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Un petit nombre d’autres invités, retenus à la ville, avaient envoyé leurs excuses.
Le lieutenant-gouverneur, qui est très au fait des choses européennes, et le jeune duc d'Orléans, qui vient de parcourir l'Amérique du Nord, paraissaient discourir agréablement. | |
Le comte de Paris ressemble un peu aux portraits de Charles X. Ila le front élevé du roi chevalier, et aussi quelque chose de son attitude lorsqu'il regarde en face. Soit par suite d’une fracture qu’il a subie jadis à l'épaule, soit par habitude, à cause de sa taille élevée, il incline légèrement la tête lorsqu'il se tourne de côté. Tout en sa personne respire la mansuétude : s’il règne jamais en France, l’histoire l’appellera Philippe-le-Bon.
. Le jeune duc d'Orléans a “le plus beau sang du monde,” comme parle Charlevoix.
Tout d’abord on le prendrait pour un fils d’Albion ; mais sa riche chevelure est châtain clair et non dorée, ses traits rappellent le type des Bourbons.et non la beauté un peu anguleuse des jeunes gens d'Angleterre.
Son éducation à Woolwich et ses relations constantes avec la société anglaise lui ont donné ce cachet légèrement britannique, fort distingué du reste, que l’on a remarqué ici.
Pendant Ia soirée, le dne d'Uzès et le colonel Parseval parlèrent avec éloges des belles réceptions faites au comte de Paris à Montréal et aux Trois-Rivières. Le discours du juge Jetté, au banquet de l'hôtel Windsor, à été télégraphié en France ‘. Aux Trois-
1 Voici le discours important prononcé par le comte de Paris à ce banquet de l’hôtel Windsor, à Montréal :
‘ Messieurs, c’est avec une profonde émotion que je me trouve appelé à vous remercier en français de l'accueil si cordial que vous voulez bien me faire. Vous qui, grâce à votre énergie et à celle de vos ancêtres, avez su vous reconstituer une patrie française non seulement par la langue mais par les mœurs, par la religion, vous ne savez pas combien le son de cette langue maternelle est doux aux orvilles de l’exilé, lorsqu'il la retrouve sur toutes les lèvres comme dans la patrie.
‘6 Mais cette sensation, si vive qu’elle soit, est peu .de chose à côté du puissant intérêt qu’il y a pour les Français soucieux de l’avenir de leur pays à suivre de près la grande expérience qui se poursuit sur les rives du St-Laurent depuis les jours douloureux de la séparation. Pour l'honneur de notre race, il est consolant de constater ce qu’a pu faire un petit noyau de Fran-
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Rivières, le grand évêque Laflèche s’est multiplié, et sa merveilleuse éloqnence a conquis l’admiration des princes et de leur suite.
Le comte d'Haussonville, un “ immortel,” et le marquis de Lasteyrie, un autre lettré d’une rare distinction, parlent volontiers linguistique. Ils ont remarqué dans notre lan-
çais isolés, abandonnés sur cet immense continent, et de voir ia forte nation qui en est issue,
‘6 Ceux-là même que l’exil ne sépare pas de la patrie, feraient bien de venir se retremper parmi vous s'ils se sentaient envahis par les appréhensions que certains symptômes font naître chez les esprits prévoyants. En observant de près les rapides développements du peuple canadien-français, en admirant sa force de multiplication et d'expansion, on a le droit de dire : Non, notre race n’est pas atteinte d’un incurable affaiblissement.—Si la population cesse de croître en France, ce n’est donc que la conséquence accidentelle, et, on peut l’espérer, passagère des lois et des mœurs. En quoi les lois et les mœurs du Canada différent-elles de celles de la France ?—Vous le savez comme moi.—Les impérieuses nécessités de la défense nationale ne retiennent ‘pas sous les drapeaux la plus vigoureuse partie de la nation. Votre législation testamentaire laisse au père de famille une juste liberté et ne lui inspire pas des calculs dont nous voyons ailleurs les funestes effets. Vos enfants reçoivent une éducation religieuse qui, avant de leur parler de leurs droits, leur enseigne leurs devoirs envers
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gage des archaïsmes qui les ont intéressés et dont ils ont bien voulu nous faire compliment.
L'organisation politique dun Canada, les rouages du gouvernement central et des gouvernements provinciaux, tonus antonomes et ayant des attributions distinctes ; nos Jois en matières civiles et criminelles ; l’organisation féodale, si utile aux débuts de la colonie, et s: lisparition à l'heure conve-
Dieu, envers l'Etat, envers la famille. Vous êtes et vous vous dites hautement un peuple chrétien et catholique ; soutenus et encouragés par un clergé patriotique, vous avez, à force de sagesse et de ténacité, conquis l'heureuse situation dont vous jouissez aujourd’hui sous l’égide d’une Reine qui restera l’une des grandes figures de notre époque, et à laquelle vous avez raison de prodiguer les témoignages de votre fidélité.—A vous, messieurs, incombe la tâche glorieuse de soutenir dans le nouveau-monde l'honneur du nom français, d’y perpétuer notre langue, notre caractère, nos traditions.