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PARIS

de l'Art théâtral

par

Eugène Morel

Extrait de la Revue d'Arl Jr.im.tli.jiie, septembre 1900.

Publié par le C'omiti': international et permanent d'I^teiies tiiéatraeep ET MusirAEES, 3, ruc la Bienfaisance, Paris.

Il a été pour la première fois tenu un Congrès des ciioscs du théâtre. On avait laissé prudemment les questions d'art à la porte, et il n"a été fait nulle allusion à la littérature. La critique fit au Congrès l'honneur de ne pas y venir; seul Mendès, organisateur des Samedis populaires, vint présider le souper et annoncer la création d'un théâtre pour le peuple.

Il y a donc lieu de ne pas trop écouter les railleries qu'on a faites sur ce Congrès. Pour parler d'art — si l'on ne sait pas se taire — l'Académie, le Napolitain et les boulevards suffisent. Mais il y a une foule de questions qui se rattachent au théâtre, qui justifient la réunion de professionnels les plus variés, du médecin à l'électricien et de l'ouvreuse au directeur. 11 y en a — questions de droit, d'assurances, d'hygiène, etc. — qui rendent absolument indispensable au moindre progrès une entente ; et cette entente ne se forme que dans des Congrès ou façons de Congrès.

Ce Congrès-ci était d'ailleurs mal parti. Embarrassé d'un comité d'honneur imposant, — cinquante-deux gloires — il semblait devoir écraser d'avance les humbles propositeurs de motions et auteurs de communications, sans lesquels les Congrès meurent d'inanition. Les travaux effarouchés n'osèrent pas venir. Mais les membres du comité non plus. 11 s'en fallut de peu que ce fût un combat dans le vide, tous ayant pris la fuite avant même de se voir.

Quelqu'un sauva ce Congrès mort-né. M. Gabriel Lefeuvc

crut au Congrès. 11 affirma qu'il y avait là un tas de choses intéressantes, et de fait se donna tout le mal possible pour qu'il y en eût. Bref, il déploya une activité telle, qu'on ne peut la louer assez qu'en regrettant de ne pas la voir appliquée à autre chose.

Ce qu'il y vit surtout, c'est l'origine d une association pour travaux relatifs au théâtre, comprenant outre l'échange d'idées. Congrès variés, etc., la création d'un organe inteniationaL une Rci'iie d'art dramatique qui s'occuperait de théâtre et de tout ce qui se rattache au théâtre (publiée en plusieurs langues avec documents, etc.) — la création d'une bibliothèque documentaire théâtrale (comprenant les cinématographes, phonographes, etc.) — l'étude de toutes les questions juridiques (droits d'auteurs, droits des pauvres, etc.), s'occupant de faire aboutir, par tous moyens politiques ou financiers, les tentatives qui semblent dignes d'un essai de réalisation — constituant enfin, plus généralement que les sociétés d'acteurs, d'auteurs, de directeurs, contre elles parfois, une force, un moyen de pression et tribunal d'arbitrage à l'occasion, capable de balancer la puissance des associations spéciales, et de terminer leurs guerres — telles celles des auteurs contre les directeurs — par des règlements que justifiaient de sérieuses études en commun (i).

En attendant, M. Lefeuve a fait alfluer les travaux. Il y en a eu tant qu'il a fallu des séances supplémentaires, et je ne puis énumérer ici tout ce qui a été fait (2).

Je n'assistais pas à la première séance qui fut consacrée à la partie ornementale du Congrès. 11 y eut M. Claretie, M. Bernheim, et jusqu'à un prince italien. Tout cela fait très bien, mais tient beaucoup de place. Cependant M. Millet arriva à lire son rapport sur la construction des théâtres, la machinerie, la sécurité contre l'incendie.

Le second jour il y eut un rapport sur l'électricité, où M. Clémançon triompha sans concurrent. Ces lectures de rapports ressemblent à la lecture à voix pas très haute d'un manuel.

1. Le Cuinitc iiilcnLilimijl et pcniunent J'cluJcs i/icjl raies cl nitisiciles est en voie de formatiuii. Ecrire, J, rue de la Bienfaisance, puur y adhérer. Aucune cotisation, que celle des idées qu'on croit bonnes.

2. En attendant la publicaticm des travaux et procès-verbaux des séances, on trouvera dans le journal La Fronde (n"» du 3i juillet au 1 août), sous la signature de M'"" Jane xMi^me, un résumé très bien fait de ce qui a été dit

LE CONGRÈS HE i/aRT THEATRAL

Certes, nous apprîmes bien des choses, mais entendre - mal ce qui pourrait être lu attentivement, est une peine peu recom-

^''udiscussion tut plus instructive sur Tignifugeage, défendu avec chaleur par M. Horeau, s'il fut naguère attaque avec feu au Théâtre -Français. Protège-t-il pour ce qu'il coûte? Le Gong es fut invité à des expériences qui réussirent. M. Lepme fit igni-

fuger l'Exposition. '

M Clémançon demande le remplacement des toiles, des codages, des bois, par du métal. Du moins, cela sera.t poss.b e pour les frises. Presque tous les incendies de théâtre on debuté par les frises. Comme lui, M. Gosset demainde surtout des toits légers, qui brûlent vite, s'ils doivent brûler. La flamme sort p.ir là, et le public sort p.ar les escaliers.

Pour qu'il sorte plus vite, M. Morlet débarrasse la salle des fauteuils qui l'encombrent. Dès que le public se lève, les fauteuils s'évanouissent ; siège et dossier, tout se rab^rt. E c es solide ; on est bien assis dessus. - La commission des theaties na pas approuvé ce fauteuil. Loin de lavoriser la sortie, .1 I empécher.ait Le public non canal.sé (sic) p.r l'allée du milieu sortir.ait en tous sens, se heurterait aux baignoires ! Vraiment.^ le crois qu'il les escaladerait. Cette idée n'est pas venue, mais on a remarqué que l'allée du milieu n'existe que dans très peu de théâtres En tout cas. incendie à part, il serait commode ck .a.ner sa place sans déranger le monde. Le fauteuil Mode assure la circulation en tout sens aux places non occupées. Et quant aux baignoires, il n'y a qu'à les supprimer. Mais n'assurent-elles pas un petit profit spécial ? M Eisenman, un des plus brillants de ces Allemands qui nous rapportent, conservé int.act, avec très peu d'accent, I esprit p^uisien exporté autrefois, flétrit l'usage des t;a.gno.res^ iir.™rales qui tiennent la place de ces parterres debout, ou vont les étudiants et les militaires en Allemagne. O parterre debout, où l'on écoute religieusement ! En Allemagne, oui. En Italie ce parterre-là tait autant de bruit que le promenoii de

l'Hippodrome. . , ,,^-

M 011er vanta son Olympia. Ne méprisons pas les musichalls! Ils ont des ventilateurs de huit et douze chevaux, un en

haut, un en bas. La fumée est comme enlevée de la bouche même des spectateurs ; si l'âme s'y contamine, les poumons sont indemnes. Le théâtre où Ion respire l'air le plus pur, c'est l'Olympia !

La question de la rampe a été effleurée. 11 a été parlé de l'éclairage par côté chez Sarah-Bernhardt et Antoine. Mais est-ce là le dernier progrès ?

M. Porel a pris la présidence de la section de mise en scène. M. Oppenheim a lu le rapport. Ils ont dit longuement qu'ils n'avaient rien à dire. Pas un travail n'avait été apporté. Cela s'explique ! Ceux qui ont à disserter sur cette question : comment mettriez-vous en scène le Tay^ufe ou Anciromaque? — question posée par le programme — réserveront leur travail pour une académie de province qui, au moins, donne des prix. 11 n'y avait pas à congresser là-dessus. Seul, le commissaire du gouvernement pouvait aborder des sujets si généraux. MM. Bernheim, Porel, se sont félicités, refélicités. Antoine a failli s'en mêler. On a fait l'éloge du théâtre allemand. Des machinistes nationalistes ont protesté.

La quatrième section (questions générales) a absorbé les trois quarts du Congrès. M. Lefeuve, rapporteur, ayant entendu son rôle à sa façon, et s'étant moins occupé de rapporter que d'apporter, les travaux ont afflué. Moins pressé par le temps, il eût constitué une immense enquête sur les questions les plus diverses qui peuvent toucher au théâtre : législation, retraites, théâtres populaires ou à bon marché, desiderata du public, etc. On n'a eu que des indications, utiles parfois.

11 y a eu des travaux sur les théâtres à côté. Ils se meurent, on le sait. Ils se meurent d'avoir trop réussi. Ils ont trop bien joué, ont habitué le public à voir de vrais acteurs, et par là se sont créé à eux-mêmes une difficulté devenue presque insurmontable et ont abandonné, quant à l'interprétation, leur rôle de théâtre d'essai. Bien d'autres raisons aussi : la constitution d'un public spécial et gratuit est une des plus graves. M. Houry s'en désole, mais sans indiquer le bon remède. En voici deux que je crois mauvais : M. AUard demande des concours. Mille spectateurs jugeraient. Ils jugeraient mal ; mais cela les amuserait peut-être de juger. M. Carvalho demande un prix de Rome

théâtral. Rome ! A la rigueur, ie verrais un « prix de Paris » pour les étrangers.

M. Mortier demande la création d'un théâtre poétique spécial. 11 développe avec éloquence les mérites de la poésie, de celle qui vole très haut. Je crains que L'Aiglon vole assez haut pour le plafond de la Chambre et que la subvention demandée ait peu de chance d'être votée.

M. William Marïe voudrait placer de l'archéologie, faire jouer comme on les jouait Racine, Shakspeare, etc. Cela pourrait amuser, quelques instants, à un anniversaire.

M. Prost a fait voter d'enthousiasme un vœu qui ne m'enthousiasme pas. Le « Souvenir français » sera la Sabretache dramatique. Il entretiendra des tombes. 11 conservera des perruques, des pots de fards. 11 repassera aux générations futures les reliques qu'elles n'ont pas pu aimer. Il donnera une froideur officielle et des discours d'arrivistes à de petites superstitions mortuaires, qui n'ont d'autre mérite que de consoler un peu — et de cultiver — des peines secrètes.

Après la mort il a été parlé de l'enfance. On a créé des écoles foraines pour les environs de Paris. Mais les petits roulottiers de province n'en ont pas. Hélas ! les demoiselles de l'Opéra se sentent déjà tellement fonctionnaires qu'elles ne se croient pas astreintes à la loi sur l'enseignement obligatoire. Ces pauvres rats n'ont pas un A B C à ronger. Exact ! Le Congrès émet le vœu que les danseuses apprennent à lire.

Lugné-Poë, dans un rapport, demande qu'aux écoles d'arts et métiers on joigne une ou plusieurs classes spéciales pour futurs machinistes. Lugné-Poë, qui si souvent a dû monter de grands spectacles sans grand argent, et déroger aux lois héréditaires de la machinerie, a dû souffrirdu machiniste qui ne peut pas, mais absolument pas, planter un clou à droite si « on le met à gauche». Ces anciens serruriers poussés au théâtre pour frôler des femmes sont pourris de cette routine, de cette sorte d'esprit administratif dont l'ouvrier parisien est si généralement atteint. Les machinistes étrangers savent mieux leur métier, et leurs connaissances étant plus « larges » que leur besogne stricte, ils ont moins de peine à innover, ne sont pas des ânes ahuris devant la moindre nouveauté.

Et les comédiens, doit-on les instruire ? Les plus ignares sont les plus fiers de la connaissance de leur métier. Mais outre les années qu'il demande à apprendre, ce métier, et les années qu'il faut à un bon acteur pour le désapprendre, y a-t-il de quoi faire un enseignement au comédien? — Eh! oui! On peut s'instruire de bien des choses à côté. Histoire, costume, draperie, physiologie dans ses rapports avec l'expression. Certes l'art d'un Novelli est f^iit d'études précises, d'observations sur des vivants, de lecture délivres médicaux, d'un tas de notions dont pas un mot n'est dit au Conservatoire. D'ailleurs les élèves ont trois ans à passer là, on pourrait bien leur y enseigner quelque chose ! Ce n'est pas une nécessité, soit ! Mais, comme l'honnêteté pour les femmes, c'est un droit qu'on peut reconnaître ! M. Darmont croit tellement, lui, à la nécessité pour l'acteur d'être savant qu'il propose un système d'enseignement considérable, dix-huit cours ! 11 exige un examen physique pour y être admis.

Au point de vue de l'enseignement, les cinématographes et phonographes ont de l'importance. 11 y a eu diverses communications sur ce sujet (MM. Lefeuve, Dorchain, etc.). On a parlé d'un musée théâtral dont ces appareils seraient la base. Ces instruments sont loin de donner aujourd'hui un vrai plaisir esthétique, mais ils renseignent. Saint-Saens disait avoir modifié grandement son jeu dans un morceau donné après l'avoir écouté au phonographe et s'être aperçu que lui-même ne le jouait pas du tout dans le mouvement qu'il croyait. Mais surtout le cinématographe permettrait l'observation des mouvements expressifs. Je parle, bien entendu, d'observations sur la vie et non sur les acteurs. M. de Rochas ayant mis la main sur une somnambule merveilleusement suggestionnable, a écrit tout un livre et pris un cent de photographies sur les diverses expressions qu'il suggéra à son sujet. Helas ! la pauvre fille n'a, dans son sommeil, retenu que les émotions éprouvées au café -concert, et se croyant Jeanne d'Arc ou la Russie, prise d'héroïsme, elle agite un drapeau avec tant de grandeur, qu'elle doit prendre son magnétiseur pour une rampe allumée. On a parle de Darwin et de Duchesne, de la notation graphique du geste, des théâtrophones pour malades, des cures musicales et des essais de M. 'Weiller sur le transport de la vue à distance. . . — tout cela en une séance de bon tra-

vail matinal, bien conduite par M. Adcrcr, qui s'entend à ce rôle utile de s< mener le travail ■>>. séance sans discours, chaque rapport bref et résumant un travail présenté. — et les observations également brèves des spectateurs donnant une impression immédiate, souvent curieuse, apportant un fait oublié, une preuve nouvelle. M. Aderer s'est entendu à faire passer en revue, rapidement, l'énorme quantité de questions à étudier, et des Congrès semblables feraient d'excellente besogne, mais ils nécessitent de petits groupes, jamais plus de vingt personnes, une petite salle, et de petits bonnets, pas de gros.

Ainsi l'on a pu faire déîller la masse des desiderata du public, pour lesquels M. Lefeuve avait fait une enquête chez les abonnés de théâtre et envoyé des circulaires à tous les membres des grands clubs parisiens.

Malheureusement, épargner la plupart de ces ennuis au public, c'est souvent lui épargner le théâtre. M. Paul Breittmayer explique comment avec l'argent des ouvreuses, des marchands de billets, des programmes, etc.. on arrive à ouvrir des théâtres. Ce qu'on appelle « billets d'auteur ^"^ sont de simples billets de directeurs. S'ils avaient de l'argent ils s'en passeraient. Tout au plus a-t-on droit de grogner quand le chantage ou agiotage sur les places se passe dans un théâtre subventionné. L'Opéra est tenu à de la tenue. Quant au raccrochage sur la voie publique, la police n'a qu'à vouloir l'empêcher. La morale veut que le plaisir attende à domicile et n'accoste pas. Est-ce impossible? Les chemins de fer parviennent bien, malgré les trains de plaisir, à rendre presque nulle la vente des billets aller et retour ou à prix réduits ! 11 a été question d'une « bourse des billets de théâtre ». Ce serait rendre chronique un mal aigu. Pourquoi la location à prix égal ou même plus bas. qui réussit en Allemagne, ne s'implante-t-elle pas en France? Paris, qui a un métropolitain, pourrait s'habituer à savoir où il veut aller. Mais c'est toujours un peu, quoique de moins en moins, la tlânerie du « allons là, ou à côté, . . ou plus loin ! » qui promenait le badaud le long du boulevard du Crime, là où il y avait de la place ! — balade qui le fait toujours échouer, parce qu'il est trop tard, au caféconcert, qui est ennuyeux, mais n\ s'y trouve toujours ^"' et vous invite avec insistance.

lO LE CONGRES DE L'ART THEATRAL

M. Saugey, qui dirige le théâtre d'Alger, et y applique un système ingénieux de billets qu'il inventa, a réussi à s'entendre avec une Compagnie d'omnibus. Cela semble impossible à Paris. Non, jamais, à moins qu'un conseil municipal... C'est si difficile ! Voici : le guichet du théâtre, en même temps que le billet, débite des numéros d'omnibus. On téléphone à la Compagnie le nombre de numéros délivrés, et la Compagnie envoie des voitures en conséquence.

Je passe les questions d'assistance, le projet d'association des anciens élèves du Conservatoire de M. Lefeuve, la question des assurances en cas d'accident, du droit de saisie sur les instruments de travail des acteurs, costumes et toilettes de ville et bijoux compris ; celle enfin des engagements, des agences théâtrales, sur laquelle M. Jacques Landau apportait une étude documentée.

M. Courtelinc a envoyé un rapport, car il en a assez d'envoyer des bouquets aux demoiselles et d'arroser de pourboires des machinistes qui machinent mal. Il a raison ; et lui, qui gagne de l'argent, sait que ces menus fiais ont empêché de pauvres diables d'auteurs d'être joués.

Mais Grenet-Dancourt a protesté. Quand on sait s'y prendre, dit-il, cela rapporte, les bouquets. Il doit calculer mal. Un bouquet vaut vingt francs. Et à Cluny, quartier latin. . . Courteline a mieux vu ce qui était généreux.

Je regrette que le temps ait manqué pour discuter utilement la question des tournées, car l'avenir du théâtre en France est gravement engagé ici. Le Congrès s'est nettement coupé en deux, les uns regrettant les troupes fixes, les troupes locales — débarrassées d'usages odieux, tels que les débuts. Les autres se prétendent plus modernes en espérant tout de tournées bien organisées. Il a fallu arrêter net la grosse discussion imminente ; cependant le moyen terme se glissait déjà pour former une majorité : la troupe régionale, collective à plusieurs villes. Reims réussit à avoir une troupe qui rayonne dans la contrée. Il est bien difficile d'obtenir, de municipalités d'autant plus envieuses l'une de l'autre qu'elles sont plus voisines, des associations de théâtres, ainsi que l'on voit à Bonn et Cologne. Ces groupements devraient pourtant assurer une vie artistique à bien des

LE rONGRKS DR I.'aRT TIu'i.XTRA r. II

villes qui iVoiil pas de ihcàliv, ou plutôt qui en ont un où on ne joue jamais. Ht le Nord de la France a des villes si proches que des chariots en un jour transporteraient les décors.

Le Congrès a abordé la question des théâtres populaires. M. E. Morel avait fait un rapport d'ensemble sur cette question. De la première partie on n'a pas entendu un mot, et l'assistance fut, de confiance, sympathique. Mais c'est de la seconde, lue plus distinctement, qu'on ne voulut rien entendre. Proposer à des acteurs subventionnés ou qui se conservent trois ans dans l'espoir de l'être, de monter sur les planches d'un théâtre populaire !. . . Enfin, cela a toujours diverti un moment.

11 n'y a avait pas, d'ailleurs, abondance de travaux, et la Revue d'Art dramalique en a eu plus au concours qu'elle institua. D'ailleurs ce sont toujours des projets qui demandent de l'argent, beaucoup d'argent. J'attendais une adresse indiquée par l'un d'eux, pour demander que le Congres y allât en corps, mais rien : l'Etat. l'Etat! — L'Etat, il était là. solide, réjoui. M. Bernheim parle et écrit: mais pour écouter, il se rappelle qu'il est fonctionnaire, et devient sourd.

M. Gosset, architecte, propose d'en construire un pas cher, dans les 800 francs la place, A l'Opéra-Comique cela coûta plus de 2,000. xM. Scherl.de Berlin, ne taitpas leschoses si petitement. Il veut quatre théâtres, un au Nord, un au Sud... Est, Ouest ! C'est merveilleux. 11 y a des gares d'approche. Et cela ne coûte presque rien... au spectateur.

M"'*^ Thys apporte au moins une idée d'économie, c'est d'utiliser le Théâtre Populaire comme théâtre d'essai pour les auteurs, théâtre école pour le Conservatoire.

Enfin il y a eu un beau discours, et c'est M. Pottecher qui l'a fait. 11 nous a parlé de son Théâtre du peuple de Bussang, et nous y a invités. Et ce fut un peu d'éclaircie et comme un souffle d'air des campagnes vosgiennes, que d'entendre parler d'idées et de sentiments après tant de faits et d'intérêts, — et d'une chose qui existe après tant de projets qui se réaliseront peut-être !

On a émis un vœu pour que l'Etat favorise des entreprises semblables.

Oui. il devrait les favoriser, vs effectivement » selon les termes

12 (.F. ("0\GRi;S DF. I. ART TIIICATRAI.

du Congrès. Il prétend que c'est aux villes à s'oftVir des théâtres. Eh bien ! — proposition de l'escalier du Congrès — pourquoi l'Etat n'offrirnit-il pas une subvention faible, pas suffisante, aux villes qui voudraient faire un sacrifice complémentaire? L'Etat favoriserait les subventions des villes, et, pour très peu de chose, pousserait vers l'art des municipalités nombreuses : celles qui voudraient bien, mais ne peuvent pas tout faire, et celles qui n'y tiennent pas du tout, mais paieraient tout de même pour ne pas perdre l'occasion d'être subventionnées.

Et voilà ce qui a été fait d'art dramatique à l'Exposition universelle internationale de 1900. là-bas, dans une grande salle carrée, blanche, là-bas, au bout de la rue de Paris... — Roulotte, manoir à l'envers, boui-bouis, auteurs gais, acteurs tristes.

Enfin on a émis des vœux...

« Ce qu'on aurait dû faire, dit Antoine, c'est un théâtre modèle. »

Oui, « on » aurait dû. Faute de mieux on en a parlé, et ce Congrès, hâtivement organisé par MM. Aderer et Lefeuve, n'est pas seulement un de ceux où on a le moins perdu de temps ; il peut être le prélude d'études et de Congrès plus importants, plus efficaces.

VF.RSAlUI.r.P. l.MI'RIMr.Itll.S ( KRl', 5(). RIT. DUPLÏÏ.SSIS.

PN Morel, Eugène

2013 Le Congrès de l'art thé^tra!

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