‹ Le Congrès national de Belgique, 1830-1831Chapitre 106 sur 329 · DÉCISION DE LA CONFÉRENCE · texte numérisé non relu

DÉCISION DE LA CONFÉRENCE

quelques minutes auparavant; il n'y eut plus qu'un Jésir, qu'un vœu : inaugurer sans retard le chef de l'État pour sortir du provisoire. Telle était la signification réelle des acclamations qui accueillirent dans toute le Belgique l'élection du duc de Nemours.

Le lendemain, le premier devoir du Congrès fut de voter des remercîments à la garde civique de Bruxelles pour les services qu'elle avait rendus pendant la mémorable discussion sur le choix du chef de l'État. L'assemblée décida ensuite qu'une députation de dix membres, y compris le président du Congrès, serait envoyée à Paris pour annoncer au roi des Français la nomination de son fils au trône. Le Congrès désigna: MM. Félix de Mérode, d'Aerschot, Gendebien (père), Ch. Lehon, Ch. de Brouckere, Marlet, l'abbé Boucqueau de Villeraie, Barthélémy et le marquis de Rodes. Cette députation, disait un journal, rappelait la mission de Franklin allant demander à Louis XVI du secours pour les Américains du Nord; de Franklin que représentera si bien notre vénérable Surlet de Chokier avec ses longs cheveux gris, son visage austère, son allure franche, sa caustique bonhomie.

Les députés du Cougrès arrivèrent à Paris, le 6 février, ne doutant point du succès de leur mission.

11 était manifeste toutefois que, pendant six jours, les partis qui avaient divisé le Congrès s'étaient disputé deux impossibilités politiques. Si dès lors on avait pu percer le mystère qui enveloppait la conférence de Londres, on aurait su que déjà, par un protocole secret du l^"^ février, elle avait prononcé

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l'exclusion formelle du duc de Nemours. Sur la proposition du plénipotentiaire de la Grande-Bretagne, la conférence (sauf M. de Talleyrani, qui voulait attendre les ordres de sa cour) avait déclaré que, dans le cas où la souveraineté de la Belgique serait offerte à des princes des familles qui régnaient en Autriche, en France, en Angleterre, en Prusse et en Russie, cette offre serait invariablement rejetée (1).

Après le succès qu'il venait de remporter, Louis- Philipptf se détacherait-il de la conférence et braverait-il l'Europe? L'élection du duc de Nemours, quoique prévue à Londres, y avait produit une grande seDsation; mais les représentants des puissances ne tardèrent point à être rassurés. A peine les dépêches de Bruxelles furent-elles arrivées que la conférence se réunit, et le prince de Talleyrand déclara que le roi des Français persisterait dans l'exclusion à laquelle il s était associé (2).

Avant de suivre à Paris la députation du Congrès, nous devons rappeler le terrible épisode dont la rade

(1) Le môme jour, Talleyraad avait pressenti* le chef du Foreign- OflSce sur rélection éventuelle du due de Nemours ; lord Palmerston répondit qu*il la regarderaH comme l'union de la Belgique à la France ei que celle-ci aurait, dès lors, à considérer toutes les conséquences auxquelles Texposerait nécessairement une telle violation de ses engagements.

(2) Le désistement de Louis-Philippe avait été préalablement notifia au vicomte Granville à Paris ; le 4 février, M. Sébastiani était venu en personne informer rambassaieur d*Ângleterre que le télégraphe avait apporté la nouvelle de Télection du duc de Nemours, puis d'un Ion amical, quoique contraint, il avait confirmé le refus de Louis-Philippe.

t58 HÉROÏSME DE VAN SPEYCK

d'Anvers fut le théâtre le 5 février. La flottille de canonnières hollandaises, qui avaient pris part au bombardement d'Anvers, venait de quitter le port où elle s'était mise à labri des glaçons et de reprendre sa station devant la ville lorsqu'un des bâtiments, commandé par le lieutenant Van Speyck, perdit ses ancres et fut poussé, par un violent coup de vent, au Steendyk,sous les batteries du fort Saint-Laurent. Les efforts infructueux de l'équipage, pour éviter d'être jeté à la côte, furent aperçus du quai, et attirèrent sur ce point un immense rassemblement. Une compagnie de volontaires belges accourut, tandis que le navire touchait le rivage. Les uns se portèrent en avant pour en prendre possession, les autres pour protéger féquipage contre l'irritation du peuple. L'oflBcier commandant les volontaires ayant adressé quelques mots à Van Speyck, celui-ci les prit à tort pour l'ordre d'amener son pavillon, et il forma à l'instant la résolution désespérée de se sacrifier avec ses marins et son bâtiment plutôt que de se rendre. Accompagné d'un matelot, il entre dans la cabine, sous le prétexte de chercher ses papiers, ouvre la soute aux poudres, place un cigare allumé sur un des sacs, se met à genoux comme pour prier et attend sa destinée. Son compagnon épouvanté avait à peine eu le temps de remonter sur le pont et de se jeter dans la rivière, qu'une commotion terrible ébranla toute la ville, et un instant après il ne restait d'autre vestige de la canonnière hollandaise que quelques fragments épars, lancés sur le rivage ou flottant sur le fleuve. Trente

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