PREFACE
La France possède dans l'Algérie, la Tunisie, le Sénégal et le haut Niger, les éléments d'un immense empire Africain qui, un jour peut-être, s'étendra sans interruption des rivages de la Méditerranée à ceux de l'Atlantique et du golfe de Guinée, en atteignant, à travers le Sahara, Timbouctou, voire même le lac Tchad.
Ce vaste domaine couvrirait ainsi une surface de . 5 à 7 millions de kilomètres carrés, c'est-à-dire dix à quinze fois la superficie de la France elle-même.
De plus, grâce particulièrement au zèle persévérant d'un explorateur célèbre, M. de Brazza, elle a acquis également sur les rives du Congo central un territoire qui, ajouté à la colonie primitive du Gabon, compte déjà une superficie supérieure à celle de la mère patrie. Cet Ouest- Africain peut s'accroître indéfiniment dans le Soudan central, de façon à rejoindre peut-être, dans le bassin du lac Tchad, la partie principale de I'empire franco- africain, dont nous venons de parler.
C'est l'histoire du Congo français que nous voulons particulièrement retracer dans cet ouvrage ; mais comme elle se lie intimement à celle de l'État indépen-
dant du Congo, créé à la suite du traité de Berlin, il est nécessaire de reprendre les circonstances de la découverte même du grand fleuve par Livingstone et par Stanley, et celles de la formation de l'État libre lui-même.
Du reste, la France est intéressée à connaître la colonisation de cet Etat indépendant, car, comme le disait M. le baron de Courcel, délégué français au congrès de Berlin, « ses voisins seront les premiers à profiter du développement de sa prospérité, comme ils sont aussi les premiers à applaudir à ses succès. »
Bien plus, on verra qu'il existe une convention par laquelle la France deviendrait, après la Belgique, l'héritière préférée de l'Etat fondé par le roi Léopold II, dans le cas où celui-ci aliénerait un jour ces possessions, qui lui sont personnelles.
Quoi qu'il en soit, l'influence française s'étendra dans tout l'immense bassin du Congo, non seulement par les relations que les commerçants peuvent établir dans le réseau prodigieux de ses voies navigables, mais encore par la diffusion de la langue française, qui est celle parlée par les agents du Congo libre, comme aussi par les missionnaires français qui évangélisent déjà ce vaste pays, depuis le rivage de l'Atlantique jusqu'à la région des Grands lacs de l'Afrique centro- orientale.
Paris, 2 Février 1890.