AU LECTEUR
Depuis plusieurs années, les journaux se préoccupent beaucoup du conclave, et ils en parlent géné- ‘ralement en termes tels qu'il est évident que la question leur est complétement étrangère. On y lit, ‘en effet, que Pie IX s’est choisi un successeur, que la pression de la Prusse peut susciter un schisme, que les puissances catholiques revendiqueront leur droit d’exclusion, que les cardinaux ont consenti à ne plus tenir compte de la nationalité de l'élu, qu’il existe une bulle réglant la prochaine élection, etc.
Il est facile de réfuter en quelques mots toutes cès allégations qui n’ont aucune base sérieuse. Le ‘passé répond de l'avenir et, en consultant ce qui s’est fait jusqu'ici, on est certain de connaître, au moins en substance, ce qui aura lieu au prochain conclave. Ainsi le choix des cardinaux, pour être ‘valable, devant être libre et spontané, il n’y a pas à .craïindre ue ingéréncé anticipée dont l’histoire ne fournit pas d’exèemplè. Uh schisme est impossible dans lés conditions ‘actuelles, car l’élu, pour être accepté de l’Église entière, doit réunir un nombre
déterminé de voix: or les votes d’une minorité quelconque seraient assurément, dès le début, tenus pour nuls. Les puissances, lorsqu'elles intervenaient au moyen de leurs ambassadeurs, n’agissaient pas en vertu d’un droit strict, mais d’une simple tolérance, qui na plus sa raison d'être, puisqu'il n’y a pas actuellement un seul État qui puisse s’avouer franchemert catholique : il en sera donc, en cette occurrence, comme pour le Concile du Vatican, dont les souverains ont été exclus. Aucune loi canonique ” n’interdit de nommer un pape qui ne soit pas Italien: la majorité des cardinaux étant italienne, il est tout naturel que leur choix tombe exclusivement sur un des leurs, et si la Providence le permet ainsi, ce doit être en vue d’un plus grand bien tant pour l'Église que pour l'Etat pontifical lui-même. j Commentet où se tiendra le futur conclave? Nous l'ignorons. Régulièrement, ce serait à Rome, et tout autrefois y était disposé pour cela. Le palais du Quirinal, qui s’adaptait parfaitement aux exigences canoniques, a été envahi. Reste le Vatican, qui pourrait bien être occupé par les Piémontais, car leur avidité convoite les trésors d’art et d’archéologie qu’il contient. On a parlé de la chanoinie de Saint- Pierre,où les cardinaux trouveraient un espace tout juste suffisant ; mais, à une époque de crise, on s’installe comme on peut, témoin l’élection de Pie VII qui se fit à Venise, dans le monastère de Saint- Georges. | un
Il est évident qu’une nouvelle organisation du conclave devient indispensable. Les formalités et solennités extérieures seront supprimées, faute de pouvoir . s’y conformer ; à l’intérieur, la votation pourra être plus précipitée, afin d'obvier à des inconvénients majeurs, mais les constitutions pontificales qui la réglementent seront scrupuleusement observées.
Dans l'impossibilité de faire connaître positivement les modifications imposées par les circonstances, tant qu'une décision souveraine à cet égard n'aura pas été promulguée, pour se renseigner sur la substance et la nature du conclave, nous n’avons d’autre ressource que de nous enquérir des lois ecclésiastiques qui ont réglé la matière. Nous aurons de cette façon une notion exacte des principes admis, et nous pourrons, en connaissance de cause, contrôler les erreurs, inexactitudes et suppositions propagées par le journalisme.
Les documents à consulter sont de deux sortes : les constitutions pontificales, entre autres le cérémonial de Grégoire XV, puis les relations des différents conclaves tenus depuis trois siècles, tels que les exposent les auteurs italiens.
Cette brochure résumera et fondra ensemble ces matériaux divers, de manière à leur donner l’homogénéité qui en rende la lecture agréable et suivie. Elle sera courte, mais pleine de renseignements. J’ai
— VIil Du
pensé qu'ayant habité Rome pendant de longues années et appartenant à la cour pontificale, c'était mon devoir de ne pas laisser s’égarer l'opinion sur un acte capital comme l’est la tenue du conclave, et de produire, pour l'instruction de tous, le tableau, exact et précis, d’une série de faits qui témoignent, une fois de plus, de la sollicitude et de la prudence bien connues de la sainte Eglise Romaine. |
J'aurai été utile, si j'ai appris quelque chose aux lecteurs catholiques que la grave question du conclave intéresse ; j'aurai été également opportun, si je viens à propos combler une lacune dans la librairie française. Tel a été le double but que je me suis proposé et, en le réalisant, j je me plais à compléter les publications de toute sorte, mais toujours de | science ecclésiastique, que le séjour de Rome m'a suggérées, non moins que le besoin évident des pieux fidèles.
L. Le Sacré-Collége expédie de tous côtés des courriers, extraordinaires aux cardinaux absents pour leur notifier la mort du pape et les inviter, quoique liés par des censures, à venir au conclave, afin d’y prendre part à l'élection du futur pontite. Les neuf jours expirés, les cérdinaux présents à Rome se renferment, comme il est prescrit, dans le conclave, et procèdent immédiatement à l'élection, . sans attendre ceux qui, étant trop éloignés, ne sont pas encore arrivés. |
IT. Le lendemain du jour où le corps du pape a été transporté ou exposé au palais du Vatican, lescar- | dinaux s’y rendent au matin et, vêtus de la cappa vio- .
lette, s’assemblent dans la chambre des parementspour |
y tenir la première congrégation générale. Cetto . congrégation se renouvelle les jours suivants, le matin également, mais dans la sacristie de Saint- -
Pierre. Nous dirons ici ce qui se passe dans chacune :
d'elles, conformément au chirographe signé par Clément XII, le 24 décembre 1732, et, autant que possible, nous nous servirons de ses propres expressions.
Dans la première congrégation, le secrétaire du Sacré-Collége et les maîtres des cérémonies pontificales lisent les constitutions des souverains pontifes Grégoire X, Ubi periculum, paragraphe Cœterum ; Jules II, De simoniaca electione ; Pie IV, 7n eligendo ; Grégoire XV, De electione ; Urbain VEII, Ad Romani, et Clément XIT, Apostolatäs oficium ; toutes bulles qui règlent la vacance du siége, la tenue normale du conclave, le cérémonial à suivre, et frappent les élections simoniaques. Après quoi les cardinaux prêtent serment de les observer fidèlement. Le cardinal eamerlingue présente ensuite l’anneau dü pêcheur et le moule des bulles, qui sont brisés aussitôt. Le sous-dataire et le substitut des brefs remettent les cassettes des suppliques et des brefs, qui sont confiées à un clerc de la Chambre. Puis l'on procède à la confirmation ou à l’élection du gouverneur de Rome, qui a également juridiction sur le bourg de Saint-Pierre. Le Sacré-Collége choisit ensuite deux prélats, l’un pour prononcer . . l’oraison fanèbre du pape, le dernier jour des obsèques, et l’autre pour faire un discours sur l'élection du nouveau pontife. Enfin deux cardinaux sont désignés pour ordonner et surveiller la construction du conclave, :
PRÉLIMINAIRES DU CONCLAVE. 3 Dans la deuxième congrégation, on confirme ou on révoque, par un seul tour descrutin, tous les fonctionnaires de Rome et des États de l’Église, parce que leurs pouvoirs cessent légalement à la mort du pape. On reçoit les conservateurs de Rome, qui viennent faire leurs compliments de condoléance sur le deuil de l'Église et le décès du pape, leur souverain temporel, et rendre hommage au Sacré-Collége : le cardinaldoyen leur répond ay nom de ses collègues. Lecture est donnée des lettres des souverains en réponse à la notification du décès du pape. Les cardinaux députés précédemment rendent compte de l’état des travaux pour la construction du conclave.
Dans la troisième congrégation, on nomme au scrutin secret le confesseur du conclave, habituellement choisi dans un ordre religieux ; dans la quatrième, deux médecins et un chirurgien ; dans la cinquième, le pharmacien et ses deux aides, deux barbiers et leurs deux garçons.
Dans la sixième, le dernier des cardinaux-diacres tire au sort les cellules du conclave, de cette manière : les cellules sont en nombre égal à celui des cardinaux vivants, et chacune a son numéro d’ordre, On met dans deux urnes, au rapport de Burcard, d’une part autant de lettres de l’alphabet qu’il y a de cellules, et, de l’autre, les noms des cardinaux, puis l’on tire ensemble un numéro et un nom; le cardinal nommé se voit donc adjuger la cellule cor-
respondant au numéro qui est sorti en même temps que son nom. Enfin, les maîtres des cérémonies - présentent les brefsqui les autorisent à entrer au conclave. Ils sont au nombre de six : deux participants, deux non participants et deux surnuméraires.
La bulle de Grégoire X permet aux cardinaux d’avoir avec eux au conclave un ou deux de leurs familiers. Si quelques-uns désiraient en avoir un troisième, ils en exposeraient la demande dans la septième congrégation, tout en réservant aux absents la faculté de faire valoir leurs droits. à cet égard, lors de leur arrivée. L'on choisit ensuite trente-cinq domestiques pour les besoins ordinaires du concelave, comme la propreté, le transport du bois et autres choses indispensables. Leur fonction principale étant de balayer, ils ont reçu en conséquence le sur-
nom de scopatori. Ces domestiques ne sont affectés au service d'aucun cardinal en particulier, ils sont
à la libre disposition du Sacré-Collége tout entier. Les cardinaux ne peuvent les prendre dans leur propre maison. | - Dans la huitième congrégation, deux cardinaux sont chargés d'approuver les conclavistes, et, à cet effet, chaque cardinal doit présenter une note où sont inscrits les noms, prénoms, emplois et fonctions de ceux qu'il désire avoir près de lui. | Dans la neuvième, on nomme au scrutin secret trois cardinaux qui auront la surintendance du con-
clave, c’est-à-dire, veilleront scrupuleusement à sa clôture, à sa propreté et à ce que rien ne Ai LE de ce qui est nécessaire. |
Dans la dixième et derniere, on choisit les ouvriers, menuisiers, maçons, serruriers, vitriers, plombiers, qui doivent murer et clore le conclave ; puis les cardinaux qui n’ont pas recu le diaconat montrent les brefs de dispense qui leur permettent de prendre part à l'élection !{.
III. Ces congrégations générales sont compléte- -ment ‘différentes des congrégations particulières que les cardinaux chefs d’ordre, c’est-à-dire le pre-' mier évêque, le premier prêtre et le premier diacre, -avec le camerlingue et le secrétaire du conclave, tiennent chaque jour dans l’après-diner chez le cardinal doyen, pour s'occuper du gouvernement civil de Rome et de l’État, souscrire les ordres et décrets rendus en congrégation générale et les lettres qu'ils sont chargés d’expédier, non-seulement aux cardinaux “absents, mais encore aux différentes cours catholiques, ainsi qu'aux vice-légats, présidents et gouverneurs des provinces et villes de l'État, afin de leur transmettre les instructions qu’ils jugent opportunes pour le maintien de l’ordre et de la tranquillité publique.
Après la mort du pape, l'administration tempo-
1. La bulle de Pie IV 7n eligendo, confirmée par Sixte-Quint, exclut du vote les cardinaux qui ne sont pas au moins diacres ;
relle de Rome et des États de l’Église est dévolue au Sacré-Collége, qui en conséquence, dans la seconde congrégation, confirme les fonctionnaires à qui est confié le soin des revenus de la Chambre apostolique. Cette administration est déléguée à trois membres, pour trois jours seulement, et la commission se compose, chaque fois, d’un cardinalévêque, d’un cardinal-prêtre et d’un cardinal-diacre, tous se succédant ainsi par rang d'ancienneté ; seulement le tour des évêques et des diacres revient plus fréquemment, parce que chacun de ces or- ‘ dres est beaucoup moins nombreux que celui des prêtres. À ces congrégations assistent toujours le cardinal camerlingue et le secrétaire du Sacré- Collége, qui, pendant la vacance du siége, tient la place et remplit les fonctions de secrétaire d’État. Toutes les résolutions, ordres ou décrets, pris ou rendus dans ces congrégations, sont souscrits par le camerlingue, les trois chefs d'ordre et le secrétaire. Ce dernier doit les enregistrer, les expédier et faire toute la correspondance.
Dans le conclave, une salle est affectée spéciale-
mais Grégoire XV a disposé qu’ils pourraient y être admis sur la présentation d’un bref spécial de dispense. Le cardinal qui n’est pas in sacris lors de sa promotion, s’il ne se fait ordonner immédiatement, doit obtenir du pape un bref qui l'en dispense pour un temps. Le délai fixé est rarement de plus de six mois, mais il peut être prorogé. Dans le cas où le délai viendrait à expirer pendant le conclave, le cardinal devrait en sortir, à moins qu’il ne se fît ordonner de suite. °
ment à ces congrégations particulières, qui se tiennent, chaque jour une heure avant l’Ave Maria, c PEUT une demi-heure avant le coucher du soleil. Les trois chefs d'ordre et le cardinal camerlingue sont assis sur le même rang, tandis que le secrétaire se tient sur un tabouret à une des extrémités de la table.
Lorsque les affaires à résoudre sont d’une importance très-grave, et que les quatre cardinaux as- semblés désirent: de plus grandes lumières, ou ne veulent pas prendre sur eux toute la responsabilité, alors, par le moyen de Monseigneur le secrétaire, ils font appeler tous les cardinaux présents au conclave, leur exposent les affaires dont il s’agit et les discutent avec eux ; elles sont résolues à la majorité des suffrages et expédiées au nom de tout le Sacré- Collége, quoique lexpédition ne soit signée que par les chefs d’ordre et le secrétaire.
Si, par hasard, pendant la durée du conclave, il arrive qu’on doive rassembler la congrégation du ‘Saint-Office, tous les cardinaux qui en font partie se réunissent dans la cellule du cardinal secrétaire de cette congrégation, lequel, dans cette circonstance, est chargé de la présider. Là les affaires sont proposées, discutées, résolues, comme cela se pratique dans toutes les congrégations. Mais ce cas se présente très-rarement, parce que, avant d'entrer au conclave, les cardinaux membres de cette congré-
gation confèrent à Monseigneur l’assesseur, au commissaire, au fiscal et au chef notaire, les pouvoirs nécessaires pour faire décréter par les consulteurs
sur les matières qui regardent la sainte Inquisition. |
IV. Le cardinal camerlingue, chef et président de la révérende Chambre apostolique, a des droits particuliers qu'il exerce jusqu’à l’entrée au conclave. La garde suisse est à ses ordres et l’accompagne partout où il va, parce qu’il représente la puissance témporelle du $aint-Siége. Il fait battre monnaie à ses armes, abaissant son écusson sous le signe de la vacance, qui est deux clefs en sautoir et un pavillon posé en pal. Il partage l’administration avec les trois cardinaux chefs d'ordre, qui sont renouvelés tous les trois jours. Conjointement avec eux, il a la charge du gouvernement, réglant tout ce qui concerne la justice, la politique, les finances, l’armée, etc. |
. V. La Rote et les autres tribunaux de justice sont suspendus. La Daterie cesse d’expédier des bulles. Seuls le grand pénitencier et le cardinalvicaire continuent l'exercice de leur charge. Les congrégations cardinalices expédient par leurs secrétaires les affaires de peu d'importance ou celles qui, avant la mort du pape, avaient déjà été résolues, et alors la signature du secrétaire suffit pour la légalité. |
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- VI. L'endroit désigné pour le conclave et la porte qui y conduit, selon la constitution de Grégoire X, doivent être soigneusement gardés par des soldats, barons et autres nobles, qui prêtent serment d'exécuter ponctuellement le mandat qui leur est confié. Les papes ayant vu par expérience que cette garde du conclave entraïînait toujours quelques désordres, adoptèrent les mesures suivantes pour une plus grande sûreté et tranquillité.
En dehors du palais apostolique, mais le plus à . proximité possible, s’élève une construction en bois qui sert de corps de garde aux soldats placés sous les ordres du maréchal du conclave, qui est spécialement délégué pour le surveiller. Pendant plusieurs siècles cette haute dignité fut l’apanage de la famille Savelli, en récompense, comme l'écrit le cardinal de Luca, de ce qu’un des siens avait inventé le conclave.( Relat. Rom. Cur., par. IT, discurs. 8,n. 14.) Cette famille s'étant éteinte dans le prince d’Albano, Clément XI, par un bref du 23 mars 1712, la transmit à Auguste Chigi, prince de Farnèse, auquel Benoît XIV, par bref du 1° septembre 1740, donna pour coadjuteur son fils Augustin Chigi, qui mourut en 1769. Sigismond, son fils, obtint de Clément XIV de lui succéder, mais Pie VI suspendit ce droit en 1791, puis le transféra, deux ans après, à Augustin Chigi, fils de Sigismond. Depuis lors, cette charge s’est toujours
maintenue dans la famille princière des (Chigi.
Le maréchal, en sa qualité de gardien du conclave, a son appartement près de l'entrée, afin qu’il puisse surveiller continuellement et, le cas échéant, ouvrir et fermer en dehors les portes du conclave. Il est autorisé à frapper une médaille, qui porte d’un côté ses armoiries, et de l’autre une inscription avec ses noms, titres et fonctions.
La garde-noble a son poste au palais de la Consulte ; un second, composé de gendarmes, se tient au bas de la montée du Quirinal, et un troisième, formé d’un détachement d'infanterie, près des quatre fontaines. La garde suisse veille aux portes du palais. |
VII Outre les troupes qui gardent les abords du conclave, il en est d’autres qu’enrôle la municipalité. Aussitôt après la mort du pape, le sénat choisit dans la noblesse le capitaine de la milice du peuple romain, qui se compose de deux cent seize soldats et est licenciée à l’élection du nouveau pontife. Elle a pour officiers, un enseigne, nommé par le camerlingue, deux sergents, neuf caporaux, un fourrier, un adjudant, un chancelier, plus deux tambours pour conduire la marche. Le sénat nomme épgalement ceux.qui feront partie des patrouilles de nuit, étant autorisé pour cela à prendre, au besoin, un homme par chaque maison, et afin de mieux assurer la tranquillité de la ville, il ordonne à tous les chefs
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de famille de tenir une lampe allumée à leur fenétre, précaution qui, de nos jours, devient inutile par suite de l'éclairage au gaz. Pour l'entretien de cette milice, le sénat reçoit de la Chambre apostolique, : tous les dix jours, une somme de sept cents écus, et dix-sept sont alloués, pour le même temps, aux treize chefs des régions. Le quartier général est établi au Capitole, au-dessous du palais des conservateurs. D’autres quartiers de moindre importance sont disséminés dans les quatorze régions de Rome, afin de faciliter les rondes de jour et de nuit.
La garde du Ghetto et des ponts Sixte, Quattrocapi et Saint-Ange, appartient, en vertu d’un ancien privilége, à la noble famille Mattei, qui, à cette occasion, équipe un corps de troupes et lui donne un uniforme particulier.
Le sénat a encore droit de tirer de leur prison les condamnés coupables seulement de délits peu graves et qui sont actuellement détenus au château
Saint-Ange.
VIII. Le Majordome du palais apostolique !, en sa qualité de gouverneur perpétuel du conclave, veille à l’intérieur et désigne successivement les prélats qui, au nombre de huit, doivent surveiller les tours
1. De tous les prélats qui exerçaient une charge à la cour ” pontificale, trois seulement sont maintenus, parce qu'ils ont été préalablement nommés par bref : ce sont le majordome, le sacriste et l’'aumônier.
pratiqués en plusieurs endroits du conclave pour la communication avec le dehors. |
IX. On nomme conclavistes ceux qui, conjointe- ment aux cardinaux, ont entrée au conclave. Ils sont au nombre de deux pour chacun, ordinairement l'un ecclésiastique, l’autre laïque, et faisant partie, au moins depuis un an, de la maiïson du cardinal, mais ne pouvant être ni ses frères ni ses neveux, pas plus que marchands, ministres des princes ou . seigneurs de la juridiction temporelle. Une fois sortis du conclave, soit pour cause de maladie, soit par suite de la mort du cardinal qu’ils assistent, ils ne peuvent plus y rentrer. Ils jouissent de nom-— breux privilèges que les cardinaux, en entrant au conclave, jurent de maintenir. Clément VIII fut le premier qui, à la suite du conclave où il fut élu, donna, le 9 novembre 1592, la constitution Æquitati consentaneum, dont voici les principales dispcsitions : |
1. Les conclavistes sont vraiment les familiers et les commensaux habituels du pape.
2. Ils ont le titre de comtes du sacré-palais de Latran et sont déclarés nobles de quelque ville des États de l'Église qu’il leur plaise de choisir, sans qu’on puisse établir de différence entre eux et ceux qui, nés dans le pays, ont une très-ancienne noblesse. | : à |
8. Ils jouissent de tous les priviléges des protonotaires participants du Saint-Siége, quoiqu’ils n’en aient ni l’habit ni le rochet.
4. Ils sont exempts du payement des décimes, péages, subsides, gabelles ou toutes autres charges tant ordinaires qu’extraordinaires.
5. On leur remet les fruits ecclésiastiques qu’ils devraient avoir restitués pour l’omission des heures canoniques, et la dispense pour l’inhabileté contractée dans la célébration des messes ou des divins offices, étant liés par les censures, pourvu que ce ne soit pas au mépris de l'Église.
6. Ils sont rendus habiles à toutes dignités et honneurs, lors même que leur naissance serait illégitime, à la suite de n’importe quel commerce illicite, excepté avec un prêtre.
7. Ils sont dispensés de porter l’habit ecclésiastique et la tonsure, quoiqu’ils jouissent d’un bénéfice simple, pourvu qu’il ne soit pas supérieur à ‘cent ducats d'or de la Chambre.
8. Toutes les grâces, provisions, commendes et tous autres brefs et bulles leur sont expédiés gratis.
9. Ils sont habiles à toutes sortes de pensions, surtout les bénéfices ecclésiastiques, avec ou sans cure d’âmes, dans n'importe quel ordre, même de Jérusalem (ordre de Malte). |