ACTE m. V TABLE Al', SCÈNE Vil
llANGLARS.
Oui, jo comprends, votis vous Tlos fait violence.
ALBEIIT.
Jo me suis fait violence, c'est le mol.
DAiSCLARS.
Iv-:t-cc aprù; avoir su le chiffre de la dol ou auparavant?
Ai.nrRT.
Monsieur, j'aurai du cliel de mon père cinquante mille livres de rente, à peu près, Voilà ma réponse, mon père a commencé comme simple soldat, et...
DANGLARS
Pardon, mon bon ami, mais tout le monde n'a pas eu les occasions de faire fortune qu'a eues votre père.
ALBERT
(Jue voulez-vous dire"' monsieur.
DAXGLARS.
.io veux dire qu'il n'y a jamais eu, et (;u'i' n'y aura probablement jamais qu'un Ali- Tebelin.
ALBFRT.
Vous l'entendez, Bcaucliamp, U avoue, il se dénonce.
DAXf.I ARS.
J'avoue quoi? Je dénonce qui?
ALBERT
Monsieur, vous nous rendrez raison de de l'outrage que vous venez de nous faire.
DAXGLARS.
Je vous rendrai raison de ce que je ne veux pas donner ma fille au fils du colonel Fernand Mondego, instructeur des troupes d'Ali-Pacba?
ALBERT
Monsieur, il n'est pas ici question de mariage, il est question...
DANGLARS-
Dé l'article de ce matin, n'est-ce pas ?
ALBr.BT.
th bien ! oui.
DANGLARS
En vérité! Et vous venez vous en prendre à moi de cela? Étes-vous fou? Est-ce que je sais l'histoire grecque, moi ? est-ce que je connais Ali Tebelin ? est-ce quej'ai voyagé dans tousccs pnys-là ? Est-ce que c'est moi qui ai conseillé ;'i votre père do vendre les châteaux dont la garde lui était confiée, de trahir?...
ALBERT
Silence! monsieur, silence!
BEAUCIIA.WP.
Albert! Albert!
(Pendant co temps, Ip ilomo3lir|ue l'st revenu et a remis le journni à Debroy )
DANGLARS, à Dchray.
Eh bien! cela v est-il?
Oui.
daxgiars.
Bon.
ALBERT
Je vous disais donc, monsieur, que, me regardant comme insulté par vous, non-seule mont dans le refus fait.i mon père, mais dans ce que vous venez do dire, jo vous disais donc que je veux une satisfaction de la double insulte, que cette satisfaction je l'aurai, ou bien...
DEBRAV.
Vicomte !
ALBERT
Donnez-vous votre procuration ù M. Debray? baron, et désirez-vous que ce soit à lui
que j'aie affaire?
DANCIARS.
Monsieur, si vous êtes venu ici pour me chercher une querelle, pour me dresser un guet apens, prenez garde, car je vous préviens que je ferai de tout ceci une afl'aire de procureur du Roi.
ALBERT
Vous vous trompez, monsieur, je ne me .suis adressé à M. Dcbray, que parce qu'il m'a paru vouloir intervenir dans notre discussion, mais puisque vous réclamez la priorité...
UANGLARS.
Monsieur, je vous avertis que, quand je trouve sur mon chemin un dogue enragé, jo le tue. Or, si vous êtes enragé et que vous tentiez de me mordre, je vous tuerai sans pitié. Tiens ! est-ce ma faute si votre père est déshonoré, moi''
DEBRAY
Baron !
ALBERT
Déshonoré!
UAWGLARS.
Est-ce ma faute si les journaux nomment en toutes lettres le comte de Morcerf ?
ALBERT
Tu mens, ils ne le nomment pas.
DANCLARS.
Le journal du malin, non. Mais ceux du soir, si.
ALBERT
Ceux du soir?
DANCLARS.
l-'.h! lisez pardicu !
(11 lui met le journal sous le nrz.)
ALERRT, ehanccl.int.
Mon Dieu! Beauebamp disait-il vrai, et ne suis-je pas au bout. (Lis,inl.) «L'officier IVan- » çais dontparlait ce matin Vlmpartiat, et qui,
» non-seulemenl vendillcscbiteauxdoJanina, » mais encore livra son bienfaiteur, s'appelait, » en elTet, à cette époque Fernand, comme le I) dit notre honorable confrère; mais, depuis, il » a encore ajouté, à son nom de baptrme, un » titre de noblesse et un nom de terre. Il )) s'appelle aujourd'hui le comte de Morcerf, » et fait partie de la Chambre des Piirs. »
DA>GLABS.
Eh bien! est-ce clair?
AI-BEKT.
Aussi clair que tout ceci, monsieur, vient de vous.
DANGLAnS.
Eh bien, au bout du compte, quand cela viendrait de moi, il me semble que, lorsqu'on marie sa fille à un jeune homme, on peut bien prendre des renseignemens sur la l'amille de ce jeune homme; c'est non-seulement un droit, mais un devoir.
ALBERT
Bien ! conlinuez, monsieur. Alors, c'est vous qui avez écrit à Janinaï
DANGLARS
Quand j'aurais écrit?
ALBERT
C'est à vous que les attestations ont été adressées?
DANGLAItS.
Eh ! monsieur!...
ALBERT
Oh ! il faut me répondre.
DANGLARS
Eh bien ! si j'ai écrit, monsieur, c'est qu'on m'a donné le conseil d'écrire.
ALBERT
Ah! l'on vous a donné ce conseil?
DANGLARS
Eh! certainement! Je parlais du passé de votre père, moi; je disais que la source de cette fortune était toujours restée obscure. Alors la personne à laquelle je m'adressais m'a demandé où votre père avait fait fortune. — J'ai répondu : en Grèce ! — Dans quelle partie de la Grèce? — En Epire. — Eh bien! écrivez à Janina, a répondu cette personne. Et j'ai écrit.
ALBERT
La personne qui vous a donné ce conseil, je la connais?
DANGLARS
Parbleu ! C'est votre ami.
ALBERT
Vous nommez cette personne ?
DANGLARS
Vous voulez savoir?
ALBERT
Vous la nommez''
DANGLARS
Eh bien ! je la nomme le comte de Monle- Cristo.
ALBERT
C'est le comte de Monte-Cristo qui vous a donne le conseil d'écrire à Janina?
DANGLABS.
Vous en doutez?
ALBERT
Oh ! oui, je l'avoue.
DANGLARS
Eh bien! demandez à lui-mime. 11 e'-t là, dans sa loge.
ALBERT
Là! là!
DANGLARS
Oui.
ALBERT
C'est bien, monsieur, vous êtes libre.
DANGLARS
Jeune homme!
Monsieur !
DANGLARS
C'est bien, c'est bien. Vous avez trouvé voire homme, prenez-vous-en à lui.
ooooooDOOoooooooaoooogoooooQogoojooooooooooooooeaoo