III DIVISIONS ET STATIONS
Le territoire du Congo belge est actuellement (1890) divisé en 12 districts, savoir :
Sur le bas fleuve, les trois districts de Banana, de Borna et de Matadi, désignés par leurs chefs-lieux ; le district des Cataractes, chef-lieu Lukungu, et celui du Stanley -Pool, ou de Léopoldville.
Sur le cours moyen et supérieur, les districts beaucoup plus étendus, mais moins explorés, de Y Equateur, de l' Ubangi, de Y Arouivimi, des Stanley-Falls et du Loualaba.
Dans le bassin du Kassaï, le district de Loulouabourg.
Enfin, le district de Nsobé, sur la rive gauche du Tchiloango] petit fleuve côtier.
Stations. — Les principales stations administratives, commerciales, hospitalières ou de propagande religieuse, établies par les Européens, sont :
1° Sur le bas Congo : Banana, Nemlao, Ponta da Lenha, Borna et Matadi, accessibles pour les bâtiments de mer ;
2° Dans la région des Chutes : Vivi, Isanghila, Manyanga, Lukungu, Lut été ;
3° Sur le haut Congo : Léopoldville, Kinchassa, Kimpoko (rives du Stanley-Pool), Kwamouth, Bolobo, Lukoléla, Equateurville, Bangala, Oupoto, Arouwimi et Stanley-Falls ; en outre, Nyangwé et Kassongo, bourgades arabes.
4° En dehors du fleuve, Loulouabourg et Louébo dans le bassin du Kassaï ; Mpala et Karéma, sur le Tanganika.
En général, les stations du Haut-Congo sont des points choisis à coté de villages nègres dans une position accessible aux vapeurs qui parcourent les fleuves, et avantageuse comme lieu d'échanges commerciaux.' Des baraquements servent d'habitation pour les blancs et leur suite, et de magasins pour les marchandises ; ils sont entourés de palissades comme les « bornas » ou villages fortifiés des indigènes, et parfois défendus par un blockaus ou fortin. Des soldats nègres sont à la disposition d'un chef choisi ordinairement parmi les officiers de l'armée belge.
Tl convient d'ajouter aussi que dans chaque station sont établis des commerçants ou des missionnaires catholiques et protestants.
Les stations du Bas-Congo ont naturellement plus d'importance que celles du haut fleuve, et les factoreries ou établissements de commerce s'y multiplient régulièrement. A Léopoldville, les constructions se font déjà en briques. Borna à d'importantes constructions en tôle de fer, qui sont à double paroi pour faciliter l'aération. Matadi, Borna et Banana ont de bonnes installations maritimes.
Voici quelques renseignements sommaires sur ces localités.
Banana se trouve sur une langue de terre basse et limoneuse, longue de trois kilomètres et située à l'embouchure du Congo, rive droite. Son port maritime, vaste et commode, est en arrière de cette pointe et s'avance du sud au nord à 3000 mètres dans les terres. Banana est le siège des administrations des postes ; il a un tribunal de lrc instance et cinq factoreries dont deux hollandaises, les autres, anglaise, française et portugaise. La population de Banana, comme celle de Borna et de Léopoldville, dépasse un millier d'habitants, nègres compris.
Nemlao, un peu en amont, est le siège d'une mission des Pères du Saint-Esprit.
Pontada Lenha (Pointe des Bois), dans une île à 50 kilomètres de Banana, est un groupe de factoreries hollandaises et anglaises. Plus haut, l'île Mateba possède l'importante factorerie belge et les fermes de M. de Roubaix d'Anvers. Le fleuve s'y resserre jusqu'à 1500 mètres en face de Fétiche Roc, mais il s'élargit de nouveau majestueusement en face de Borna.
Borna, à 100 kilomètres de Banana, est à la fois la capitale de l'État libre et l'Anvers du Congo, le port intérieur où arrivent les steamers européens et où viennent aboutir les produits indigènes. Borna-rive compte une dizaine de factoreries européennes avec la mission des Pères du Saint Esprit. A Borna-plateau, sur un monticule distant d'un kilomètre mais relié par un petit chemin de fer, sont installés le sanitarium du docteur Allard, qui avait figuré à l'exposition d'Anvers, et une église catholique construite toute en fer. C'est la résidence du gouverneur-général et le siège d'un tribunal d'appel.
Ikungula et Ango, factoreries portugaises ; Vivi, sur la rive droite, Noki (station allemande) et Matadi, sur la rive gauche, se trouvent en aval des Chutes et sont encore accessibles aux steamers, bien que les rives du fleuve soient déjà escarpées.
Stanley, avec le concours des officiers belges Nève, Harou et Braconnier, fonda la station de Vivi, en janvier 1880, et, dans la région des Chutes, celle à'Isanghila en février 1881, celle de Manyanga-Nord (rive droite) en août, et celle de Léopoldville en décembre de la même année. Depuis, une station de Manyanga- Sud a été créée pour se rapprocher de la route de Léopoldville.
Malheureusement, la navigation est interrompue ou rendue très difficile par les cataractes et les rapides entre Vivi et Tsanghila (sur une longueur de 80 kilomètres) ; elle peut reprendre péniblement entre Isanghila et Manyanga (longueur, 120
kilomètres), mais elle cesse de nouveau de Manyanga à Léopoldville (120 kilomètres).
Cette circonstance et celle de la cession de la rive droite du fleuve à la France entre ces deux dernières stations, ont rendu nécessaire un chemin de fer que l'on établit à travers les plateaux de la rive gauche, restée belge.
Matadi, située sur cette rive gauche en face de Vivi et à 180 kilomètres de Banana, est destinée à servir de tête de ligne au chemin de fer. En attendant, les transports se font à dos d'hommes pour le plateau de la rive méridionale, en passant par Loukoungou et Loutété.
Loukoungou, non loin de Manyanga-Sud, est un point de ravitaillement et de recrutement de porteurs, dans une région fertile, salubre et populeuse. Loutété domine un coude à angle droit que fait le Congo ; de là, la route des porteurs longe le fleuve jusqu'à Léopoldville en passant par des \illages nègres.
Léopol cl ville, à 500 kilomètres de Banana, est à la fois le « terminus » du chemin de fer à construire et le point de départ de la navigation dans les eaux du grand plateau central africain. Cette station est située sur une terrasse dominant de 20 mètres une petite baie au débouché occidental du Stanley-Pool, qui est à 280 mètres d'altitude.
Le Stanley-Pool ou « étang de Stanley » est un élargissement du fleuve de forme arrondie ; sa surface égale la moitié d'un département ; il renferme des îles, îlots et bancs de sable nombreux, couverts de grandes herbes, de papyrus, d'arbustes et de palmiers ; sa faune se compose d'hippopotames, de crocodiles et d'oiseaux aquatiques.
Sur les rives du Stanley-Pool se trouvent aussi Kinchassa, près de Léopoldville, dans une position avantageuse et sur une hauteur très salubre ; puis Loubïkou et Kindolo ; à l'est, Kimpoko, station de missionnaires américains protestants ; sur la rive droite, Brazzaville, devenu chef-lieu du Congo français, fondé en 1880 par M. de Brazza, puis St Joseph de Linzolo, avec une mission des Pères du Saint-Esprit.
Sur le Haut-Congo, rive gauche, il faut signaler :
Msouata, station de mission anglaise ;
Kwamouth, au confluent et sur la rive droite du Rwa, station de missionnaires belges (Berghe Ste Marie).
Bolobo et Loukoléla, organisées comme les précédentes, en 1882, par Stanley et Hanssens ;
Equateur ville, sous la ligne équinoxiale et au confluent du Rouki, organisée par Stanley et van Gèle en 1883, et confiée depuis aux missionnaires catholiques.
Sur la rive droite, désormais belge, se trouvent :
Mpona, au confluent de l'Oubangi ;
La station d' Eguateurville sur le Congo central.
Bangala et Oupoto, créées en 1883 par Stanley et Coquilhat. L'Arouurimi possède depuis 1889 un camp retranché, pour la répression de la traite des nèges. En remontant cette rivière en
1883, Stanley dut s'arrêter aux chutes de Yambouya, où en 1887, il établit son camp avant de partir pour le Haut-Nil.
Stanley -Falls, station créée par Stanley en 1884, dans une île en aval des Chutes qui portent son nom, fut détruite par les Arabes en 1887, mais rétablie bientôt après par Tippo-Tip, reconnu chef de ce district lointain.
Nyangwé, à 4° de latitude sud, est une bourgade arabe et un grand marché d'esclaves et d'ivoire ; elle compte, paraît-il, 6000 habitants. Elle fut visitée par Livingstone, Gameron, Stanley, et sert d'objectif à tous les voyageurs qui traversent cette région centrale africaine.
Kasongo, presque aussi peuplée et située au S.-E. de Nyangwé, est la capitale de Tippo-Tip.
Cazembé, à 1000 m. d'altitude, non loin du lac Moéro, est un grand village nègre et la résidence des « cazembés » ou rois de la région.
Sur la rive occidentale du Tanganika, Mpala est une station fondée en 1882 par le capitaine Storms, mais administrée actuellement par les Pères Blancs de N.-D. d'Afrique.
Sur la rive orientale du lac, Karéma, en face de M'pala, fut aussi une station belge fondée par Storms en 1882. Plus au nord, Ujiji ( Oudjidji) est une bourgade arabe célèbre dans l'histoire des explorations, ainsi que Tabora (Razeh) qui se trouve sur la route des grands lacs à Bagamoyo et Zanzibar.
Sur le haut Lomami, un second camp retranché surveille la traite des nègres dans la région de Nyangwé.
Dans le bassin central du Rassaï ont été fondées par Wissmann, en 1884, Loulouabourg, sur la Louloua, près de la frontière du Mouata-Yambo, et l'année suivante, Louébo, au confluent du Louébo avec la Louloua.