‹ Le comte de SaintGermain pièce en trois actes mêlée de chantsChapitre 25 sur 57 · LE COMTE, LA DUCHESSE · texte numérisé non relu

LE COMTE, LA DUCHESSE

LA DUCHESSE, dpart. Conti a raison...

je devais marier Henriette!.. (Montrant le comte.) Mais avec lui... dont la présence seule me cause une émotion... il faut absolument que j'explique une apparition aussi étrange...

TJliATIUL.

LE COMTE, l'apercetant. La duchesse!..

Il cache virement scs tablettes.

LA DUCHESSE. Je vous dérange, mon- s sieur le comte...

LE COMTE. Ah! madame... la mère de mon Henriette peut-elle le penser?.. .

la duchesse, d part. Comment m’y prendre ?

LE COMTE, d part. Si je cherchais à piquer sa curiosité... avec les femmes, c’est souvent un bon moyen.

LA DUCHESSE. Monsieur le comte, je vous ai refusé la main de ma fille... et vous devez m’en vouloir; mais monsieur le prince m’a dit, sur tous, des choses si’ extraordinaires...

LE comte. Monsieur le prince aime beaucoup à s’amuser.

LA DUCHESSE. Quoique déjà vieille, je ne suis pas très crédule , et pourtant une ressemblance sans exemple a jeté quelques doutes dans mon esprit...

LE COMTE, d part. C’est la dame ATini* tialc... j’aurai son consentement... (Haut.) Oh, madame 1 beaucoup de personnes se se trompent sur mon compte...

LA DUCHESSE. Avant d’entrer dans aucune explication, veuillez me dire d’abord si Totrc père n’a pas habite Magdcboorg, vers l’année 1 665 ?

LE COMTE, arec sang-froid. Il y a bien plus long-temps que j’ai perdu mon père; mai» moi-même, j’ai habité Magdebourg à l’époqyo dont vous parlez...

LA DUCHESSE. Vous... vous-même?.

le COMTE. C’est dans cette ville que j’eus le bonheur de vous voir pour la première fois.

LA DUCHESSE. Vous m’y avez vue?..

LE COMtE. lit... aimée!..

LA DUCHESSE. Aimée?..

LECOMTE. Oh! ardemment-. ■

LA DUCHESSE, acec effort. Monsieur le comte veut plaisanter, sans doute ; mais je devine... il tient à justifier la réputation de bizarrerie qu’on lui a faite... et il compte sur son esprit ou sur ma crédulité pour réussir...

LE comte. Mais non! je n’ai besoin que d’en appeler à vos souvenirs...

LA DUCHESSE. A mes souvenirs!.. Je vous assure, monsieur, que je n’en ai gardé aucun qui me parlât de vous.

LE COMTE. Me permettez vous de vous prouver le contraire en aidant un peu votre mémoire?..

LA DUCHESSE, troublée. Ah, par exemple! une semblable preuve serait, je pense, difficile à donner.

LE COMTE DE SAlWT-OERIfAl*. 1

LECOMTE, souriant. Même au chevalier de Fleurange?..

LA DUCHESSE, virement. Le chevalier de Fleurange ?..

LE COMTE. Celui-là qui , désespéré par votre froideur et par vos dédains , eût l'audace de vous forcer à lire, devant votre mari, l’aveu de la passion brûlante que vous lui aviez inspirée 1..

LA DUCHESSE, d part. Que dit-il?

LE COMTE. Celui-là qui , caché sous le déguisement de votre époux, entendit sortir de votre bouche, des paroles d’amour qu’il n’a jamais oubliées; ce chevalier de Fleurange enfin, qui n’était autre que moi, le pauvre et malheureux comte de Saint- Germain, poursuivi, condamné à mort par un Parlement imbécile!.. Ah! madame, que vous vous intéressiez vivement alors à ma destinée!., que vous semblicz attacher de prix à ma vie, quand vous me conjuriez de fuir; mais vous doutez encore... regardcz-inoi bien, madame... vous avez conservé une image fidèle, des traits de celui que vous avez chéri... ne les retrouvez-vous pas en moi?

Air :

Auprès de vous, j'étais ainsi, madame ,

Enire vos mains, les dent miennes ; mon Tout agité d'une brûlante flamme, [coeur Centre le votre a battu de bonheur t Soit que mm veut voos disent : Je vous aime.

Soit que ma bouche essaie an mot si doux , Regardez-moi , suis-je toujours le même?

Écontrz-woi, me reeoonaissez-vuus?

LA DUCHESSE, d part. Oui, 'c’est le son de sa voix!., c’est son regard plein d’expression... Oh ! que je suis émue!

LE COMTE. Eh bien madame ! la mémoire vous revient-elle ?

LA DUCHESSE, line dernière question , monsieur... alors, n’aviez-vous pas trente ans ?

LE COMTE. On me donnait cet âge...

LA DUCHESSE. Et maintenant?..

Le COMTE Quelques personnes prétendent que j’ai à peine vingt-neuf ans ; mais le fait est que je suis bien vieux .. ce siècle est probablement de dernier dont je serai contemporain...^

La DUCHESSE Ah ! le Parlement n’eût pas tort, quand il vous condamna comme sorcier !

LE COMTE. Vingt années passées en Allemagne ont fait tout oublier... je suis revenu en France , j’ai vu votre charmante fille, et j’ai cru vous revoir...

LA DUCHESSE, souriant. Tenez, monsieur le comte, finissons une plaisanterie OÙ l’avantage ne serait pas de mon côté...

pui-que vous le voulez absolument, je suis 1 exemple du Parlement de Paris , je vous

Comte ds Si-Germain.

avoue pour sorcier.,, soyez-le tout à votre aise, et infinie après avoir si bien commencé, soyez-lc jusqu’au bout! Puis-je attendre de vous un service?

LECOMTE. Ordonnez , madame...

LA DUCHESSE. C’est au sorcier que je m'adresse, songez-y bien.

LE COMTE. Je suisprèt... (Ils s’asseyent.)

LA DUCHESSE. Vous persistez à soutenir que vous êtes véritablement contemporain de plusieurs siècles.

LE COMTE. Cela remonte, je crois, à l'établissement de la monarchie.

LA DUCHESSE. Que vous vieillissez sans perdre les avantages de la jeunesse.

LF. COMTE. C’est un secret pour lequel la maîtresse du roi de Portugal m’a offert un beau titre de duc...

LA DUCHESSE. Et les bijoux... les diamans perdus... vous savez réellement les retrouver?..

LE COMTE. Ceci est une bagatelle...

LA DUCHESSE. Prenez garde : je vais vous mettre à l'épreuve...

LE comte. Trop heureux de pouvoir vous être agréait!?...

LA DUCHESSE. C’est inconcevable....

Voyons donc!., veuillez me prêter toute votre attention.

LE COMTE. J’écoute...

LA duchesse. Il y a de cet événement bizarre un peu plus de vingt ans...

LE COMTE. Oh! le temps n’y fait rien.

LA DUCHESSE Une dame , jeune et de famille noble, fut la viitimc de la plus lâche des intrigues; un soir, après une fête brillante, elle put enfin se retirer et rester seule avec ses larmes, car un affreux malheur venait de la frapper... Pour calmer la fièvre qui la dévorait , elle accepta d’une de scs femmes quelque- gouttes d’une boisson rafraîchissant- ’i peine y avait-elle porté scs lèvres, qu'un sommeil subit et profond s’empara d’elle... elle croyait que la fidélité veillait sur son honneur... c’était la trahison... un étranger fut introduit dans son appartement...

LE COMTE, agité. Et cette jeune et noble dame, c’était...

LA DUCHESSE, arec effort. Une ancienne compagne... élevée avec moi an couvent de Magdebotirg...

LE COMTE, d part. Ah! je respire... (// a regardé son portefeuille en souriant.) Je connaissais cette aventure!

LA DUCHESSE. Ah ! vous la connaissiez ?

LE COMTE. Mais vous n’avez pas tout dit, madame la duchesse... Eu s'éveillant, ne s’aperçut-elle pas qu’un anneau préprccieux qu’elle tenait de sou vieux pi re avait disparu de sa main ?

LA DUCHESSE. Oui!..

LE COMTE, froidement. Cet anneau n’était-il pas orné d’une couronne ducale tur un fond d’azur?..

LA DUCHESSE. Oui!..

LE COMTE. Et en poussant un léger ressort, on découvrait, sous le chaton, une tête de vieillard du fini le plus parfait?

LA DUCHESSE. Oui!..

LE COMTE, tirant un anneau de son doigt. Le voici!..

LA DUCHESSE, prenant fanneauetse levant.

C’est le diable !..

LE COMTE. Madame la duchesse désiret-elle me mettre à une éprouve plus difficile?

LA DUCHESSE. Non, non, je ne veux plus rien entendre... et pourtant, je donnerais tout au monde pour connaître le mot de cette énigme.

LE comte. Il ne tient qu’à vous de le ■avoir...

LA DUCHESSE. Vraiment?

LE comte. Mais un pareil secret vaut bien son prix, et je veux faire mes conditions.

LA DUCHESSE. Qu’exigez-vousdc moi ?..

LE COMTE. Si je parle, je vous jure que vous ne verrez plus en moi qn’un homme tout simplement... un humble habitant de ce monde sublunaire...

LA DUCHESSE. Parlez, parlez, je vous en prie...

LE COMTE. Un homme digne de la haute protection du prince de Conti... et cette ressemblance, loin de vous effrayer, ne sera plus pour vous qu’un portrait fidèle du passé...

LA DUCHESSE. Mais parlczdonc, alors...

LE COMTE. En deux mots, voici mes conditions : à vous seule appartient le droit de disposer de la main de votre fille, et moi je suis seul maître de mon secret.

LA DUCHESSE. Eh bien?..

LE COMTE. Je ne le dirai qu'à ma mère!

LA DUCHESSE, A part. Conti ne peut m’avoir trompée... c’est impossible. . . et je saurai tout..

le COMTE. J'attends, madame la duchesse...

LA DUCHESSE, lui tendant ta main. A vous, mon Henriette..'.

LE COMTE. À vous, mon secret...

Il lui baise ia mais.

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