‹ Le connétable de Bourbon, 1490-1527Chapitre 249 sur 366 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

Bourbon persévérait dans sa vengeance. Cette victoire de Pavie lui permettait de reprendre le plan d'invasion élaboré à Chantelle, essayé ensuite devant Marseille et qui avait manqué les deux fois. Il comptait rentrer en France par le Dauphiné à la tête de 12.00U hommes de pied, de 500 hommes d'armes et des canons qu'il venait de gagner. Si Henri VllI préférait que l'invasion eut lieu du côté de la Bourgogne, il demandait que de l'artillerie et des munitions lui fussent préparées par l'archiduc Ferdinand dans la ville de Brisach et que le roi lui indiquât lui-même le lieu où il pourrait le rejoindre une fois qu'il serait descendu à Calais. Sir John Russel, en transmettant de Milan ces propositions, ajoutait : « Le duc dit que le moment est venu pour Votre Altesse de recouvrer son droit et de reprendre son héritage détenu par le roi de France. Jamais plus belle occasion ne s'est offerte; mais il faut user de diligence. Avec les pertes que les Français ont faites en Italie, ils ne peuvent pas, de quelque temps, résister à une attaque en France. Si les deux armées y entrent promptement, ils n'auront pas le loisir de trouver des moyens de défense, encore moins de se pourvoir de bons capitaines '. »

Si Charles-Quint devait tout perdre par sa lenteur, Henri Vlll, de son côté, ne devait pas profiter d'une situation unique par suite de ses nouveaux rapports avec l'empereur. Entre les deux souverains la bonne entente était diminuée. L'expédition manquée de 1523 et, venant par dessus, le siège de Marseille, levé en 1524, avaient beaucoup affaibli leur alliance. Le cardinal Wolsey partageait les sentiments de son maître — à moins qu'il ne lui ht, dans la circonstance, accepter les siens ; tous deux accusaient Charles-Quint de n'avoir tenu aucun de ses engagements et lui reprochaient surtout

2. Dépêche de Sir John Rnssel à Henri VIII, du 11 mars lo2o. (Gott. mss. Vitellius, B. VII, art. XXIX, f" 17.)

d'avoir profîti' seul de ralliance à laide de laquelle il avait recouvré Fontarabie et venait d'être victorieux dans les plaines lombardes ; ils lui reprochaient enfin d'avoir reçu d'eux des sommes qui n'étaient pas encore rendues, d'avoir fait rompre, en pure perte, le mariage de la princesse d'Angleterre avec le dauphin de France et que, par suite de l'aventure dans laquelle il les avait entraînés, les pensions tirées de François I" ne leur fussent plus servies. C'est à Bourbon spécialement qu'ils attribuaient l'échec de Marseille; aussi ne voulaient-ils plus donner un denier pour des entreprises qui ne leur valaient que des pertes. — Beaurain avait donc été fort mal reçu en novembre précédent lorsqu'il était venu proposer au nom de Bourbon d'attaquer la France. Wolsey, afin sans doute de bien montrer sa mauvaise humeur, avait même fait preuve d'impolitesse; il avait traité Charles-Quint de « menteur, l'archiduchesse Marguerite de ribaude, l'archiduc Ferdinand d'enfant et le duc de Bourbon de traître ' » ; il avait aussi accusé l'empereur d'avoir voulu jouer 1"î rôle de monarque universel en Europe et s'était révélé, au nom de son maître, l'adversaire déterminé d'une ambition aussi injuste ; Beaurain n'avait pu voir Henri VIÏI, et le cardinal avait défendu à Bussel de remettre à l'armée impériale l'argent qu'il avait emporté en Italie; il n'avait pas craint d'engager des négociations avec Louise de Savoie. Un accord se serait même conclu si le prix de l'alliance n'avait été jugé trop haut : Wolsey demandait les comtés de Boulogne et de Guines, la ville d'Ardres, 1.500.000 écus d'or représentant les arrérages soi-disant dus pour la succession de Tour-

1 . « His Majestie seyd also that your grâce hath namyd him tobe al yar observing no man ntf faith or promesse, mylady Margarete a ribawde don Ferdando his brodyr a childe and so governide, the duke of Burbono, a trealnre, and this reporte was browght by M. de Bewreyne ». — Dépêche de Tunstall, évoque de Londres de Wingfeld, chancelier de Lancastre, etc., etc. au cardinal Wolsey. de Tolède, le 2 juin 1525 (Cott. mss. Vespasien, C. III, f" 53. — Cit. par Mignet).

nay et les pensions suspendues depuis la rupture.

La victoire de Pavie avait fait naturellement revenir Henri VIII et son ministre vers Charles-Quint. Ils réclamaient même leur part dans le succès récent bien qu'ils y fussent demeurés étrangers. Les plans qui leur avaient paru irréalisables auparavant commençaient à les tenter à nouveau. Leur langage était transformé. Ils proposaient même à Charles-Quint de prendre à Rome la couronne impériale lorsqu'Henri VIII aurait lui-même pris celle de France^ et ils demandaient que l'invasion du territoire français fût conduite par le duc de Bourbon qui se servirait de l'armée d'Italie. Si les choses réus^issaient, Heni-i VIII ne garderait pas tout le royaume et en laisserait certaines parties à Bourbon comme à l'empereur ; il restituerait par exemple au second la Bourgogne en y ajoutant la Provence et le Languedoc jusqu'à Toulouse ; au premier il rendrait le Daupbiné et ses anciens Etats; il conseiverait le reste qui reviendrait plus tard ù l'empereur : il lui donnerait, enell'et, sa iille en mariage et dans Paris même. Si Charles n'acceptait pas ses propositions, le roi d'Angleterre espérait au moins que François I" serait fort amoindri dans sa puissance et qu'une bonne partie du royaume lui serait dérobée à son profit personnel, tout ce qui, par exemple, avait appartenu aux rois d'Angleterre ses prédécesseurs, la Normandie, la Gascogne, la Guyenne, l'Anjou, le Poitou, le Maine et aussi la Bretagne; si c'était trop encore — on ne pouvait se montrer plus accommodant — il pourrait désigner lui-même les provinces qui devaient lui revenir. Mais il était trop tard maintenant, Charles-Quint avait déjà pris son parti.

Deux avis contraires lui avaient été proposés par ses conseillers, les uns pensant qu'il devait poursuivre jusqu'au bout ses avantages et accabler son ennemi atout

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