M. de Richelieu écrivait à M. Mole
Aix-la-Chapelte, le 2 octobre 1818.
'. Je commençais à me plaindre de vous et à trouver que vous me négligiez un peu, lorsque votre aimable petite lettre est venue me prouver que j'avais tort. Je vous en remercie de fout mon cœur, et TOUS afûrme que rien ne peut m'être plus agréable que les preuves que vous voulez bien me donner de votre amitié, à laquelle j'attache beaucoup de prix.
« Je ne doute pas que l'évacuation complète n'ait lieu dans les premiers jours de novembre. Une grande partie des troupes sera partie avant. Nous nous hâtons ici le plus que nous pouvons, et 11 y a ime telle disposition à finir que je ne doute pas que cela n'aille beaucoup plus vite que nous ne l'avions cru. Bien sûrement, par exemple, tout sera fini au 15 novembre et je pourrai être à Paris tout naturellement avant l'ouverture des chambres. .Mais pour Dieu, tâchez. Messieurs, que Monsieur ne fasse pas de publication, ajournez plutôt votre ordonnance de la garde nationale que de provoquer une démarche qui serait une preuve de plus de notre division. On a assez de disposi•^
22 EVACUATION DU TERRITOIRE.
dans les prétentions de l'émigration et de la Cour qu<* ce prince voyait la cause du mal. C'est plus tard et lorsque M. de Richelieu eut quitté les affaires, que s'opéra dans son esprit ce changement soudain, par lequel il se mit à la tête de la réaction qu'on a vue envahir l'Europe. Du reste, M. de Richelieu mettait Caraman tous les jours plus en avant et Pasquier, ne doutant pas qu'à défaut de Pozzo il ne voulût en faire son successeur, me déclara que jamais il ne supporterait un tel chef, ni même un tel collègue. Je souris en lui demandant s'il croyait donc que personne dans le Conseil s'en accommodât plus que lui.
« Le Roi tint la promesse qu'il avait faite à iJecazes et écrivit à son frère une lettre qui produisit tout l'effet que nous en attendions. Monsieur, tout en montrant le plusprofond mécontentement, se résignaà voir dissoudre la garde nationale et promit qu'il ne publierait rien. On aura l'idée des hommes qui entouraient ce prince si religieux, quoiqu'il se passât si bien d'estimer ceux en qui il plaçait sa confiance, lorsqu'on saura que son aide de camp Deb {sic) laissa percer un épouvantable dépit de n'avoir pas été prévenu à temps pour vendre à Decazes et au ministère le silence et la résolution de Monsieur. Ce même aide de camp, de concert
lions à nous croire incurables, pour que nous évitions de faire voir notre délire à tous ces médecins assemblés. J'attends Pozzo avec grande impatience. J'espère qu'il nous aidera, il y a bien des préventions à combattre, bien des fausses idées à rectifier. J'aime mieux me consulter avec lui pour concerter les manières de parler A l'empereur de son affaire que de commencer d'une façon qui peut-être ne lui conviendrait pas. Nous nous occuperons ce matin des afl'aires d'argent; je ferai l'impossible pour sauver quelques millions et je ne désespère pas d'y réussir. Caraman, qui retourne à Paris, vous donnera plus de détails sur notre position. Moi, je suis un peu fatigué d'écrire, et je finis en vous renouvelant l'expression de mon inviolable attachement. « R... ».
NÉGOCIATIONS AVEC LA REPUBLIQUE d'hAÏTI. 23
avec Capelle, voyait secrètement alors le beau-père de Decazes pour amener ce dernier à se rapprocher de Monsieur.
(( Caraman m'avait aussi apporté une longue lettre de Monsieur on il se plaignait de tout ce que nous laissions dire aux journaux sur les souverains étrangers et leurs dispositionspour la France. Monsieur m'annonçait en même temps un article pour le Moniteur qu'il avait rédigé et communiqué au duc de Wellington, au comte de Capo d'istria et au prince de Metternich. L'article faisait pressentir la retraite prochaine des alliés et ressortir avec mesure la magnanimité des puissances. On le retrouvera dans le Moniteur et tous les journaux du temps qui le copièrent en se doutant bien de son origine.
« Je reçus à cette mêmeépoque d'excellentes nouvelles de Saint-Domingue. Le négociant que j'avais rendu porteur d'ouvertures pour le président Boyer me mandait qu'il me ferait bienlôt parvenir les propositions les plus avantageuses. La république d'Haïti demandait que son pavillon fût admis dans nos ports et promettait pour prix de cette tacite reconnaissance d'indemniser les colons dépossédés et de souscrire au traité de commerce qui eût été pour la métropole elle-même une large indemnité. Je m'empressai d'en faire part au duc de Richelieu en lui recommandant le plus absolu secret. Boyer le demandait et je craignais les intrigues de Portai, que j'avais toujours pour directeur des colonies, et qui ne voyait dans toutes ces questions que les intérêts de la place de Bordeaux et surtout les siens.
« Aussitôt après le départ de M. de Richelieu pour Aix-la-Chapelle, j'avais établi mes filles à Champlâtreux avec leur mère et j'y demeurai moi-même plus qu'à
24 l'État d'esprit a aix-la-chapelle.
Paris. J'y reçus !e dimanche 14 octobre* un courrier de Decazes, qui m'apprenait que l'évacuation de notre territoire venait d'être signée au Congrès et que les armées allaient com mencer leur mouvement de retraite
i. De son côté Mounier écrivait à M. Mole :
Aix-la-Chapelle, le 9 octobre 1818.
« Je ne vous avais point oublié, mais ignorant |quel genre d'arbres , ou d'arbrisseaux vous désirez plus particulièrement, je m'étais réservé de choisir ce qui serait à votre gré parmi les arbres que je faisais ranger sous mon nom. Anselme de Barante s'était chargé, je crois, d'arranger cela. Je viens au reste de lui en décrire, et je lui ai recommandé de disposer les choses de manièi'e qu'elles soient à votre gré. II n'est pas à croire qu'il rencontre de grandes difQcultés à cet égard. Je n'en dirai pas de même des affaires que nous traitons ici. F^es exeellentes dispositions, montrées dans toutes les conversations, ont amené la reconnaissance du principe de l'évacuation comme un point hors de contestation, mais l'exécution de ce principe demande la signature d'une convention, et cette convention exige qu'au préalable on soit d'accord sur les arrangements pécuniaires. Depuis huit jours nous bataillons sur de misérables questions d'intérêts, d'escompte ou d'ftutres détails qu'on ne s'attendrait guère à trouver au milieu de la plus haute politique. Les Prussiens sont comme à l'ordinaire particulièrement avides et diffîcultueux, leurs alliés sont les premiers à le remarquer, mais leur avis ne finit pas moins presque toujours par prévaloir. Je n'ai pas besoin de vous dire que dès que les souverains n'ont pas adopté comme une mesure honorable autant qu'utile la réduction des sacriQces que la France doit encore supporter, tous nos arguments sont repoussés par cette réponse péremptoire : « Nous ne sortirons nos troupes qu'à condition que vous exécuterez toutes le» obligations qui vous ont été imposées le 20 novembre. » Vous savez aussi qu'il ne nous a rien été demandé au delà et que c'est nous au contraire qui sollicitons une diminution sur les 280 millions que nous devons encore. La discussion roule sur le taux de cette diminution, car il est admis qu'il y en aura encore une, et c'est bien quelque chose. Peu de gens auraient osé l'espérer, il y a deux ans. Un point bien important que nous avons également obtenu, c'est que les quatre cours recevront le paiement de 100 millions en inscriptioais de rente. Je me propose au demeurant de rendre compte à M. Gorvetto, aussitôt que nous aurons conclu, de la marche et de l'issue de nos négociations financières, et si vous trouvez quelque intérêt à lesconnaître par le menu vou ; pourrez lui demander ma lettre.
« M. Pozzo nous est arrivé avant-hier soir, et je crois fort h point. J'espère que les aS'aires pécuniaires se termineront aujourd'hui ou demain matin au plus tard. 11 ne restera alors que les questions générales et il me parait que chacun sera fort pressé de retourner chez soi.
« Adieu, mon cher Ministre, mille et mille assurances de sincère et constante amitié. « Mocnieb. »