‹ Le connétable de Bourbon, 1490-1527Chapitre 237 sur 366 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

criaient : Victoria! Victoria! Espagne! Espagne! le roi est pris ' ! » Il se défendit de son mieux cependant encore, refusant de se rendre. « Estant par terre, dit du Bellay ~, fut de tous costés assailly, et pressé de plusieurs de bailler sa foy ce qu'il ne ne vouloit faire; et toujours, tant qu'haleine luy dura, se detïendit, encoresqu'ilcognust qu'il ne pouvoit résister à la volonté de Dieu ; mais il croignoit que, pour les querelles que desjà il voyoit entre les Impériaux pour le butin -^'j estant

\. Caplirilé, etc., p. 70. Le récit ne concorde pas avec celui de Guichardin (liv. XV, chap v), qui montre le roi pris par 5 espagnols qui ne le reconiuiissaienl pas, ce tiiii parait bien iniprol)able. Guichardin est d'ailleurs le seul à raconter les faits de la sorte. Le récit qui semble le plus juste est celui de Du Bellay.

3. Ce marchandage autour du roi de France, sur ce champ de bataille plein de morts, a quelijue chose de Shakespearien. — Voici les vers du roi à ce sujet :

« Et la je fiiz longuement combatUi

Et mon cheval mort soubz moy abattu.

Dehors du parc, pensant sauver leur vie,

Des nostres lors fuyans contre Pavie

Furent rompuz, prisonniers et détïaictz :

Ceux-là je nomme en vertuz iniparfaictz.

Assez souvent si me fut demandée

La myenne foy qu'à toi seule ay donnée ;

Mais nul ne peut se vanter de l'avoir.

En te gardant d'amytié le devoir,

Encores que nul salut espérance.

Et de ma vie en tout désespérance.

Je te prometz que j'eiiz bien la puissance

D'esvertuer ma débile deffense.

Pour empescher que la verge donniée

Que bien congnois, |)oint ne me fust ostée.

Mais (pie vaut foi'ce là où est violance "?

Emporter failli l'eiTenr par pacience.

De toutes jiaits lors despouillé je fuz.

Mays deffendre n'y servit ne retïuz ;

Et "la manche de moy tant estimée,

Par lourde main fiU toute dépecée.

Las ! quel regret en mon cœur fut bonté.

Quand sans deffence ain-ii me fust osté

L'heureux présent, par lequel te promys

Point ne fouyr devant mes ennemys.

Mais qiioy! j'estois sous mon cliéval en terre

Entre ennemys alors portés par terre

Dont ma deffence à l'heure ne valut

Contre mon gré ainsi Dieu le voulut;

Bien me trouva eu ce piteux arroy

Exécutant leur chef, le vice-roy

Oue quand me veit, il descendit sans faille

Aftin qu'ayde à ce besoing ne faille.

Las: que diray, cela ne veulx nyer.

Vaincu je fuz et rendu prisonnier ; •

[Captiuilé, etc., p. 1^3, 124.)

rendu par despit l'un de l'autre, ils le tuassent. A l'instant y arriva le seigneur de Pompérant ' duquel j'ay parlé, qui s'en estoit allé avesque M. de Bourbon pour avoir tué le seigneur de Chissé à Amboise, lequel

1. Du Bellay, p. 407. — Dans la Collection, etc., il est parlé d'une cédule de François I"% dans laquelle il déclare que Juan de Urrita fut un de ceux qui le firent prisonnier et aussi d'une charte de privilèges accordée à Diego de Avila, homme d'armes de la compagnie du viceroi, par laquelle l'empereur lui donne une pension annuelle de 50.000 maravédis pour avoir pris le roi de France (Charte du 6 juillet 1526, donnée à Grenade : Arc/iivo geiieial de Siinancas, Legajo, n" 5). — D'après le récit de Ifernandez de Oviedo, le roi souriait et plaisantait les soldats qui se disputaient ses dépouilles, et les soldats eux-mêmes ne cessaient de lui dire des choses agréables pour l'égayer : « porque le decian cosas donosas para reir». — Certains disent que ce ne fut pas Pompérant, mais La Mothe des xNoyers qui vint ensuite le prenjier auprès de lui et, après, le marquis du Guast, le vice-roi et le capitaine Alarcon, puis Bourbon. Voici le récit de Hernandez [Collection, etc., t. XXXVUl) : «A esta sazon vieron L'egar alli cerca al duque de Borbon, fu esto que en la mano muy tenido de sangre francesa, y la camisa que sobre el fayo yarmas traia, bien salpicada de la misuia sangre, que bien mostraba no haber estado ocioso. Al cual como el vio, preguntando (él rey) quien era y diciendoselo, dio dos 0 très pasos hacia tras, retirandose hasta ponesse casi a las espaldas del de Pescara con alguna turbacion de feniblante. Conocldo esto y la causa por el marques, solio adelante hasta uegar a donde el duque venia, y con hermosa gracia le dijo que le dièse el estoque. El duque que la vista del almete traia levant anda, con gran aiegria la respondio : « Yo senor, soy contento de daros misarmas : pues tanjustamente os deben hoy todos los nacidos las armas por vencedor. » Y tendiedo la mano le da el estoque. El marques con grande aiegria y agra descimiento del favor y honza que le daba, le supplice que poniendo el estoque en su lugar, se apease y con toda mansedumbre y acatamiento hablase al rey ; pues allende del dendo, le obligeba el verle en su prison. El duque dijo, que as i lo haria; yapeado. fuese a poner de rodillas delante el rey y porfio con el que le dièse los manos ; y no lo pudiendo acabar con los ojos arrafados de agua, dijo al rey : Ah I Sire, que si mi parecer se hubiera tomado in algunas cosas, ni V. Md Se viera en la necesidad que al présente esta, ni la sangre de la nobleza de Francia anduviera tan derramada y pisada por los campos de Italia. » A lo cual el rey con gran turbacion de rostro, alzados los ojos al rielo, con un entranable suspiro, respondio : « Paciencia, pues Ventura falta. » Como el marques de Pescara vio la pena que recibia, hace a Borbon que se apartase un poquito. y con palabras alegres dice al rey manto a su persona y gravedad hacia en no rescibir ni mostrar turbacion en cosa ningim'a, ni pensar que habia otra ventura que la voluntad de Dios, la cual habia permitido en aquel rêves ; pero que le debia dar gracias, fuer le habia traido a poder del mas benigno principe de la cristiandad... *> Dans les Lettere de Principi (t. I, f). 153), nous lisons que le duc de Bourbon, dès qu'il apprit que le roi était prisonnier, «lança en l'air, en signe de joie, son bâton de commandement ou l'estoc qu'il tenait en In main et, l'ayant de nouveau saisi et remis au fourreau, il contint l'éclat de sa joie, descendit de cheval et vint auprès de son souverain prisonnier lui baiser la main». Ce récit contredit l'autre puisque François I", d'après lui, n'aurait pas refusé la main.

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