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I. Amb. vcn. Ibid

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du connétable , était de bon augure. Henri IV seniblait revivre dans son fils par des mots heureux et expressifs. Un envoyé de Saint-Jean-d'Angély ayant représenté au roi que les habitants de cette ville voulaient être les plus dévoués serviteurs et obéissants sujets de S. M., mais que, en raison de la diversité de religion, il était absolument nécessaire de leur maintenir les privilèges promis par Henri HI et confirmés par Henri IV, père de S. M., le roi répondit au héraut : « Tout ce que vos maîtres me font dire est vrai ; mais Henri III les craignait, Henri IV les aimait. Aujourd'hui Louis XIII ne les craint pas et ne peut les aimer, parce qu'ils ont arrêté le cours de la justice , fermé les boutiques, fait passer en Angleterre les bouches inutiles, et qu'ils se préparent ainsi à la défense jusqu'à leur dernier souffle. »

Le roi se dirigea rapidement de Saumur d'où il partit le 17 mai, par Thouars, Parthenay, Fontenay-le-Comte, Niort (23 mai) et Chizé, sur Saint Jean-d'Angély. Ces débuts de la campagne furent heureux, et les opérations bien menées ; nous n'en voulons d'autre témoignage que ce résumé trèsfrappant dans son énergique simplicité, que le cardinal de Richelieu a écrit dans ses Mémoires : « Les villes de Saint-Maixent, Fontenay, Maillezais, Ma-

yo Le siège de Saint-Jean-d'^ Angély .

rans, font joug à Sa Majesté ; Parabère, gouverneur de Niort, quoique de la religion prétendue, lui demeura fidèle. On s'assura aussi de Loudun. Le comte de Saint- Paul prit Jargeau par composition ; on s'assura en Bretagne de Châtillon et de Vitré ; on récompensa Pontorson de cent mille écus ; on désarma les Huguenots àBlois,àTours, à Rouen, au Havre, à Caen, à Dieppe, à Saint-Quentin, à Vitry, et en-plusieurs autres places dans les provinces ; on les défit, lorsqu'ils commençaient à s'assembler, en Beauce, Vendômois et Dunois; on usa de semblable diligence dans les autres lieux où ils voulaient faire le même. Ce qui fit que le roi, avec plus de sûreté, entreprit le siège de Saint-Jean *. »

Le duc de Soubise écouta, le chapeau à la main, sur le commandement du héraut, la dernière sommation qui lui fut faite au nom du roi d'avoir à rendre la place. Il se refusa à traiter, sans un ordre de l'assemblée de la Rochelle. Le siège commença : de bonnes dispositions de défense avaient été prises. Des canons, disposés sur trois hautes tours, commandaient toute la campagne et rendirent désastreuses les premières attaques de l'armée royale. On crut déjà voir pâlir l'étoile du connétable. « Tous

I. Cf. Amb. vén. Dép. n» 57,8 juin 162 1. — Bassomp, t. II, p. 283.

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Ces malheurs arrivent, dit Tambassadeur vénitien, à ce qui m'a été rapporté de bon lieu, par suite de la confusion et du désordre qui régnent. Le nombre des soldats n'est pas suffisant pour assiéger et battre une place. Le roi n'a point à sa disposition la quantité d'instruments nécessaires pour mener à fin une telle besogne. Il y a peu de canons, les munitions sont rares. Ceux qui ont guidé le roi ont cru que la seule présence de S. M. devait tenir lieu d'armée, d'artillerie et de tout ce qu'il fallait pour prendre la place. C'est pourquoi ils ont pris une assurance excessive, et n'ont pas eu soin de donner les ordres qui convenaient. Cette résistance a été pour eux parfaitement inattendue. Le connétable ne trouve point partout l'obéissance qu'il est en droit d'attendre. Le maréchal de Lesdiguières,bien qu'il ait en apparence la direction suprême de la guerre, est gardé comme un otage et il est plus bloqué et assiégé que ne l'est Saint - Jean - d'Angély même. S'il donne un conseil, on ne le croit pas ; s'il fait quelque chose, chacun a les yeux sur ses mains. Le roi est, à l'heure actuelle, plein de colère, il se plaint amèrement de ceux qui lui ont représenté comme facile cette entreprise, et qui se sont fondés pour le dire, sur les événements de l'année dernière, dont le succès est dû plutôt à un effort vigoureux de la

72 Le siège de Saint-Jean-d' Angély.

fortune et à une certaine dextérité qu'à la sagesse mêine du dessein *. »

Voilà de graves accusations, comme en suscitent toujours les insuccès de la guerre. Nous ne méconnaissons pas la part de responsabilité du connétable dans ces premiers échecs d'une campagne qui devait si mal finir pour lui. Mais il paraît certain que ce n'est pas le duc de Luynes, qui est principalement visé dans ces appréciations sévères de l'ambassadeur vénitien; ce sont les violents du conseil, ceux qui poussaient à une guerre à fond, et nous savons que le connétable n'était point de ceux-là. Il nous semble même avoir parfois poussé bien loin l'esprit de mansuétude et de conciliation comme dans la circonstance suivante : quelques prisonniers avaient été faits par les troupes royales aux environs de la Rochelle ; le garde des sceaux proposa de les pendre, pour l'exemple. Ce procédé sommaire rencontra une vive opposition de la part des généraux : Gréquy prit la parole ; il exposa qu'il faisait souvent des reconnaissances, accompagné d'un seul cavalier et qu'il pouvait lui arriver d'être pris. On le pendrait donc, lui aussi, par représailles. Il termina en disant qu'après tout on était en France et non pas chez les Turcs. « En fin de compte, ajoute

j. Amb. vén. dcp. n" 58, 12 juin 162 1*.

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l'ambassadeur vénitien, de qui nous tenons ces détails, on résolut de renvoyer les prisonniers, au lieu de les pendre, si bien que le roi donna Tordre de les traiter avec égards et de leur faire des présents, ce qui fut exécuté ; il y eut même dans le nombre un capitaine, à qui le connétable donna de sa propre main Tépée qu'il avait au côté ; et il lui fit compter ensuite cinquante écus. Ce qui a valu à cet homme qui est de retour à la Rochelle le titre de vice-connétable ; c'est le nom que lui donnent tous les Rochelois*. » Pour ne point imiter les Turcs, c'était se montrer par trop chevaleresque.

Cependant les renforts amenés de tous côtés à l'armée royale rendirent bientôt imminente la prise de Saint-Jean-d'Angély. M. de Rosny, dont on se défiait, à cause de Tétroite intelligence de son père avec les huguenots, fut remplacé dans le commandement de l'artillerie par le maréchal de Cadenet,

I. Amb. vén. Ibid. « Finalmente rissolsero di licentiar li prigionif in cambio d'impicarli , an^i che diede ordine il re, clie fussero ben trattati, et regaîati,il che fu essefçidto, et particoîarmente ad iincapitano che si ritrovava nel numéro diqiiesti, il contestabile ha donato di man propria la spada che teneva a canto,havendoli fatto esborsar cinquanta scudi appresso,et liora costui giiinto nella Rocella ha cjnseguito il titolo di vice contestabile, essendo cosi nominato da tutti li Rocelesi. »

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duc de Ghaulnes *. Les assiégés se défendaient désespérément; on remarquait qu'il n'y avait pas un s.eul de leurs coups qui ne portât. Cependant, battus par trente-huit canons, ils virent leurs bastions ruinés, leurs maisons détruites et la brèche ouverte. Il fallut enfin se résignera capituler.

Ce n^est pas sans peine que Louis XIII obtint ce résultat. L'acharnement des habitants n'avait pas été seul à redouter ; le gouvernement français avait dû encore résister aux menaces de TAngleterre. L'ambassadeur de cette puissance protesta en effet avec vivacité contre l'ouverture des hostilités. Louis XIII ne put dissimuler son mécontentement, et le connétable, qui vis-à-vis de prétentions étrangères trouvait plus d'énergie qu'en face des protestants, dans un élan d'indignation, fit à l'ambassadeur anglais l'affront de ne point l'accompagner à sa sortie. Le roi eut la courtoisie d'envoyer le maréchal de Lesdiguières à l'ambassadeur, pour atténuer l'effet d'un acte qui pouvait donner naissance à quelque complication diplomatique.

Mais la réponse officielle aux tentatives d'intimi-

I. Amb.vén.Dép. n° 63, 17 juin 1621. « Questosi dice esser avenuto per la stretta intelligen:{a che tiene il duca di Suli suo padre cou li ugonotti, il che caggionava qualche 0)nbra et quaiche dubbio délia sua persona. »

î.c siéi^c de Saint-Jean-d' Angély . "jb

dation du cabinet anglais n'en fut pas moins ferme. Le secrétaire d'Etat De Puisyeulx, au nom du gouvernement tout entier, lui déclara, dans une note : « qu'à l'exemple du roi de P'rance, qui ne se mêlait point des affaires du royaume d'Angleterre et n'assistait point les catholiques qui s'y trouvaient, le roi, son maître, ne devrait pas non plus se mêler des affaires de France, ni soulever ceux de la religion qui y demeuraient comme sujets de la couronne; qu'il ne s'agissait point de religion, mais d'obéissance. En conséquence, il lui demandait d'écrire en Angleterre afin de savoir et de rapporter ensuite, sur des instructions positives, si le roi de la Grande-Bretagne avait l'intention de protéger les rebelles de la couronne de France. Dans le cas de l'affirmative, le roi donnerait alors la réponse qui convenait à ses intérêts*. » L'ambassadeur anglais s'était-il trop avancé ? Le ton péremptoire de cette note eut-il pour effet de déconcerter le gouvernement anglais ? Ce qui est certain, c'est que l'ambassadeur reçut du roi l'ordre de présenter des excuses et de regagner Paris pour y attendre son successeur 2.- Bien que les ministres de Jacques I®'" fussent plus osés qu'audacieux, c'est au moins là

r. Amb. vén. Dép. n» 63, 17 juin 1621 *. 2. Amb. vén. Dép. n» 72, 20 juillet 1621.

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une preuve que le connétable de Luynes savait faire respecter son gouvernement.

Saint-Jean-d'Angély se rendit le 25 juin. Le roi fit ranger toute son armée en bataille et se plaça, entouré des princes et de ses officiers, sous un pavillon, hors la ville. En même temps, le maréchal de Lesdiguières faisait sortir de la place les régiments de M. de Soubise auxquels furent épargnées certaines humiliations que durent subir les autres défenseurs de la ville. Les soldats de Soubise marchèrent, en effet, en armes, Tépée au côté, le mousquet sur Tépaulc et les piques droites^ ils défilèrent ainsi devant le roi, et en passant à sa hauteur, ils mirent genou en terre, pour montrer qu^ils demandaient pardon. Louis XIII les regarda l'air grave et dédaigneux.

Le reste delà garnison suivit. Deux mille hommes se présentèrent, Tarquebuse renversée sous le bras ei un bâton à la main. Les piquiers se rangèrent derrière les piques et tous derrière les drapeaux, pour s'agenouiller comme les premiers devant le trône du roi. M. de Soubise sortit le dernier, à cheval et armé; arrivé en présence du roi, il descendit de cheval, mit les deux genoux en terre, et le supplia humblement de lui pardonner, affirmant qu'il voulait être toujours le plus humble et dévoué ser-

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viteur de S. M. Louis le considéra avec sévérité et lui dit : qu^il aurait bien eu plus tôt Toccasion de se souvenir de son roi. Et sans rien ajouter, il le congédia. Le chef des rebelles alla ensuite s'entendre avec le connétable pour envoyer un message à la Rochelle et rendre compte aux directeurs du gouvernement qui s'y était établi de la nécessité où Ton avait été de rendre la forteresse *.« La capitulation, dit Richelieu, fut fidèlement observée par le roi, mais non par Soubise, qui ne laissa pas de continuer en sa rébellion contre S. M. » Soubise se rendit à La Rochelle.

Cinquante charrettes entrèrent ensuite dans la place pour emporter les bagages de ceux qui voulurent partir, et M. de Gréquy occupa la ville. Les appréhensions de ceux qui s'enfuirent ne furent que trop justifiées. Le gouvernement était modéré *, les soldats ne le furent pas. Malgré la présence du duc d'Epernon et du maréchal de Lesdiguières, on ne put empêcher la troupe de mettre à sac les maisons des habitants et de commettre des violences et des rapines partout où ils le purent. Ces incidents regrettables, quoique difficiles à éviter dans une guerre soutenue avec beaucoup d'acharnement et peu de bonne foi par les protestants, exaspérèrent

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