‹ Le Congrès de la Baie Saint-PaulChapitre 13 sur 23 · UN ÉPISODE DU COXGKÈS · texte numérisé non relu

UN ÉPISODE DU COXGKÈS

Le Chauve et Libertin, avec Moravief

Pour partir attendaient Mous. Antoine LeBref.

Onze heures ! tous les quatre endossent la fourrure ;

Le signal est donné ; chacun prend sa voiture.

AU on board ! nous partons, ruais à rebours du vent,

Sans prévoir du péril le spectacle émouvant.

Il neigeait par monceaux ; tous les enfants d'Eole

Sifflaient, grondaient, hurlaient autour de la carriole.

Jamais vent plus horrible et plus épais brouillards

N'ont assailli la terre, au dire des vieillards.

Mais le Congrès le veut, triplons notre courage,

Et jurons d'affronter la tempête et sa rage !

Alerte ! avant ! partons ! Et puis cahin-caha,

Nous sommes dans Saiut-Eoch, ça va peu mais ça va.

Dorchester ! pont fameux qu'illustra Charlemagne,

Ouvrez, c'est le Congrès qui part pour sa campagne.

A ce mot de Congrès, le portier en éveil

Scrute chacun de nous, pour asseoir son conseil.

" Un frippon autrefois (*) passa par contrebande ;

" Il nomma le Congrès ; seriez vous de sa bande ?

" Lisez sur ce poteau son épitaphe en deuil :

" C'est ici qu'un grand nom gitan fonddv. cercueil."

Sans doute il entendait surcharger le péage Du gros sou d'autrefois, noté comme arrérage. Mais de suite un cinq cents lui tombe clans la main, Qui tourne la barrière et livre le chemin.

Enfin libres du pont nous laissons la rivière, Et sans perdre le temps, va pour la Canardière. Nous allons devant nous, ne sachant pas le mal Qui nous attend. Bientôt notre premier cheval S'enfonce et disparait, ne laissant sur la scène Que Le Chauve debout, comme un mat de carène, Annonçant qu'à la mer s'engloutit un vaisseau. 0 miracle ! o bonheur ! l'esquif revient sur l'eau ! Et Le Chauve enhardi navigue à la surface, Décide en un clin d'œil qu'il faut g itàet sa place. Compagnon et cocher lancés pftrdesSUâ bord,

(*) Charlemagu'. page p. 4. vers ."pic-rue. B

Le Chauve reste seul et pourvoit à son sort. Il se fait capitaine, et, par ce tour d'adresse, Doit quitter le dernier le navire en détresse.

Quelque soit le danger, il se sauve avant tout ; N'importe à quel naufrage, il surnage partout. Toujours lui ! voyez donc comme il se sacrifie Pour les chers naufragés ! Mais bien sot qui s'y fie !

Cependant pas à pas il se voit encombrer ; On croit à chaque instant que l'esquif va sombrer. Le vaisseau ballotté par le vent qui l'assiège Plonge, revient, replonge en l'océan de neige. Le terrestre marin tantôt penche à bâbord, Tantôt, suivant la vague, il se jette à tribord. L'ouragan cède enfin ; voiture, homme et cheval Triomphent, trois contre un, dans ce combat naval ! Le Chauve dégagé parvient à l'autre rive.

Mais que vois-je là-bas flottant à la dérive ? Cinq naufragés sont-là, qui, glacés jusqu'aux os, A peine respirant, luttent contre les flots.

Au secours ! Aussitôt sans avis ni requêtes, Arrive un escadron de plongeurs en raquettes Qui font pour les mourants des prodiges d'effort. Chacun saisit le sien et le ramène à bord.

Le Congrès est sauvé ; tous reprennent courage ; On repêche, ici, là, les débris du naufrage.

Qui n'est pas du Congrès doit garder la maison,

Ou ne sortir jamais qu'en la belle saison.

Témoins de nos malheurs, restez chez vous tranquilles :

Voyez où nous voilà ! trois heures pour deux milles !

Nous en étions rendus à l'asile des fous ;

Le plus sage eût été de nous y loger tous !

Du moins pour ce jour là les règles ordinaires

Nous auraient signalés : quatre bons pensionnaires.

Le reste du trajet se lit sans accident ;

Jusqu'au milieu des Caps aucun autre incident. —

Le second jour, lundi, nous étions en arrière ;

Il fallut malgré nous coucher à la barrière.

Nous arrivions à peine, et nos chevaux restés,

Criaient que pour le temps ils étaient trop lestés.

Pour être officiel, on tient conseil de guerre :

Comme en tous les conseils, on ne s'accorda guère ;

Le Chauve opina seul pour se rendre à Paul's Bay ;

Le reste décida de loger chez Tremblay.

Il était nuit; qu'importe au prudent capitaine,

Qui trouve en tout péril une porte certaine ! Le lendemain, mardi, nous filions au Congrès ;

Mais avant le départ il fallait voir aux frais.

Tant pour le pain, le beurre, et tant pour la barrière ;

Tant pour le foin, l'avoine, et tant pour la litière. Donc, combien pour chaque homme et pour chaque animal ? — " Vingt sous pour un chevaux, trente pour deux cheval"! La bourse en main, Le Chauve acquitte sans rien dire,

Puis se détourne un peu, puis pouf ! il part à rire !

Il faillit payer cher son trop d'hilarité !

L'hôtesse, une sagane, en sa rude fierté

Saisit un tisonnier, le brandit et le lance,

Ajustant l'insulteur, en lui beuglant : vengeance !

Fin voilier à tout temps, Le Chauve, vent debout,

Cingle à quatre-vingt nœuds, et pare ainsi le coup !

Le trait part, tourne, siffle, atteint, heurte, saccage

Tout ce qui fait obstacle à son libre passage.

Du gros Moravief il écorche le nez,

Qui par sa taille était l'un des plus fortunés.

Amoindri des trois quarts, ce nez. . . . quel dût il être !

Encore et tel qu'il est fait honneur à son maître !

Touché légèrement, l'élingué Libertin

Se dessèche de peur, en baisant le gourdin.

La longueur de sa taille à tel point s'est accrue, Qu'il est et restera synonirue de grue ! Le projectile enfin va frapper au menton Le raboteux LeBref ; et de là jusqu'au front Opère ces sillons, ce labour, ce hersage Qu'on observe partout, au pré de son visage !

Où donc était Le Chauve, auteur seul du conflit ? On le trouva bien loin caché derrière un lit ?

Nos aïeux s'écriaient : " Tout pour la Bépublique " ! Aujourd'hui, tout pour moi, telle est la politique ! Capitaine, ( l ) Le Chauve attendait le dernier ; Le Chauve, matelot, s'enfuit tout le premier. Il sait choisir sa place, en un danger suprême ; Il monte ou bien descend, au besoin, pour lui même. Tantôt il prend la chambre, et tantôt c'est le pont ! " Tel brille au premier rang, qui s'éclipse au second " !

Mais trêve de morale : et brossons les souillures De nos blessés ; voyons l'effet des meurtrissures. Après examen fait, sondage et pansement, Le conseil le décide, on part dans un moment. Préparez les chevaux — le Congrès nous appelle ! Vite ! plus de retard ! hâtez vous ! qu'on attelle ! Mais nouveau contretemps; impossible! jamais! Les chemins sont comblés I partout cinq pieds d'épais !

(2) Charlemagm , réponds: montrais-tu la fonçure

En passant chez Tremblay, tête en bas, sans toiture !!!

(3) Est-ce un autre forfait que, pour se défrayer, Le gardien de céans veut nous faire payer?

Non, ce n'est pas son fait ; mais c'est tout autre chose. La tempête et la neige en sont la seule cause.

( 1 ) Tnge 1R vers 13ème.

(2 ) Pag- i vers Sème.

. Page 17 vers 21ème,

Messieurs, nous dit Tremblay, ne partez que demain ; Il faut d'ici là bas lever tout le chemin ! — Tremblay, tremble de peur, ou trace nous la route ! Il faut partir de suite, et si cher qu'il en coûte !

Tremblay part et revient avec un traîneau neuf Qu'il fait tirer d'avant par un robuste bœuf. Le bœuf et le traîneau font un étroit canal ; On navigue assez bien en suivant ce chenal.

Quel trajet ! quels périls ! quel temps ! quelle équipée ! Mais sans le merveilleux, où serait l'épopée ? Terre ! terre ! hourra, a. a. a ! Le Congrès est ouvert ; Projets et documents sont sur le tapis vert.

Tous les Congrès du monde ont inondé la terre D'ordonnances, de lois ; toutes sont à refaire. Nous portons des édits, comme nos chers aïeux ; L'univers va toujours, pas plus mal, mais pas mieux.

Accusé, je dois dire un mot pour ma défence ; C'est court, mais c'est assez : Honni qui mal y pense ! Je suis peintre, je peint ; photographe, miroir, Je ne puis rendre blanc ce qui réfléchit noir. -

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