‹ Le connétable de LuynesChapitre 1 sur 135 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Il / a dix-huit ans, l'illustre M. Cousin, mettant au service de l'histoire son o^énie littéraire et sa profonde érudition, écrivait, à côté de ses charmantes biographies des femmes du xyu" siècle, une remarquable série d'articles sur le duc et connétable de Luynes, dans le Journal des Savants (1861-1863). Ce personnage, qui tient une si grande place dans les commencements du règne de Louis XIII, sortait de ces études brillantes et consciencieuses avec une figure toute nouvelle : livré au mépris de ses contemporains et de la postérité par les Mémoires de Richelieu, écho des rancunes personnelles du' grand cardinal et des haines aveugles de pamphlétaires mal informés, le duc de Luynes dut aux investigations de M. Cousin le redressement du tort fait à sa mémoire.

Après nous avoir montré ce fis d^un compagnon consi-

II Préjace.

déré de Henri IV affranchissant son maître de V odieuse dépendance de Concini, par un de ces coups d'État sanglants qui étaient dans la tradition monarchique du xvi" siècle ; faisant ensuite sortir de prison, pour l'attacher à la fortune du roi, le prince de Condé ; puis coupant court aux intrigues et aux révoltes de la reine mère par le traité d'Angoulême et par celui d'Angers, résultat de la victoire des Ponts de Ce; après nous avoir fait suivre le duc de Luynes conduisant Louis XIII jusqu'au fond du Béarn pour y rétablir en face des protestants les droits et l'autorité du roi méconnus, l'illustre écrivain arrêtait son élude au seuil de la dernière année du ministre de Louis XIII, et laissait espérer quil donnerait une fin à son travail « s'il parvenait à trouver des renseignements aussi nouveaux, aussi détaillés, aussi certains que ceux dont il avait pu faire usage jusqu'au point où il en était arrivé. » M. Cousin devait laisser son œuvre inachevée. Mais la façon toute nouvelle dont il avait apprécié le rôle politique du duc de Luynes avait éveillé l'attention des amis des études historiques. Considérer ce « favori » de Louis XIII comme un véritable homme d'État, comme un prédécesseur inégal, mais non pas indigne de Richelieu, c'était là une thèse originale et hardie qui demandait à être soutenue jusqu'au bout. Dans l'état où il était resté,

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le travail de M. Cousin risquait peut-être de ne pas s'imposer, avec toute l'autorité qu'il mérite, au jugement mieux éclairé de l'histoire sur une partie assc:[ obscure du règne de Louis XIII.

Cette considération nous a déterminé à entreprendre de poursuivre iusqu'à la mort du connétable les recherches de M. Cousin. Nous avons été encouragé dans notre tentative par la bonne fortune que nous avons eue de pouvoir mettre la main sur les renseignements nouveaux, détaillés et certains, que M. Cousin était désireux d'avoir en sa possession pour continuer ses études sur le ducdeLuynes. L'Académie des Sciences morales et politiques a bien voulu entendre la lecture des Mémoires qui sont sortis de nos recherches; et le Journal des Savants, en les accueillant à son tour parmi les travaux d'auteurs éminenls, leur a donné une consécra^ tion dont nous rapportons tout l'honneur à la mémoire de M. Cousin.

Nous offrons aujourd'hui ce travail au public, avec tous les développements, additions et appendices justificatifs, que ne comportait ni la lecture publique, ni l'insertion dans un journal où la tradition et les convenances ne nous assignaient qu'un espace limité.

Les renseignements nouveaux qui forment le fond de ce travail sur \e Connétable de Luynes, le siège de Montau-

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ban et l'affaire de la Valteline, émanent de trois sources différentes:

1° Le buccESSEUR du cardinal Bentivoglio a la nonciature DE France, l'archevêque de Tarse, Ottavio Corsini. — On sait que la précieuse correspondance du nonce Bentivoglio, plusieurs fois éditée, mais à une époque asse^ récente^, a fourni à M. Cousin les documents principaux sur lesquels il s'est appu/é pour refaire, d'après des témoignages d'une incontestable autorité, l'histoire du duc de Luynes. Bentivoglio quitta la France après la mort de Paul V, au commencement de l'année 1621. Mais si la vive et infatigable plume du nonce devenu cardinal a cessé d'écrire, la source des informations n'est pas tarie pour la cour de Rome. Bentivoglio fut remplacé sous le nouveau pape par le nonce Corsini, clerc de la chambre pontificale et archevêque de Tarse. Le nouvel envoyé du Saint-Siège était non moins désireux que son prédécesseur de niériter la pourpre ronmine par son intelligence et son activité. Organe de la Curie qu'il doit renseigner avec d'autant plus de pré-

I. Nous en citons l'édition la plus récente et la plus complète: La nun^iatura di Fiwicia ciel cardinale Guido Bentivoglio, lettere a Scipione Borg-Jiese, cardinal nipote e scgretario di stato di Paolo V traite dagli originali e publicate per cura di l.uigi de Stej^.mi. Firen^e. Le Monnicr, iSô-j.

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chion que la chaire de saint Pierre est occupée par un nouveau ponlife, Grégoire XV, OUavio Corsini dispose des puissants moyens que sa haute fonction lui procure pour tout connaître. C'est un esprit curieux, un écrivain prolixe ; quatre énormes volumes in-folio manuscrits * renferment sa correspondance diplomatique pendant sa nonciature en France, qui dura trois années (1621-22-23); Us sont conservés à Rome dans la bibliothèque à laquelle un Corsini devenu pape, Clément XII, devait attacher le nom de sa famille. Ce manuscrit inédit de la collection Corsini, qu'il nous a été donné de pouvoir dépouiller, fait naturellement suite aux lettres de Bentivoglio. Un complément très-intéressant de ces documents nous a été, au défaut des Archives du Vatican, inabordables en pareille matière, fourni soit par la Bibliothèque de la Minerve, soit par celle de la famille Barberini; c'est la correspondance de la Secrétairerie d'État du pape avec le mente nonce, et celle des autres envoyés du Saint-Siège dans les États plus particulièrement enrapport ou en discussion d'intérêts avec la France^,

1. Registre délie Lettere sentie da Monsig. Ottavio Corsini chierico di caméra, arcivescovo di Tarso nella niin:{iatura del jj^rrao y^ ^i Fraiicia Lodovico XIII negli anni 1621-22-23. — Cop. Mss. Bib. Corsini. Coi. QQO, sqq.

2. Régis tro di lettere di Mons'^ A giicchia scritte per il cardinale Luiovisio in risposta a nions'' Corsino niintio in Francia

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Corsini nous fait savoir lui-même quels titres pouvaient le recommander au bon accueil de la cour de France. Il écrit, dès son arrivée, de longues lettres de bienvenue au roi, aux deux reines, au duc de Luynes, au secrétaire d'État des affaires étrangères, M. de Puisyeulx, et il leur rappelle qu'il a fait ses études à l'Université de Bourges, que le bienheureux André Corsini, l'un des siens, à la mémoire duquel s'était attachée une dévotion en vogue à cette époque, avait dû sa canonisation aux instances de Henri IV. Le nonce a été élevé en France, et sa famille doit au feu roi un grand honneur dans le sein de l'Église ; Corsini est donc, à l'en croire lui-même, un ami de la France et de la maison ro/ale. Les éloges hyperboliques dont il comble le duc de Luynes, dans sa première dépêche, pourraient même faire supposer qu'il est un admirateur passionné de la politique de ce dernier, si l'on voulait se laisser prendre aux artifices oratoires de la langue italienne.

Le nonce Corsini, cependant, n'est pas, tant s'en faut, un partisan du connétable de Luynes; ni son inclination

net pont ijîcato di Grefçorio XV. Cop. mss. Bib. de la Minerve. X. VI. i6. 1 7.

Registro délie lettere scritte al s' card. Cennini niintio in Spag-na, e a Mons^" patriarca d^Alessandria, arcivescovo de Benevento nuntio di N. S. in Spagna Vanno 162 1, per l'Ilh» sign. card, Litdovisi. Cop. mss. Bib. Barberini. lxv. 28; etc.

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personnelle, ni les inslruclions de la Curie ne le portent à êlre un tdnwin, un fapporteur bienveillant des actes ou des projets politiques du premier ministre de Louis XIII. Esprit chagrin, Corsini s'est trouvé blessé de n avoir été reçu par le roi qu'après avoir fait un long voyage pour le retrouver près de Cognac, et il se plaint, dans une de ses premières dépêches au cardinal Ludovisi, que l'on ait prévenu la cour contre lui. Il accuse son prédécesseur Bentivoglio d'avoir, à l'instigation du cardinal Borghèse, désireux de susciter des embarras au pontificat de Grégoire XV, semé de mauvais bruits sur le compte du nouveau nonce, avant de quitter lui-même la France; Bentivoglio l'aurait accusé d'être Florentin, c'est-à-dire du parti de la reine merci. Il y avait là une recommandation fâcheuse assurément auprès du duc de Luynes. Mais les dépêches du nonce et sa politique même sont loin de prouver qu'il n'en fût pas ainsi. Il se serait, en agissant autrement, écarté de la lettre même des instructions du cardinal secrétaire d'État, qui lui prescrit formellement « de prendre surtout conseil du cardinal de la Rochefoucauld et de M. de Lusson^-. »

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