son père. Oh I Beauchamp, Beauchamp, comment maintenant vais-je aborder le mien ? Reculerai je mon front dont il approchera ses lèvres ? ma main dont il approchera sa main? Tenez, Beauchamp, je suis le plus malheureux des hommes. Oh! ma mère, ma pauvre mère! si vous avez lu cela, combien vous avez dû souffrir!

BEACCUAMP. .

Voyons, du courage, nion ami.

ALBERT

Mais d'où vient cotte note, insérée dans le journal? Il y a derrière toHt cela une haine inconnue, un ennemi invisible, un dénonciiteur anonyme, qui a confié la honte de ma famille à la gueule de bronze de votre journal.

BEArCUA.MP.

Oh! quant à celui-là, mon ami, cherchezle, trouvez-le, étranglez-le, je m'y prêterai de tout mon pouvoir, et, si je puis, y aiderai de toutes mes forces. En attendant, du courage, Albert, pas de traces d'émotion sur votre visage, portez celte douleur en vous, comme le nuage porte en soi la ruine et la mort, secret fatal qu'on ne comprend qu'au moment où la tempête éclate. Allez, ami, allez, réservez vos forces.

ALBERT

Oh ! vous croyez donc que nous ne sommes jioint au bout?

BEAUCUAMP.

Moi. je ne crois rien, mais, après ce qui vient d'arriver, tout est po.ssible. A propos !

ALBERT

Quoi ?

BFACf.IlASIP.

Epousez-vous toujours mademoiselle Uanglars? ou le bruit de la rupture de votre mariage est-il vrai?

ALBEUT.

Rompu; mais, attendez donc, vous m'y faites penser: M. Danglars, tout à l'heure ici même.... Ah I le voilà qui sort de sa loge avec Debray.

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