‹ Le Congrès des comptables français: Questions actuelles de comptabilité et dChapitre 2 sur 88 · IV PRÉFACE · texte numérisé non relu

IV PRÉFACE

Tout comme la philosophie, la comptabilité a ses positivistes^ mais la comptabilité pouvant devenir science exacte, il en résulte que ces positivistes ont tout à fait le pas sur les idéologues, c'est-à-dire sur les auteurs de systèmes fantaisistes conçus a priori ; sur les « illuminés, » comme les appelle spirituellement M. Eug. Léautey, caractérisant d'un mot cette étrange catégorie de rêveurs qu'on est étonné de rencontrer dans le domaine de l'^r et du chiffre.

Donc, ceux qui savent sauront mieux après avoir lu ce livre, car ils auront réfléchi, comparé, appris de nouveau; quant à ceux qui ne savent pas, ils seront tout étonnés de posséder une idée claire, très nette et très juste des procédés d'ensemble de la science des comptes. De plus, ils auront appris à se défier, à juste raison, de ce fatras de mauvais livres copiés d'ordinaire les uns sur les autres, purement théoriques d'ailleurs, qui infestent la librairie et font retarder Tenseigaeméat d'un siècle sur la pratique comptable.

Car, il faut bien le réconnaître, cet enseignement de la comptabilité, utilitaire entre tous, est resté dans un état frappant d'infériorité, comparé à celui des autres sciences ; aussi faut-il appeler l'attention des Ministres de l'Instruction publique et du Commerce sur l'urgence de sa réforme et sur les avantages que le pays retirerait de sa « popularisation, » — pour me servir du terme emplové par M. Eug. Léautey, — au moyen des écoles primaires elles-mêmes.

A une époque où la concuwence est d'une si prodigieuse activité, où produire et vendre à bon marché est la condition aine qua non du succès, il est devenu indispensable de pos- *séder'4es moyens de comptabilité rapides et d'une grande pré^On. Faute de la connaissance exacte de leurs prix de. révient, commerçants et fabricants marchent souvent à )ja ruine en se berçant des plus tron^peuses illusions. La France a entrepris depuis dix ans de réformer, de perfectionner, de campléter son outillage industriel, commercial 4t agricole ; eh bien, — dit Fauteur de ce livre, — la comptabilité n'est-elle pas, elle aussi, un outil précieux, un instrument de premier ordre qu'il serait dangereux de laisser s'émousser plus longtemps, auquel il faut au contraire s'ef-

PRÉFACK. Y'

forcer de donner toute la précision possible ? « Nous avons des ingénieurs éminents, des industriels habiles, nous n'arons pas assez de négociants^ » disait récemment M. G. Roy, président du tribunal de commerce, au banquet des Chambres syndicales. Constater le mal c'est demander le remède, d'ailleurs tout indiqué.

Il n'est pas plus difficile de former des comptables et des négociants que des ingénieurs, il suffit de ne pas vouloir plus former les premiers que les seconds au moyen d'abstractions pures ou de théories contraires à la pratique. Le remède est dans la refonte, — entreprise par des praticiens, — des programmes et des méthodes de l'enseignement commercial, ainsi que dans la multiplication des écoles sj^éciales secondaires et supérieures, lesquelles pourraient admettre, outre les fils de la bourgeoisie, nombre de boursiers, sujets intelligents des écoles primaires.

Mais surtout montrez aux élèves de l'enseignement commercial de vrais livres de commerce, de vraies écritures, de vraies opérations; de même que l'on montre aux élèves ingénieurs de vraies mines, de vrais ponts, de vraies usines, etc. Dès que l'art confine à la science, dès qu'il faut, outre le savoir, acquérir l'habileté pratique, définitions et explications ne valent qu'appuyées de la leçon de choses. On ne prépare pas de praticiens sans pratique, et il faut que cette pratique ne soit pas de convention. Tout cela est élémentaire, ou du moins me semble tel.

Bien évidemment un enseignement commercial basé sur des traités théoriques, écrits par des théoriciens étrangers à la. pratique des affaires, et donné par des professeurs qui ne sont ni des comptables, ni des commerçants, pe saurait avoir qu'une valeur relative très contestable. On fait enseigner la chimie par des chimistes, la physique par des physiciens, la médecine par des médecins, le dessia et la musique par des* artistes i&pécianx, et Ton trouve tout naturel, observe M. Eug. Léautey, de faire enseigner la comptabilité et la science du commerce par des professeurs de l'agrégat littéraire. Faut-il s'étonner, après cela, de la pauvreté des résultats ! Certainement il eût au moins fallu, et cela depuis longtemps.

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