DE GARDER CE QU'IL A LE SAGE SB CONTENTE
y» LE FOU POUR L'mCERTAIN S'AGITE ET SE TOURMEIfTB. »
OÙ le sujet de cette fable ne se retrouve-t-il pas î le Ponteha-Tantra en réclame la première donnée connue; voici ce qu'on lit dans la cinquième partie de ce livre, intitulée : Apa- HckchiUhKàritwa, ou la Conduite inconsidérée, qui a pour but de montrer le danger de la précipitation, et qui correspond au dixième chapitre de Calila et Dimna, où les douze fables de l'original sont réduites à deux.
« Un brahmane avare, nommé Soma-Sarma, avait recueilli en aumônes, pendant le jour, une jarre pleine de farine ; en
rentrant, il pendit cette jarre à ly clou, immédiatement au pied de son lit^ afin de ne pas la perdre de vue. Pendant la nuit il s'éveilla et se livra aux réflexions suivantes : Cette jarre est pleine de farine; s'il survient une disette, je la vendrai au moins cent pièces de monnaie; avec cette somme j'achèterai un bouc et une chèvre, ils feront des petits, et je gagnerai assez en les vendant pour me procurer une couple de vaches ; je vendrai leurs veaux, et j'achèterai des buffles; avec le produit de mon troupeau je flnirai par avoir un haras dont je tirerai des sommes considérables, et je ferai bâtir une belle maison. Je deviendrai alors un homme d'importance, et quelque personne opulente viendra m'oflrir sa fllle en mariage avec une riche dot ; j'en aurai un fils que j'appellerai de mon nom, Soma-Sarma. Lorsqu'il commencera à se traîner, je le prendrai sur mon cheval en le plaçant devant moi; aussi, lorsqu'il m'apercevra, il ne manquera pas de quitter le giron de sa mère et de venir à moi. J'appellerai sa mère pour qu'elle vienne le reprendre, et comme elle né m'obéira pas occupée des soins du ménage, je lui donnerai un coup de pied. » En disant cela il allongea le pied avec tant de violence, qu'il cassa la jarre, et la farine, s'étant répandue, se remplit de terre et de poussière, de sorte qu'elle fut complètement perdue. Toutes les espérances de Soma-Sarma s'évanouirent au même instant. (Loiseleur des Longchamps, Essai sur les fables indiennes, 56).
Alnaschar, le frère du barbier dans les Mille et une nuits, ofl^re une variante du même sujet; mais la dona Truhana de Juan Manuel est plus digne d'être placée auprès de la laitière de La Fontaine. J'ai signalé ailleurs* une jolie scène de Lope de Rueda sur des espérances trompées, et Colin d*Harleville a complété le développement de l'idée dans ses Châteaux en Espagne.
Le nom de Truhana ou Truhanda répond au nom de Gertrude.
* U Moire comparée il€ê ttu, e$p* et frMç,, 1. 1,