‹ Le confesseur: par l'abbéChapitre 21 sur 21 · COLÈRE DU MOINE · texte numérisé non relu

COLÈRE DU MOINE

— Eh bien, mon cousin, dît alors madame de Savinières, ne retardez donc pas à présent le bonheur de Louis et celui de Marie ; ces enfants s'aiment, ne les séparez pas.

— Soit, dit M. Deville ; que les deux mariages se fassent le même jour.

Et il prit la main de sa fille pour la mettre dans celle du comte de Savinières.

— Marie, dit le jeune homme, avant de toucher cette main qui m'est offerte, il faut que vous et votre père connaissiez toute ma pensée. 'Marie, quand je suis arrivé à Paris, il y avait encore dans mon cœur un reste de foi catholique : cette foi, je ne l'ai plus; je ne suis pas même chrétien. Selon les idées du père Jérôme, je suis un impie. S'il en est ainsi, à lui seul en est la faute. Marie, vous êtes depuis huit mois sous la direction de cet homme : jusqu'à quel point tient-il votre âme enveloppée dans sa robe maudite, je ne le sais pas/ mais ce que je sais, c'est qu'il vous faut choisir entre sa doctrine et la mienne. Ce misérable moine a brisé pour jamais le bonheur de votre père, le nôtre, car tous nous aimons cette touchante victime d'un stupide directeur. Je ne veux pas, Marie, que ni lui ni d'autres viennent se placer entre vous et moi. Jamais prêtre ne me verra à ses pieds, jamais je ne souffrirai que ma femme se confesse. Marie, voulez- vous encore être à moi?

— Oui, dit Marie; oui, le père Jérôme a tué rintelligence de ma pauvre mère; dans mon âme, il a tué la foi. Gomme vous, Louis, je ne suis plus ni catholique ni chrétienne,

— Et si je me faisais solidaire, Marie?

— Je serais solidaire avec vous.

— Mon cher Savinières, dit tristement M. Deville, il y a un an, d après une semblable professibn de foi, je vous aurais refusé ma fille. Aujourd'hui, je suis moi-même trop ébranlé dans mes convictions pour me montrer sévère envers vous. Oh! mon cher abbé Gourbon, il y a un an, nous étions tous heureux, tous croyants. Ce moine, qua-t-il fait de notre bonheur? Qua-t-il fait de notre foi?

— Nous guérirons ma mère, dit Laurejice; Fabbé Gourbon se fera l'apôtre de ces deux âmes que le fanatisme du père Jérôme a enlevées à Dieu, et le bonheur et la foi reviendront.

— Écoutez la voix de cette enfant, dit Tabbé Gourbon à M. Deville; Dieu vous parle par sa bouche. Le christianisme fait une vertu de l'Espérance. Espérons!

— Je vous le disais à Paris, mon cher Villaret, continua l'abbé Gourbon, la direction tuera la confession, elle tuerait le christianisme, s'il n'était pas immortel. Gest aux hommes de foi dans la parole du Ghrist, d'espérance daD& un radieux avenir d'amour pour la grande famille

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