OROGRAPHIE
Les divers travaux qui ont été publiés sur la géographie physique de l'Etat du Congo depuis 1897, époque à laquelle a paru la première édition de cet ouvrage, ont eu pour résultat de conûrmer le bien fondé de la classification rationnelle qu'avait adoptée son auteur.
Rappelons que, rejetant la division du bassin en trois terrasses séparées Tune de l'autre par des chaînes de montagnes, il faisait appel aux données de la géologie pour établir le groupement des hauteurs importantes
A cette époque déjà, l'auteur s'était largement inspiré de belles études de géographie physique du Congo, publiées par M. Cornet, professeur à l'école des mines de Mons, à la suite de ses voyages. Depuis, le savant géologue a continué ses travaux sur cette importante question et nous avons puisé dans ses intéressantes publications de précieux renseignements.
A l'origine, dit la géologie, l'Afrique faisait partie du continent de Gondwana qui s'avançait au loin dans l'Atlantique à l'ouest et embrassait l'Inde et peut-être l'Australie à l'est. Ce continent avait sans doute comme dorsale principale une chaîne qui, partant de l'est du bas Nil, se prolongeait par l'épais plateau des monts de l'Est africain allemand et s'infléchissait ensuite vers le sud en suivant la crête actuelle du Congo-Zambèze.
Cette chaîne, qui bordait ainsi dès le début le bassin du Congo sur deux de ses faces (est et sud) fut ensuite arasée presque partout par l'action des éléments atmosphériques, tandis que des plissements ou des éruptions postérieures donnaient à d'autres reliefs une plus grande importance.
Mais il est certain que cette communauté d'origine des parties orientales et méridionales de l'Etat n'avait pas été sans leur donner une analogie d'aspect que nous constatons encore aujourd'hui.
De la courbe de 600 mètres aux frontières nous voyons le sol s'onduler assez fortement et monter progressivement vers les régions montagneuses : ce sont les rives de l'ancienne
grande mer intérieure, non pas de celle qui allait jusqu'aux Monts de Cristal, mais de celle qui devait s'étendre vers l'ouest bien au delà de ceux-ci et à laquelle nous devons les dépôts de grès rouge que l'on constate sur la partie occidentale de ces monts. C'est cette région ondulée que nous nommerons la région supérieure.
Le fond de la grande mer était sans doute sillonné par des chaînes de montagnes importantes qui provoquèrent, selon toute probabilité, le même phénomène qui se produisit plus tard dans le bassin du Congo lui-même, c'est-à-dire que, pendant l'assèchement, les Monts de Cristal cessèrent d'être immergés sous les eaux et déterminèrent la mer intérieure du bassin du Congo. Plus tard l'affaissement général vint donner approximativement à l'Afrique son contour actuel.
Nous sommes donc amenés à distinguer deux nouvelles régions :
1° La région côtière, comprenant les Monts de Cristal, qui pour avoir la même composition que la crête Congo-Zambèze, n'en doit pas moins être considérée séparément,''puisqu'elle n'était qu'une chaîne secondaire du grand continent ;
2^ La région centrale, qui embrasse cette zone où les eaux, ayant séjourné le plus longtemps, ont reconvertie grès blanc d'un épais dépôt et donné au sol une uniformité absolument caractéristique.
La REGION SUPÉRIEURE*
La ligne défaite Congo-Zambèze a été étudiée d'après Cornet et le commandant Lemaire. Le géologue et l'explorateur ont coupé cette ligne en des points différents, et c'est ce qui explique leurs divergences de vues.
Le premier a trouvé à la ligne de partage un caractère d'indécision, un manque de netteté absolus; le second, partout où il recoupe ce qu'il appelle pittoresquement la a dorsale du commerce » , n'a aucune hésitation : toujours la ligne de partage est nettement caractérisée, bien que souvent on n'y rencontre pas de relief marqué (Commandant Lemaire. Observations entre le 27« degré de longitude est et le lac Dilolo. Belgique coloniale^ 1900, p. 804 et suiv.). La hauteur des monts Irumu (1,700 mètres) est donnée d'après Wallace. Geographical Journal, 1907.
En ce qui concerne les massifs du Katanga, nous avons fait un large usage de l'ouvrage de Cornet : Les dislocations du bassin du Congo (L Le Graben de l'Upemba. Extrait des
Annales de la Société géologique de Belgique^ t. XXXII. Mémoires, Liège 1905).
Les plissements schisteux des monts Kijika-Luelo, qui
ridèrent le sud de l'Etat à l'époque primaire, prolongés par
la chaîne granitique appelée par le géologue t Monts Bia »,
\\ avaient formé avec la grande dorsale et dans l'angle du
! j Katanga actuel un véritable golfe.
! *. Le grès rouge qui s'y déposa par la suite constitue un bloc
I ^ résistant qui eût été aplani depuis longtemps si des phéno-
^•. mènes de dislocation n'étaient venus rendre à ce pays le
i|^ relief accidenté qu'il accuse encore de nos jours.
Les récentes études faites par M. le professeur Cornet ont mis en lumière la large part qu'il faut accorder aux phénomènes de dislocation dans la constitution des massifs montagneux du Katanga. Nous avons eu soin de nous en inspirer. C'est longtemps après le dépôt du grès rouge, au début de la formation du grès blanc peut-être, que se formèrent la grande crevasse du centre africain, les crevasses secondaires du Katanga et leurs chaînes bordières.
Dès lors, peut-on faire du relief montagneux qui va des environs de la ligne de partage Congo-Zambèze aux Virunga et même à la crête Congo-Nil une seule et même chaîne? Nous ne le croyons pas.
Nous n'avons donc pas cru pouvoir assimiler à une seule chaîne les couches schisteuses et granitiques de la bordière occidentale et les dépôts sédimentaires de la majeure partie des Mitumba. Les premières sont nettement redressées (pendage au Mont Rumbi 450 Diderrich), tandis que les seconds sont des couches horizontales dont la tranche s'observe sur tous les massifs de la région.
C'est ainsi que nous sommes conduits à étudier dans la région supérieure deux systèmes montagneux : le premier, celui de la grande crevasse; le second, qui embrasse les massifs du Katanga. Nous rattachons accessoirement à ce dernier le vaste plateau de Lunda qui ne peut être négligé. Dans l'appendice de l'édition précédente, l'auteur proposait de rendre aux Mitumba la limite que leiu* assignait Reichard dans son étude : Bericht ueber die Reise nach Urua und Katanga (Mittheilimgen der Afrik. Gesellsch. in Deutschland j ; i885). Band IV. Heft 5, p. 3o3.
Iî'' Nous avons adopté cette manière de voir d'une façon
définitive en donnant comme Umite septentrionale à cette chaîne un point situé à hauteur du cap Tembwe, et, en
l'absence de noms locaux relevés par les explorateurs, nous avons adopté pour la bordière ouest du Tanganika l'appellation de Chaîne occidentale du Graben,
Les différentes altitudes dont il est fait mention dans l'étude de la grande crevasse sont puisées en majeure partie aux sources suivantes :
Capitaine Hermann, Mitiheilungen von Forschungsreisenden und Gelehrien. Band XVII. Heft i (Berlin 1904).
Cependant nous n'avons pas accepté les chiffres qu'il donne pour la partie ouest de la grande crevasse, ceux-ci ayant été trouvés beaucoup trop élevés par le commandant Bastien auquel nous devons de précieux renseignements sur la région du Kivu ; ce renseignement nous a d'ailleurs été pleinement confirmé par le capitaine Hennebert. Si certains explorateurs renseignent des chiffres plus élevés (von Gôtzen 2,700 m.), ce sont là des hauteurs isolées, mais la chaîne elle-même ne semble guère dépasser 2,000 mètres.
En ce qui concerne les volcans du Kivu, nous avons adopté les chiffres du capitaine Hermann.
Le Ruenzori est, au dire du duc des Abruzzes, une véritable chaîne ; aussi avons-nous renoncé à la dénomination de massif qu'on lui donnait jusqu'en ces derniers temps, pour adopter celle de cet explorateur auquel nous empruntons d'ailleurs les quelques lignes qui se rapportent à ce sujet {Geographical Journal).
A. B. Fisher, L Uganda occidental ^ a été consulté également.
Les monts Misosi-ya-mwezi, d'après Max Moisel cité plus haut et dont nous avons utilisé la Karte von Deutsch Ost- Afrika (Berlin 1907).
Le major E. Wangermée (Voyage au Congo par Mombasa; Cercle africain) et Hermann nous ont fourni des matériaux pour la rédaction de la partie qui a rapport aux monts Vinmga.
Quant au plateau Congo- Nil, que nous avons étudié surtout d'après Ch. Lemaire (Mission scientifique Congo-Nil), nous le mentionnons moins pour son importance orographique que pour signaler l'existence, vers le nord, d'une ligne de faîte analogue à celle qui sépare au sud le Congo du Zambèze, crête qui représente le dernier vestige de massifs élevés. L'altitude du mont Pisga est donnée par Stanley : 1,400 mètres.
En avant des grandes chaînes nous avons signalé les
reliefs remarquables. Nombre de renseignements concernant rUele sont puisés dans le compte rendu de M. G.-F. Preumont à la société R. G. S. of London; le capitaine Bon de Renette nous a fourni sur cette région des renseignements d'autant plus précieux qu'il y a résidé pendant de longues années.
Ayant déterminé les hauts reliefs de notre région supérieure, nous en avons assuré les limites inférieures vers le nord, par une ligne qui correspond assez bien à ce banc pierreux que signale Wolf sur tous les affluents du Congo vers 5^3o' de latitude sud et au changement radical d'allure du sol qu'a remarqué Cornet au delà de la faille de Kashimbi (Les dislocations du bassin du Congo).
La faille de la chute de Wolf, par J. Cornet (Annales dé la Société géologique de Belgique, Liège 1907), vers louest par une ligne longeant le Lualaba, ligne qui correspond à la limite entre les sites montagneux de l'est (lieutenant Henry) et les pays plats de l'ouest (Hodister).
La région centrale.
La hauteur de 460 mètres donnée au seuil Ubangi- Gribingui est approximative et basée siu* les observations absolues de la mission Foureau-Lamy faites en deçà et au delà : Fort Crampel sur la Nana (438 m.) et Fort-Sibut sur la Tomy, affluent de la Kemo (442 m.) (Documents scientifiques de la mission saharienne. Paris igoS). A part cela, l'étude de la région centrale, pas plus que la description orographique de la RÉGION CÔTIÈEIE, ne diffère sensiblement de celle de l'édition précédente de cet ouvrage.
Cartes. Carte hypsométrique. L'Afrique, de par la forme généralement tabulaire de ses montagnes, se prête bien à la représentation du relief du sol par les courbes de niveau. C'est ce qui nous a engagés à figurer l'orographie de TEtat du Congo d'après ce système.
Les courbes choisies ont été celles de 200, 5oo, 600, 1,000, 2,000, 3,000 et 4,000 mètres.
La troisième courbe (600) présente l'avantage de délimiter à peu près la région supérieure.
En l'absence de cartes topographiques nous avons dû agir comme suit :
Prendre les altitudes observées qui se rapprochent le plus de la côte cherchée, au-dessus et au-dessous de celle-ci; déterminer d'après ces chiffres et en supposant le sol incliné
régulièrement entre les deux points, la côte ronde ; réunir enfin ces points de côte ronde par une courbe s'infléchissant suivant les mouvements de terrain indiqués par les explorateurs (i). Lorsque les chiffres donnés par ceux-ci sur leurs cartes ne correspondaient pas avec leurs tableaux altimétriques, nous avons adopté les chiffres de ces derniers.
Nous nous sommes servis des levés topographiques des différents chemins de fer construits ou étudiés : chemins de fer des Cataractes, du Maynmbe, des gprands lacs (Stanleyville-Mahagi, par l'ingénieur Adam, et Stanlejrville-Ponthierville), du Bas-Congo au Katanga (ingénieur Passau).
Parmi les ouvrages et cartes consultés il y a lieu ae citer :
Pour le Bas-Congo : carte de M. Droogmans et itinéraire de M. l'ingénieur Diderrich.
Poiu: le Congo français : résultat de la mission Gendron, La Géographie f 1901.
Le nord de l'Ubangi, d'après le capitaine Julien, La Géographie ^ 1901.
Région des sources du Pozo et San Salvador : Chavanne, Reisen und Forschungen im alten und neuen Konkostaaie, lena