LE COMITÉ DE PARIS
“Nous avons l'honneur, depuis quelques heures, d’avoir dans nos vieux murs élevés par les Français d'autrefois, Monseigneur Louis-Philippe-Albert d'Orléens. comte de Paris, l'héritier des anciens rois de France qui ont établi cette colonie de la Nouvelle- France, et qui ont fondé cette cité.
“C’est une grande joie pour nous de saluer dans la personne de Son Altesse Royale tout ce qui nous rappelle l’ancienne mère-patrie.
“ Ces souvenirs de la France sont si vivaces dans nos esprits et si chers à nos cœurs que nous pouvons affirmer que nous sommes restés français.
“ Les populations de la province sont remplies de sentiments de loyauté vis-à-vis la couronne. Nous nous glorifions de nous compter parmi les plus fidèles sujets de Sa Majesté. Mais les liens étroits qui nous unissent à l’Angleterre ne nous empêchent pas de rester français de cœur. Car c’est sur les genoux de nos mères que nous avons appris à aimer la France et la glorieuse histoire des temps passés, comme nous apprenions, dès notre enfance, à conserver intact
le dépôt sacré que nous avaient légué nos pères: notre religion, notre langue et nos lois.
‘ Aussi chaque fois que l’occasion se présente pour des Canadiens de se rappeler les travaux de leurs ancêtres, les luttes et les gloires du passé, leurs cœurs tressaillent d'émotion.
“ Aujourd'hui que nous sommes réunis pour témoigner nos sentiments de respect envers l'hôte illustre qui a bien voulu honorer ce banquet par sa présence, nous nous rappelons avec une grande joie que Son Altesse le comte de Paris personnifie ici, pour nous, tout ce passé qui nous est si cher.
‘“ Nous salunons en Votre Altesse, nonseulement un Francais distingué par sa naïssance illustre, mais encore par ses mé s personnels.
“ Guerrier, littérateur, philosophe, Monseigneur le comte de Paris a attaché son nom
à des travarx et à des œuvres qui sont présents à notre mémoire, et, tout en offrant nos hommages à un prince royal, nous nous inclinons en même temps en présence de
LD
De Er 2%
she PE
: Er
l’homme éminent qui mérite à tant de titres notre admiration et notre respect.
“ Vous voyez réunis autour de vous, Monseigneur, des Canadiens de toutes les origines et de toutes les races. Ils se sont assemblés sans examiner quelles peuvent être lenrs opinions personnelles sur la politique d’un pays qui est l’ancienne mère-patrie pour le plus grand nombre.
“ L’honneur qu’il ressentent de la visite du prince qui est au milieu de nous ce soir, n’est surpassé que par la joie qui est au fond de leur cœur.
“ Je sais, r'cssieurs, que je me fais l’interprète de vos désirs les plus chers, et je sens qu’en ce moment tous les cœurs battent à l'unisson du mien, en proposant la santé de Monseigneur le comte de Paris.”
L'orchestre, dirigé par M. Gaboury, fit entendre Les acieux de Marie Stuart ; puis un chœur, recruté hâtivement parmi les convives, chanta la belle composition d’Ambroise Thomas : Dieu protège la France !
Son Alte-3e se leva alors, au milieu des plus enthousiastes acclamutions. Tous les convives se levèrent également, et un blanc nuage de mouchoirs agités flotta an-dessus des têtes. Immobile, le comte de Paris dominait de sa haute taille la salle frémissante, qui applaudissait, applaudissait encore, applaudissait toujours.
Le silence s'étant rétabli, Son Altesse prit la parole et s'exprima en ces terines :